Présidentielle française: Alain Juppé prêt à remplacer François Fillon

Alain Juppé (à gauche) serait prêt à remplacer... (PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Alain Juppé (à gauche) serait prêt à remplacer à François Fillon, qui doit faire face à de nombreuses défections dans son équipe de campagne et à des appels dans son camp à son retrait depuis l'annonce mercredi de sa probable mise en examen dans l'affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, Penelope.

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Julien MIVIELLE
Agence France-Presse
PARIS

À 51 jours de la présidentielle française, Alain Juppé s'est dit prêt vendredi à remplacer le candidat de la droite François Fillon, lâché par une partie de ses soutiens en raison du scandale d'emplois fictifs présumés mais toujours « combattant ».

Alain Juppé, ancien premier ministre écarté au deuxième tour de la primaire de la droite « ne se défilera pas si les conditions sont remplies: il faut que François Fillon se retire de lui-même et que sa famille de la droite et du centre, Les Républicains, soit unanimement rassemblée derrière lui », a fait savoir son entourage.

« Alain Juppé n'est pas un putschiste, il ne poussera jamais [François] Fillon dehors et il n'est à l'initiative d'aucun complot », a assuré la même source à l'AFP. M. Juppé, 71 ans, avait jusqu'ici démenti être prêt à revenir dans la course à la présidentielle d'avril-mai.

François Fillon, bientôt 63 ans, doit faire face à de nombreuses défections dans son équipe de campagne et à de nombreux appels au retrait lancés dans son camp depuis l'annonce mercredi de sa probable mise en examen dans l'affaire des salaires perçus par son épouse Penelope et ses deux enfants comme assistants parlementaires.

Son porte-parole Thierry Solère, qui figurait parmi les soutiens les plus fidèles, a annoncé vendredi matin sa démission. Le « compte des lâcheurs » tenus par le quotidien Libération listait plus de 70 noms vendredi à la mi-journée.

« Il ne peut plus être candidat, parce qu'il ne peut plus mener une campagne sur le fond pour défendre des idées et un idéal républicain et démocratique », a estimé vendredi l'ancien premier ministre Dominique Villepin, en écho des critiques qui s'élèvent à droite et au centre depuis que le candidat conservateur a annoncé sa prochaine convocation chez les juges en vue d'inculpation.

L'ancien favori de la présidentielle a reculé en troisième position dans les sondages derrière la candidate d'extrême droite Marine Le Pen et le centriste Emmanuel Macron, ancien ministre du président socialiste François Hollande dont la popularité a connu un essor inattendu ces derniers mois avec son projet d'inspiration social-libérale.

Alain Juppé arriverait en revanche légèrement en tête au premier tour s'il était le candidat de la droite, selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting publié vendredi.

« Règle de loyauté »

La prise de position prudente du maire de Bordeaux représente un pas en avant pour celui qui s'est jusqu'à présent tenu à une « règle de loyauté » vis-à-vis du candidat conservateur. Même si certains médias évoquent un possible feu vert de l'ancien président Nicolas Sarkozy, candidat malheureux à la primaire de la droite, sur cette option, il restait difficile de voir clair, vendredi, sur la position exacte des sarkozystes qui doivent se réunir mardi matin pour discuter du sujet.

La pression judiciaire s'est accentuée sur François Fillon, avec une perquisition jeudi à son domicile parisien. Convoqué chez les juges le 15 mars prochain, il a répété avec force jeudi soir sa détermination de rester dans la course en se décrivant comme « un combattant » devant des militants chauffés à blanc. Samedi, il a prévu de présenter son programme lors d'une réunion publique en banlieue de Paris.

La décision de se maintenir ou pas relève de sa seule décision, après son ample victoire à la primaire de la droite. Et vu la gravité de la situation, son possible remplaçant ne sera « plus un plan B mais un sauveur », soulignait vendredi un membre du parti Les Républicains.

Mais le temps presse, car les 500 parrainages d'élus locaux nécessaires pour formaliser une candidature alternative doivent être rassemblés avant le 17 mars. Pour l'instant, Alain Juppé a recueilli un seul parrainage d'élu alors que François Fillon en a déjà 1155, selon la liste publiée vendredi par le Conseil constitutionnel, qui supervise le processus.

Dimanche après-midi, les proches de Fillon organisent un grand rassemblement de soutien à Paris. Son succès - ou son échec - permettra de mesurer sa capacité à mobiliser. Guy Roy, militant de 82 ans dans l'ouest de la France, sera présent. « Ceux qui le lâchent sont tout simplement des ventres mous. Il est lâché par les politiques mais il y a toujours autant de monde à ses rassemblements », a-t-il assuré à l'AFP.

Une contre-manifestation contre la corruption des élus et « pour le respect du peuple, de la justice et de la presse » est également prévue dimanche à Paris.

Affaire Fillon : chronique d'une déroute inattendue

PARIS - Les principales étapes de l'affaire qui a plongé dans la tourmente François Fillon, candidat de la droite à la présidentielle française, et devrait conduire le 15 mars à son inculpation dans une affaire d'emplois fictifs présumés.

Premières révélations

L'hebdomadaire Canard enchaîné révèle le 25 janvier que Penelope Fillon a été rémunérée 500 000 euros bruts comme attachée parlementaire de son mari puis de son suppléant, entre 1998 et 2007. Et met en doute la réalité du travail fourni par l'épouse du candidat.

De mai 2012 à décembre 2013, elle aurait par ailleurs reçu 5000 euros bruts par mois de la Revue des deux mondes, dirigée par un ami de son mari, Marc Ladreit de Lacharrière, pour des missions qui n'ont pas laissé de trace.

Le parquet national financier ouvre aussitôt une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits ».

« La séquence des boules puantes est ouverte », réagit le soir même le candidat conservateur.

Le lendemain, il assure qu'« il n'y pas le moindre doute » sur l'emploi « légal » et « réel » de sa femme comme collaboratrice. Il annonce avoir également rémunéré ses enfants pour des missions ponctuelles et ajoute qu'il se retirera de la course seulement s'il est mis en examen (inculpé).

Les chiffres gonflent

Le 30 janvier, M. Fillon, son épouse et M. Ladreit de Lacharrière sont entendus par la police, qui s'est déjà rendue le 28 à l'Assemblée nationale et à la Revue des deux mondes pour y chercher des documents.

Le 1er février, nouvelles révélations du Canard enchaîné : Mme Fillon aurait touché au total plus de 900 000 euros bruts. Soit 831 440 euros bruts comme assistante parlementaire sur plusieurs périodes, entre 1988 et 2013. Ainsi que 100 000 euros à la Revue des deux mondes. Les deux enfants auraient perçu 84 000 euros bruts en 2005-2007.

Le 2 février, l'émission télévisée Envoyé spécial diffuse des extraits d'un entretien accordé en mai 2007 par Penelope Fillon au quotidien britannique Daily Telegraph, dans lequel la Franco-Galloise déclare n'avoir « jamais été l'assistante » ni s'« occuper de la communication » de son mari.

Changement de stratégie

Le 6 février, M. Fillon présente ses « excuses » aux Français pour avoir fait travailler des membres de sa famille, mais assure que « tous les faits évoqués sont légaux ».

Il martèle qu'il n'y a pas de « plan B » à sa candidature et le 16 février, affirme qu'il ne renoncera finalement pas à se présenter en cas d'inculpation.

Au fil des sondages, ses chances de franchir la barre du premier tour se réduisent : Marine Le Pen la candidate de l'extrême droite et Emmanuel Macron, l'ancien ministre de l'Économie du gouvernement Hollande ne cessent de creuser l'écart.

Convocation

Dernier coup de tonnerre en date : François Fillon annonce le 1er mars qu'il sera convoqué le 15 mars par les juges d'instruction en vue d'une probable inculpation, mais assure ne pas pour autant renoncer à sa candidature.

« Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas », déclare-t-il à la presse, en dénonçant un « assassinat politique » et une procédure judiciaire « menée à charge ».

À droite, l'inquiétude s'installe et les défections s'accumulent.

« Je n'ai pas l'intention de me coucher », martèle malgré tout François Fillon jeudi soir lors d'un politique. Le jour même, la police a perquisitionné son domicile parisien.




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