La Russie prône un ordre mondial post-occidental

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«Quelles relations voulons-nous avec les États-Unis ? Des relations pragmatiques de respect mutuel, la reconnaissance de notre responsabilité (commune) pour la stabilité du monde», a souligné samedi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

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Agence France-Presse
MUNICH

La Russie a prôné samedi à Munich un ordre mondial «post-occidental», au moment même où les États-Unis réaffirmaient leur alliance à une Europe déstabilisée par l'arrivée de Donald Trump.

S'exprimant à la Conférence pour la sécurité de Munich qui réunit un parterre de dirigeants étrangers dont le vice-président américain Mike Pence, M. Lavrov a annoncé la fin de «l'ordre mondial libéral» conçu selon lui par «une élite d'États» occidentaux à visées dominatrices.

«Les dirigeants responsables doivent faire un choix. J'espère que ce choix sera celui d'un ordre mondial démocratique et juste. Si vous voulez, appelez le «post-west»», a ajouté l'homme de confiance de Vladimir Poutine, qualifiant au passage l'OTAN de «vestige de la Guerre froide».

Son discours intervenait quelques heures après la première allocution internationale du vice-président américain Mike Pence, qui a, lui, réaffirmé la validité de l'alliance transatlantique.

Dans le climat d'incertitude qui entoure l'ordre international et particulièrement l'avenir des relations russo-américaines sous Donald Trump, M. Lavrov a proposé à Washington des «relations pragmatiques de respect mutuel».

«Le potentiel de coopération dans les domaines politique, économique, humanitaire est énorme, mais il doit encore être réalisé, nous y sommes ouverts dans la mesure où les États-Unis le sont», a-t-il ajouté.

Dans son discours samedi matin, le vice-président américain a pour sa part évoqué très brièvement la relation russo-américaine, avant tout pour rassurer les Européens.

«Sachez que les États-Unis continueront de demander des comptes à la Russie, même si nous cherchons des terrains d'entente. Comme vous le savez le président Trump pense que c'est possible», a-t-il dit.

«Partager le fardeau»

Donald Trump avait déstabilisé ses partenaires en souhaitant bruyamment un rapprochement avec Vladimir Poutine.

En visite en Europe cette semaine, son secrétaire d'État et le chef du Pentagone ont tempéré ces velléités, au risque d'impatienter Moscou et d'accroître le flou sur les intentions réelles de Washington.

Calme et posé, M. Pence a ainsi réaffirmé que les États-Unis seraient toujours «le plus grand allié» des Européens, et assuré de l'engagement inébranlable des États-Unis dans l'OTAN.

Mais il a aussi fermement réitéré les exigences américaines d'un engagement financier plus important de ses partenaires, censés consacrer 2% de leur PIB aux dépenses militaires.

«La promesse de partager le fardeau n'a pas été remplie depuis bien trop longtemps», y compris «par nos plus grands alliés», a-t-il dit, visant implicitement l'Allemagne et la France.

«Le président Trump attend de ses alliés qu'ils tiennent leur parole. Le temps est venu de faire plus», a-t-il martelé.

Poliment, des ministres européens ont rétorqué que l'Europe contribuait aussi à la stabilité du monde par l'aide au développement.

En outre «quel intérêt d'atteindre les 2% quand on ne peut pas payer les retraites», s'est interrogé le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel, citant l'exemple emblématique de la Grèce.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a lui regretté sur Twitter que M. Pence n'ait pas dit «un mot sur l'UE», un sujet sur lequel il était attendu, M. Trump ayant par le passé loué le Brexit et semblé souhaiter un éclatement de l'Union européenne.

Ukraine et pirates

En ouvrant la journée samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a pour sa part lancé un appel au multilatéralisme pour faire face à des défis immenses comme le jihadisme ou la crise migratoire.

Si elle a tendu la main à la Russie dans la lutte contre le terrorisme, elle a de nouveau plaidé la «fermeté» sur l'Ukraine, dossier qui empoisonne les relations entre l'Occident et Moscou.

La chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini a répété que les sanctions imposées à la Russie seraient levées lorsque les accords de paix de Minsk seraient appliqués.

Répliquant à «sa bonne amie» Mogherini, Sergueï Lavrov a martelé la position russe selon laquelle Kiev était le principal responsable de la non-application des accords.

Enfin, interrogé sur les accusations de piratage de la Russie dans la campagne électorale pour la présidentielle française, M. Lavrov a répliqué qu'il voulait «voir des faits».

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Un soldat ukrainien mène la garde à Orekhove, en Ukraine.

Archives AP, Evgeniy Maloletka

Ukraine: trêve dès lundi entre les rebelles et l'armée

Une trêve entre les rebelles prorusses et l'armée ukrainienne débutera lundi en Ukraine, après un accord conclu entre Kiev, Moscou, Berlin et Paris, a annoncé samedi Munich (Allemagne) le chef de la diplomatie russe.

«Il est positif que le Groupe de contact (les ministres des Affaires étrangères ukrainien, russe, allemand et français, ndlr) se soit mis d'accord une nouvelle fois pour le début d'un cessez-le-feu le 20 février», a déclaré Serguei Lavrov à des journalistes russes après cette rencontre sous «format Normandie».

L'accord porte également sur «le début du retrait des armes lourdes» dans l'est de l'Ukraine, a précisé le ministre.

«Le format Normandie a examiné où en était la mise en oeuvre des accords atteints par les présidents de la Russie, de la France, d'Ukraine et de la chancelière allemande» en octobre à Berlin, a expliqué M. Lavrov.

«Nous avons constaté qu'il n'y a pas eu de grands progrès concernant les résultats des décisions prises à Berlin», a-t-il regretté.

L'Ukraine est en proie depuis presque trois ans à un conflit ayant fait près de 10 000 morts, opposant les forces gouvernementales à des séparatistes prorusses qui sont, selon Kiev et les Occidentaux, soutenus militairement par la Russie, ce que Moscou dément.

Malgré un cessez-le-feu instauré fin décembre dans l'Est du pays, les affrontements reprennent régulièrement. Debut février une flambée de violence a ainsi fait une trentaine de morts.




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