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Un viol présumé ravive les tensions police-population dans les banlieues de Paris

Le président français François Hollande a rendu visite... (Photo Arnaud Journois, Agence France-Presse/Le Parisien)

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Le président français François Hollande a rendu visite à Théo à l'hôpital.

Photo Arnaud Journois, Agence France-Presse/Le Parisien

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Sarah BRETHES, Adam PLOWRIGHT
Agence France-Presse
AULNAY-SOUS-BOIS

Le viol présumé d'un jeune homme par un policier avec sa matraque lors d'une interpellation en banlieue de Paris, suivi de violences urbaines, ravive encore les tensions dans les quartiers difficiles en France où le dialogue est parfois complètement rompu.

«Y en a marre des cow-boys dans les quartiers !». Le cri est lancé par Houria, 44 ans, lors d'une marche organisée par des mères de famille à Aulnay-sous-Bois, dans le département sinistré de Seine-Saint-Denis, au nord de Paris.

Il s'agit de réclamer «justice» pour Théo, un jeune noir de 22 ans qui accuse un policier de l'avoir violé avec une matraque lors d'une intervention musclée en pleine rue le 2 février. Le jeune homme, gravement blessé dans la zone rectale, a été hospitalisé et opéré. Un policier a été inculpé pour viol et d'autres pour violences en réunion.

«Les policiers ne respectent pas les jeunes, comment voulez-vous que les jeunes les respectent ?», s'interrogeait Houria.

Théo, auquel le chef de l'État a rendu visite à l'hôpital, a lui appelé les habitants de son quartier à ne «pas faire la guerre» à la police, après trois nuits de violences. Et à moins de trois mois d'une élection présidentielle où la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen, arrive en tête du premier tour, selon les sondages.

Alors que les Français dans leur ensemble ont une bonne image des policiers (82 % d'opinions favorables selon un sondage de janvier 2016) dans le contexte des attentats djihadistes qui ont frappé le pays en 2015 et 2016, les rapports avec les jeunes sont conflictuels dans les quartiers sensibles en France, où la police est souvent vue comme une force hostile.

Cette question était déjà au coeur des émeutes qui ont enflammé le pays en 2005 pendant trois semaines (10 000 voitures incendiées, 6000 personnes interpellées), après la mort, également en Seine-Saint-Denis, de deux adolescents électrocutés dans un transformateur où ils avaient voulu se cacher de la police.

Dans le cas de Théo, «je ne pense pas que les choses se seraient déroulées de la même manière si on avait été avenue de l'Opéra», en plein coeur de Paris, souligne le député socialiste de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg.

Hostilité quasi permanente

«Si tu n'as pas grandi ici, tu ne peux pas comprendre. On vit avec une police qui est agressive. Les insultes sont normales, les coups sont fréquents», témoigne à Aulnay-sous-Bois Chris, 27 ans.

Une enquête dévoilée en janvier montrait que les jeunes noirs ou arabes ont 20 fois plus de chances de subir un contrôle d'identité, ce qui alimente «un sentiment de discrimination et de défiance».

Avec en réponse l'établissement d'un «état d'hostilité quasi permanent contre la police», selon le chercheur Christian Mouhanna.

Les policiers eux-mêmes se sentent souvent impuissants. «On essaye de leur parler quand ils sont mineurs, mais ils sont mutiques», témoigne ainsi Hanem Hamouda, commissaire de Corbeil-Essonne, dans la banlieue sud-est de Paris.

«Le dialogue est complètement rompu, on les voit progressivement se durcir, s'ancrer dans la délinquance», explique-t-elle. Dans sa ville, «les caillassages, les jets de projectiles, c'est tous les jours», souffle la fonctionnaire.

«On a de plus en plus de violences avec armes contre les policiers (...). L'objectif n'est plus de s'attaquer au policier, mais de s'en prendre à sa vie», renchérit Frédéric Lagache, du syndicat de police Alliance.

Début octobre 2016, quatre policiers ont été attaqués au cocktail Molotov dans une cité à Viry-Châtillon, au sud de Paris. Deux d'entre eux ont été grièvement brûlés.

Cette agression avait déclenché un mouvement de fronde chez les policiers, inédit par son ampleur, avec de nombreuses manifestations à travers la France.

«On a une police à bout de nerfs dans certains quartiers et une jeunesse à bout de patience», a résumé jeudi l'ancienne ministre écologiste du Logement, Cécile Duflot.

Pour Sébastian Rocher, directeur de recherche au CNRS, «ces mauvaises relations, voire cette hostilité, doivent être comparées à la situation en Allemagne, où la minorité turque a une bonne opinion de la police, grâce notamment à une véritable stratégie de formation des agents».

À Aulnay-sous-Bois, les affrontements ont cessé après l'appel au calme lancé par Théo. Mais la colère est toujours là. «On veut la justice. Sinon, cela va recommencer, pire qu'en 2005», promet Mohamed, 24 ans.




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