Allemagne: un sulfureux parti d'extrême droite évite l'interdiction

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Des membres du NPD prennent la pose devant la Cour constitutionnelle d'Allemagne.

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Jürgen OEDER
Agence France-Presse
KARLSRUHE

La plus haute juridiction allemande a rejeté mardi une demande d'interdiction d'un parti d'extrême droite, le NPD, pointant du doigt sa faible audience dans un arrêt très attendu dans un contexte d'essor de la droite populiste anti-immigration.

«Certes le NPD a des objectifs anticonstitutionnels, mais il n'y a actuellement pas d'éléments concrets de poids laissant penser que l'action (du parti) puisse être couronnée de succès», a indiqué le président de la Cour constitutionnelle du pays, Andreas Vosskuhle.

La Cour a ainsi rejeté à l'unanimité des juges la demande d'interdiction présentée en 2013 par la chambre haute du Parlement allemand, le Bundesrat. Il s'agit du deuxième rejet de ce type, après une première décision en ce sens concernant le NPD en 2003.

Le ministre de la Justice Heiko Maas a estimé que cette décision rendait plus que jamais nécessaire «le combat contre l'extrême droite» et appelé à la mobilisation de l'ensemble «des responsables politiques, de la société civile et des services de sécurité» allemands.

«Nous allons pouvoir vraiment rebondir et nous consacrer à notre tâche, c'est-à-dire contribuer à la formation de la volonté politique du peuple», a déclaré pour sa part l'avocat du NPD Peter Richter à la sortie de l'audience.

«Aveuglement»

Les juges ont considéré que même s'il a une «parenté avec le national-socialisme» et que le NPD vise un «État autoritaire fondé sur communauté populaire définie ethniquement», le mouvement n'a «pas de portée» réelle.

La décision rendue mardi a suscité l'incompréhension du Comité international Auschwitz qui a dénoncé dans un communiqué une «journée tragique pour la démocratie» et «l'aveuglement» de la cour.

Le Congrès Mondial juif a lui estimé que si le NPD ne représente aucune menace immédiate, il a fallu «très peu de temps à Hitler et son parti pour détruire la démocratie allemande et tuer 6 millions de juifs».

Ultranationaliste, le NPD prône une «Allemagne aux Allemands» et mentionne dans son programme «la survie et le maintien du peuple allemand dans son espace vital héréditaire d'Europe centrale», une rhétorique qui évoque le vocabulaire nazi.

La demande d'interdiction avait été présentée deux ans après la découverte d'une série de meurtres racistes commis par trois militants néonazis d'un groupuscule baptisé «Clandestinité national-socialiste» (NSU), proches du NPD.

La Cour a admis que son arrêt pouvait «irriter», mais a pointé du doigt la faible audience du NPD pour expliquer son arrêt. Fondé en 1964, le parti qui compte moins de 6000 membres a perdu l'année dernière ses derniers représentants dans un parlement régional et il ne compte plus qu'un siège significatif, un député européen élu en 2014, Udo Voigt.

Essor de l'AfD

Si ce mouvement a fait longtemps figure d'épouvantail en raison notamment de ses liens avec des groupuscules néonazis, il n'est crédité que de 1 % des intentions de vote dans les sondages. Et l'émergence ces dernières années du parti anti-immigration Alternative pour l'Allemagne (AfD), à la réputation moins sulfureuse, l'a encore plus marginalisé.

Ce dernier est crédité de 10 à 15 % des intentions de vote, son discours anti-islam et anti-système convainquant une part croissante de l'opinion, notamment depuis l'ouverture du pays aux migrants en 2015. L'AfD pourrait au vu des sondages avoir des députés à l'issue des législatives de septembre, une première pour un parti de ce type en Allemagne depuis 1945.

En raison du souvenir de la dictature hitlérienne, des critères très stricts ont été fixés dans la Constitution pour interdire un parti politique. Il n'y a que deux précédents: contre un héritier du parti nazi, le SRP, en 1952, puis contre le Parti communiste ouest-allemand (KPD), quatre ans plus tard.

Même cette dernière décision reste très contestée en Allemagne, la Cour ayant été accusée d'avoir rendu une décision politique en pleine guerre froide.

La première demande d'interdiction du NPD rejetée en 2003 l'avait été pour sa part pour vice de procédure, après des révélations sur la présence d'«indicateurs» du renseignement intérieur au sein de la direction du NPD. Ceux-ci ont été «désactivés» depuis.




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