France: jugé pour avoir secouru des migrantes blessées

Pierre-Alain Mannoni saura vendredi si le fait d'avoir... (photo Eric Gaillard, archives reuters)

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Pierre-Alain Mannoni saura vendredi si le fait d'avoir porté secours à « des personnes en danger » lui vaudra un casier judiciaire.

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Les trois Érythréennes étaient « bien abîmées » : des blessures aux jambes et aux mains, de la « douleur dans les yeux ». Un professeur d'université du sud de la France a voulu les emmener se faire soigner. Il risque une peine de prison pour « aide à la circulation d'étrangers en situation irrégulière ». La Presse s'est entretenue avec lui.

Pierre-Alain Mannoni saura vendredi si le fait d'avoir porté secours à « des personnes en danger » lui vaudra un casier judiciaire.

« Le procureur a requis six mois de prison avec sursis », explique le chercheur et professeur de géographie à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, que La Presse a joint hier au téléphone.

Le 17 octobre dernier, alors qu'il visitait des amis qui habitent la vallée de la Roya, une région montagneuse située près de la frontière franco-italienne, il a appris l'existence dans les environs d'un refuge où campaient des migrants.

Il s'y est arrêté en fin de soirée, avant de rentrer, et s'est fait demander d'amener à Nice trois jeunes Érythréennes « blessées, qui [avaient] mal ».

La décision à prendre était pour lui « évidente ».

Formé en secourisme, il s'est même promis de jeter un oeil à leurs blessures avant de les emmener prendre le train pour Marseille, où une association d'aide aux migrants les attendait.

Mais à un poste de péage, il s'est fait contrôler par des policiers ; ses trois passagères n'avaient pas de papiers d'identité.

« C'est là que j'ai été arrêté », raconte-t-il.

« Ils m'ont traité comme si j'étais un criminel. »

Il a été détenu durant 36 heures, et les policiers ont également mené une perquisition à son domicile, une expérience que le père de famille a jugée « pas très drôle », lui qui voulait enseigner l'entraide à ses enfants en secourant des gens dans le besoin.

Rapidement, les enquêteurs ont compris que le professeur de 45 ans n'avait pas agi contre rémunération.

Entre-temps, l'une des trois Érythréennes, présumée mineure, a été prise en charge par les services sociaux, tandis que les deux autres ont été renvoyées en Italie.

« Mais elles sont repassées [en France] », assure M. Mannoni, et se trouveraient maintenant en Allemagne, où elles ont de la famille.

PROCÈS « SYMBOLIQUE »

Si Pierre-Alain Mannoni a malgré tout été traduit en justice, à la fin du mois de novembre, c'est selon lui parce que les autorités veulent en faire un cas « symbolique », afin de dissuader d'autres personnes d'agir de la sorte.

« C'est pour ça que ce procès a eu lieu, c'est évident », s'exclame-t-il.

Accusé d'« aide à la circulation d'étrangers en situation irrégulière », Pierre-Alain Mannoni s'offusque d'être « poursuivi avec le même article de loi que les passeurs ».

Il s'insurge aussi que le procureur n'ait pas retenu le fait que les trois femmes qu'il transportait étaient blessées, « alors que c'est dans la déposition des policiers ».

Cette omission le fâche d'autant plus que dans sa déposition, le professeur raconte que la veille de son arrestation, il avait également fait monter dans sa voiture quatre Soudanais qui marchaient sur le bord de la route dans la montagne.

Or, aucune accusation n'a été portée dans ce cas, le procureur estimant qu'il avait ainsi porté assistance à des personnes en danger, qui risquaient de se faire happer.

COMBAT JURIDIQUE

Pierre-Alain Mannoni a espoir d'être acquitté, mais promet d'interjeter appel du jugement s'il est condamné.

Sa cause a suscité une forte mobilisation en France.

Il a d'abord été soutenu par ses collègues et son syndicat, puis la mobilisation a gagné la sphère politique et culturelle, si bien qu'une « cagnotte » a pu être amassée pour assurer ses frais judiciaires « importants », le libérant ainsi d'une angoisse.

« S'il faut aller défendre ça à la Cour européenne des droits de l'homme, eh bien, on ira », assure-t-il, parlant d'un « combat juridique à mener pour que ça fasse jurisprudence ».

Quand on lui demande s'il a l'énergie pour mener un tel combat, il hésite, puis répond par l'affirmative.

« Je ne veux pas vivre dans une société où on peut condamner quelque chose comme ça. Ça [ouvrirait] la voie à des choses terribles. Ça [voudrait] dire qu'il faut s'interdire d'aider des gens qui sont blessés en bas de chez soi. »




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