Les milieux djihadistes en plein essor en Allemagne

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Des agents des forces spéciales entrent dans un édifice lors d'une opération policière touchant des maisons et la mosquée de Hildesheim, le 27 juillet dernier.

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Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
BERLIN

La nébuleuse djihadiste connaît depuis deux ans un essor croissant en Allemagne, particulièrement chez les jeunes issus de l'immigration, un milieu au sein duquel l'auteur de l'attentat de Berlin a un temps évolué avant de passer à l'acte. Lorsque le 8 novembre la police lance une opération contre la mosquée de Hildesheim, personne n'est surpris. Cette ville de 100 000 habitants en Base-Saxe s'était taillé la réputation d'être devenue « un bastion » de groupes islamistes radicaux, selon la formule des autorités.

Après des mois d'enquête, les policiers arrêtent Ahmad Abdulaziz Abdullah A. alias « Abou Walaa », surnommé « le prédicateur sans visage » en raison de ses vidéos où il prend soin d'apparaître de dos.

Populaire sur les réseaux sociaux, il est accusé avec quatre complices d'avoir piloté un réseau de recrutement pour le compte du groupe État islamique.

Cette figure du salafisme djihadiste en Allemagne - branche très minoritaire du courant salafiste pour l'essentiel non-violent - a aussi croisé le chemin d'Anis Amri, l'auteur présumé de l'attentat au camion-bélier dans la capitale allemande, tué vendredi en Italie.

Si l'arrestation d'Abou Walaa puis l'attaque du marché de Noël ont focalisé l'attention des médias, il ne se passe en réalité guère une semaine sans que les policiers allemands annoncent l'interpellation d'un suspect de « terrorisme » ou la dissolution d'une association douteuse.

549 individus dangereux

Le 25 octobre, c'est un groupe tchétchène qui est démantelé, le 3 novembre trois Allemands rentrés de Syrie sont condamnés, et le 15 novembre une vague de perquisitions dans dix régions allemandes vise quelque 190 sites liés à « La vraie religion », un groupe interdit accusé d'avoir incité 140 personnes à rejoindre la Syrie ou l'Irak.

Le renseignement intérieur fournit des statistiques inquiétantes.

En juin, il estimait le nombre d'islamistes radicaux à 9200, dont 1200 susceptibles de basculer dans la violence. Parmi eux, 549 sont classés « dangereux », à l'instar d'Anis Amri. À titre de comparaison, en 2011, 3800 personnes étaient cataloguées radicales.

Géographiquement, la Rhénanie du Nord-Westphalie, à la frontière de la Belgique et des Pays-Bas, et Berlin ont connu le plus fort essor. C'est là aussi qu'Amri avait ses habitudes.

Le plus inquiétant est que cet essor est observé en particulier chez les jeunes.

« EI est clairement une sorte d'idéologie de rébellion, une contre-culture, quelque chose qui peut satisfaire le besoin de protestation de jeunes », souligne à ce titre Peter Neumann, directeur du centre d'étude sur la radicalisation du King's College de Londres.

Dès janvier 2015, le patron du renseignement intérieur, Hans-Georg Maassen, estimait que l'islam radical était devenu « une sorte de sous-culture pour la jeunesse ».

Un an et demi plus tard, il se fait plus pressant : « Clairement, les jeunes gens se radicalisent vite et de manière durable à la puberté [...]. Leur aptitude et leur capacité à mettre en oeuvre les appels de l'État islamique à tuer des ''infidèles'' dans leur patrie sont particulièrement problématiques ».

Illustrant ce danger, à trois reprises cette année l'extrême jeunesse de suspects de tentatives d'attentats a fait la Une en Allemagne.

« Parents impuissants »

Mi-décembre, les autorités ont créé la stupeur en annonçant qu'un Germano-Irakien de 12 ans, radicalisé « à distance », avait tenté à deux reprises, sans succès, de faire exploser un engin artisanal sur un marché de Noël à Ludwigshafen.

En février, c'est une adolescente germano-marocaine de 15 ans qui poignarda au cou un policier à Hanovre.

Et trois adolescents, tous nés en Allemagne, sont jugés depuis le 7 décembre pour avoir incendié un temple sikh, faisant trois blessés, une attaque aux motivations islamistes.

La mère de l'un deux, Neriman Yama, a raconté à l'AFP comment elle a vu son fils dériver dès l'âge de 14 ans, deux ans avant les faits, vers un islamisme radical et violent en regardant des prédicateurs sur internet.

Il épousa aussi une adolescente couverte d'une burqa.

« En tant que parents, nous étions impuissants », expliquait-elle il y a quelques semaines. « L'autre côté était plus fort que nous ».

Enfin les autorités allemandes sont aussi très inquiètes des efforts de prosélytisme auprès de réfugiés désoeuvrés, traumatisés et influençables, alors que plus d'un million de migrants sont arrivés en Allemagne en 2015 et 2016.

C'est ainsi par des « chats » et des messageries que deux demandeurs d'asile, l'un syrien et l'autre afghan, se sont radicalisés et ont commis des attentats, revendiqués par EI, en juillet, faisant plusieurs blessés.




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