Attentat de Berlin: deuil, colère et solidarité

Des bougies et des fleurs ont été déposées... (Photo Clemens Bilan, Agence France-Presse)

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Des bougies et des fleurs ont été déposées sur le parvis de l'église du Souvenir, à Berlin, près de l'endroit où le camion fou a terminé sa course.

Photo Clemens Bilan, Agence France-Presse

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Sylvie St-Jacques

Collaboration spéciale

La Presse

Quarante-huit heures après les attaques du marché de Breitscheidplatz, un affrontement entre partisans pro-PEGIDA (mouvement islamophobe et anti-migrants) et leurs détracteurs illustrait la division idéologique du pays d'Angela Merkel.

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Manifestation de militants d'extrême droite sur la Breitscheidplatz, à Berlin

Photo Christian Mang, Reuters

Réagissant au rassemblement des militants d'extrême droite sur... (Photo Clemens Bilan, Agence France-Presse) - image 1.1

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Réagissant au rassemblement des militants d'extrême droite sur les lieux du drame de lundi, des manifestants pro-solidarité et pro-Merkel ont brandi des coeurs en papier.

Photo Clemens Bilan, Agence France-Presse

Dans le camp de l'extrême droite, des haut-parleurs diffusaient de longues litanies sur les dangers de l'invasion musulmane, la nécessité de retrouver la fierté patriotique allemande et de rendre à ce pays sa « grandeur d'antan ». Une centaine de manifestants, dont certains tenaient des drapeaux de l'Allemagne, faisaient le pied de grue et refusaient de parler aux journalistes.

« C'est terrifiant d'entendre ces discours fascistes. C'est eux, la vraie menace », a affirmé Ralph Harthan, incrédule devant cette scène et tenant dans ses mains une rose jaune destinée à un des sites commémoratifs du marché de Noël.

De l'autre côté d'une barrière de sécurité, quelques centaines de contre-manifestants tenaient à bout de bras des coeurs en papier, répétant le slogan en anglais « Say it loud, say it clear, refugees are welcome here  » (Dites-le fort, dites-le clairement, les réfugiés sont ici les bienvenus »).

« Ils instrumentalisent les attaques pour faire passer leurs messages racistes », a indiqué Angelina Stercken, une Berlinoise qui a joint sa voix à ce mouvement de solidarité pro-migrants et pro-Merkel.

Alors qu'Anis Amri, Tunisien de 24 ans désormais considéré comme le principal suspect de l'attaque du camion-bélier du 19 décembre, était toujours visé par un mandat d'arrêt, les critiques à l'endroit de la politique d'ouverture d'Angela Merkel par rapport aux migrants fusaient de toutes parts. Dans les heures qui ont suivi le bain de sang de Breitscheidplatz, le tweet du politicien de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) Marcus Pretzell sur « les morts de Merkel » a dévoilé au grand jour le sentiment anti-migrants d'une portion de la population allemande...

LA RESPONSABILITÉ HISTORIQUE DE L'ALLEMAGNE

« L'Allemagne, c'est le pays d'Hitler, du fascisme. La politique d'ouverture et d'humanité d'Angela Merkel nous a rappelé notre responsabilité morale et historique à l'endroit des réfugiés », a déclaré Norbert Struck, de l'ONG Paritätischer Wohlfahrtsverband, qui se consacre à la santé et aux soins des jeunes. Ce dernier a consacré une grande partie de sa carrière dans les services sociaux à oeuvrer auprès des jeunes migrants.

« Pour moi, c'est un grave problème de voir que les réfugiés sont les premiers suspects montrés du doigt, après de tels incidents. » - Norbert Struck, de l'ONG Paritätischer Wohlfahrtsverband

« Bien entendu, sur 100 000 jeunes hommes, certains ne sont pas de bons gars. Mais d'expérience, j'ai rencontré moins de délinquants chez les migrants que dans la population générale. »

Pour Norbert Struck, une attitude de peur et de stigmatisation des migrants serait le pire des scénarios pour l'Allemagne. « Si nous n'investissons pas dans l'intégration, dans l'éducation à la démocratie de ces jeunes, si nous ignorons le traumatisme associé à leur expérience de migration, les choses vont empirer », a dit celui qui, incidemment, avait passé la veille à apporter du réconfort à une collègue directement touchée par l'attaque du camion-bélier de lundi soir. « Une amie qui venait de lui transmettre une invitation pour son mariage a été transportée à l'hôpital, et ses chances de survie étaient minces... »

DES RÉFUGIÉS SOUS LES PROJECTEURS

Pendant ce temps, à l'ancien aéroport de Tempelhof, gigantesque bâtiment érigé par Adolf Hitler qui héberge désormais des réfugiés en provenance notamment de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan, des journalistes tentaient en vain de soutirer des commentaires aux résidants. Ceux-ci ont été réveillés à 3 h 30, mardi matin, par des policiers qui cherchaient des éléments de preuve à propos du premier suspect d'origine pakistanaise.

Plusieurs jeunes hommes, des couples avec enfants, et même des familles tout juste arrivées à Berlin et traînant des valises, marchaient autour de ce gros « bunker » accessible aux seuls détenteurs de cartes d'accès, protégé par des gardiens de sécurité.

Maintenant entouré de gros blocs de béton, le marché de Breitscheidplatz a rejoint le Bataclan et la promenade des Anglais dans la liste funèbre des cibles du groupe État islamique (EI). Les nombreux autres marchés de Noël de Berlin, quant à eux, demeurent ouverts, malgré la crainte, la nervosité et certains doutes quant à leur sécurité.

Pour Siys Singh, Indien de confession sikhe installé en Allemagne depuis les années 70, le pire des scénarios serait d'être renvoyé dans son pays d'origine. « Ce qui s'est passé lundi soir est très mauvais, très grave. Mais Angela Merkel est très bonne. »




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