Marché de Noël à Berlin: la piste de l'attentat confirmée

La chancelière allemande Angela Merkel a parlé d'«attentat... (photo Odd ANDERSEN, Agence France-Presse)

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La chancelière allemande Angela Merkel a parlé d'«attentat terroriste» et laissé entendre que son auteur était probablement un demandeur d'asile.

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
Berlin

Angela Merkel a qualifié mardi «d'acte terroriste» la course folle d'un camion dans la foule d'un marché de Noël, qui a fait la veille 12 morts et 48 blessés, traumatisant le pays et ravivant la controverse autour de sa politique d'immigration.

Ce drame, qui a mobilisé toute la nuit enquêteurs et secouristes autour du poids lourd et des victimes inanimées gisant autour, rappelle par ses circonstances l'attentat aucamion-bélier du 14 juillet à Nice en France, le soir de la fête nationale (86 morts). 

La chancelière allemande a parlé d'«attentat terroriste» et laissé entendre que son auteur était probablement un demandeur d'asile.

«Je sais que cela serait pour nous particulièrement difficile à supporter s'il se confirme que cet acte a été commis par une personne qui a demandé à l'Allemagne protection et asile", a-t-elle déclaré.



Selon le quotidien Bild, le conducteur du camion ayant projeté son véhicule sur la foule sur l'un des marchés de Noël les plus fréquentés de la capitale allemande est un Pakistanais de 23 ans. Il aurait suivi la route des Balkans pour arriver en Allemagne comme demandeur d'asile en février 2016, en provenance du Pakistan ou d'Afghanistan.

Cependant, mardi, il n'était «plus certain» que le Pakistanais, interpellé lundi soir soit le chauffeur du poids lourd, a déclaré le patron de la police berlinoise, Klaus Kandt, suggérant que le véritable auteur était peut-être toujours en fuite.

Alors que l'enquête a été confiée au parquet anti-terroriste, la police a néanmoins mené des perquisitions mardi matin dans l'un des grands centres de réfugiés de Berlin, dans l'ancien aéroport de Tempelhof, rapportent plusieurs médias allemands. Le premier suspect, arrêté lundi soir peu après les faits, pourrait y avoir séjourné.

Angela Merkel a vu immédiatement les critiques au sujet de sa politique d'immigration généreuse redoubler. 

«Ce sont les morts de Merkel!», a dénoncé sur son compte Twitter l'un des responsables du parti de droite populiste Alternative pour l'Allemagne (AfD), Marcus Pretzell. «L'Allemagne n'est plus sûre» face «au terrorisme de l'islamisme radical», a renchéri la figure de proue de l'AfD, Frauke Petry, en mettant en cause la décision de la chancelière d'ouvrir les portes du pays à l'été 2015 à près de 900 000 réfugiés fuyant la guerre et la misère, originaires pour l'essentiel du monde musulman. Environ 300 000 supplémentaires sont arrivés en 2016.

Tué par balle

Un bilan provisoire du drame de lundi soir fait état d'au moins «12 morts» et 48 personnes hospitalisées, dont certaines dans un état grave. 

Aucune indication n'a été donnée sur l'identité des victimes. L'une d'elles, retrouvée dans la cabine du camion, est un ressortissant polonais «tué par balle», peut-être le chauffeur en titre du véhicule à qui il a été volé, selon un porte-parole du ministère régional de l'Intérieur.

Les drapeaux des bâtiments publics ont été mis en berne et une cérémonie du souvenir doit se tenir à 11h GMT (6h à Montréal) à la cathédrale Saint-Hedwige, dans le centre de la ville.

«J'ai juste vu ce gigantesque camion noir qui a foncé à travers le marché et renversé tellement de gens, puis toutes les lumières se sont éteintes et tout était détruit», a raconté une touriste australienne, Trisha O'Neill.  

Il y avait «du sang et des corps partout», y compris d'enfants et de personnes âgées, a-t-elle ajouté.

«On voyait des gens transportés dans des ambulances, encore et encore, et ça semblait ne jamais devoir finir», a confié de son côté une autre touriste, Sabrina Glinz, à la chaîne britannique Sky News.

Le drame s'est déroulé au pied de l'église du Souvenir, monument phare de l'ouest de la capitale allemande au clocher éventré par les bombardements de la Seconde guerre mondiale. Le camion a été évacué mardi matin.

«Utiliser un gros véhicule»

Les réactions de solidarité se sont multipliées, de la France aux États-Unis, alors que l'Europe est régulièrement la cible d'attentats revendiqués par des groupes jihadistes. Le président russe Vladimir Poutine s'est dit «choqué» par la «brutalité et le cynisme» de l'attaque.

Le drame de Berlin rappelle l'attentat de Nice en France en juillet, lorsqu'un Tunisien avait foncé avec son poids lourd sur la Promenade des Anglais sur près de deux kilomètres. Il avait tué 86 personnes et fait plus de 400 blessés, avant d'être abattu par la police. Cet attentat avait été revendiqué par l'organisation État islamique (EI).

L'utilisation de véhicules, notamment de camions, pour foncer dans des foules de «mécréants» et faire le plus de victimes possible est préconisée de longue date par les groupes jihadistes.

Dans son web-magazine Inspire, en septembre 2014, le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) écrivait: «L'idée est d'utiliser un gros véhicule. Vous pouvez prendre un pick-up, le plus gros est le mieux. Pour faire des dégâts maximum, vous devrez rouler le plus vite possible en gardant le contrôle du véhicule pour avoir le maximum d'inertie et pouvoir renverser autant de gens que possible».

L'Allemagne avait été jusqu'ici épargnée par des attaques jihadistes d'ampleur, mais plusieurs attentats islamistes ont été récemment commis par des personnes isolées.

L'EI a revendiqué en juillet deux attentats séparés qui ont fait plusieurs blessés, l'un à la bombe et l'autre à l'arme blanche, commis par un Syrien de 27 ans et par un demandeur d'asile de 17 ans, probablement afghan.

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La chancelière allemande Angela Merkel a confirmé mardi matin qu'il s'agissait d'«une attaque terroriste».

AFP

Ce que l'on sait

Un camion immatriculé en Pologne a foncé intentionnellement sur la foule de l'un des marchés de Noël les plus fréquentés de Berlin lundi soir, faisant au moins 12 morts et 48 blessés. 

Voici ce que l'on sait de cet événement que le gouvernement allemand considère désormais comme «un attentat», similaire à celui commis à Nice, en France, le 14 juillet:

S'agit-il d'un attentat? La chancelière allemande Angela Merkel a confirmé mardi matin qu'il s'agissait d'«une attaque terroriste». Peu auparavant, le ministère de l'Intérieur avait déjà qualifié d'"attentat" la course folle du poids lourd dans la foule, même si aucune revendication ou information sur d'éventuelles motivations n'ont circulé jusqu'ici. L'enquête s'oriente donc vers une attaque au camion-bélier similaire dans ses circonstances à celle de Nice, le jour de la fête nationale, qui fit 86 morts et plusieurs centaines de blessés. La police berlinoise a aussi annoncé mardi matin que le conducteur du poids lourd avait «délibérément» foncé sur la foule.

Que s'est-il passé exactement? Lundi soir vers 20H00 locales (14h00 à Montréal)), un camion a traversé sur 50 à 80 mètres un des marchés de Noël les plus visités à Berlin, dans l'ouest de la capitale allemande. A quelques jours des fêtes, il était très fréquenté ce soir-là, notamment par les touristes. Le dernier bilan, encore provisoire, de la police, fait état de 12 morts et plusieurs dizaines de blessés, qui selon la presse locale souffrent de fractures diverses et hémorragies internes, causées par la violence du choc. Un témoin australien a indiqué que des enfants et personnes âgées figuraient parmi les personnes gisant au sol après le passage du camion.

Que sait-on du conducteur du poids lourd? Selon Angela Merkel il s'agit probablement d'un demandeur d'asile. L'agence allemande DPA indique qu'il s'agirait d'un réfugié arrivé en février 2016 en Allemagne tandis que la chaîne publique RBB évoque une arrivée le 31 décembre 2015. Ces éléments n'ont pas été confirmés par les autorités. Selon le quotidien Bild, il s'agit d'un Pakistanais de 23 ans qui aurait suivi la route des Balkans pour arriver en Allemagne en provenance du Pakistan ou d'Afghanistan. D'autres médias allemands affirment qu'il était connu de la police pour des actes de criminalité mais pas de radicalisation islamiste. Des perquisitions ont été menées dans l'un des grands centres d'hébergement de réfugiés berlinois, l'ancien aéroport de Tempelhof. 

L'homme a d'abord pris la fuite après avoir commis son forfait et laissé son véhicule à l'arrêt. Il a été interpellé peu après à deux kilomètres de là par la police, qui disposait d'une description fournie par des témoins. 

D'où venait le camion? Il s'agit d'un poids lourd appartenant à une société de transport polonaise, qui n'a plus de nouvelles de son chauffeur. La police allemande pense qu'il a été volé. Un corps sans vie a été retrouvé dans le camion après le drame. Il pourrait s'agir du routier. Selon le ministère de l'Intérieur du Brandebourg, l'Etat régional qui entoure Berlin, cette victime est un Polonais «tué par balles». Le véhicule était chargé de 25 tonnes de produits métallurgiques en provenance d'Italie. Le routier se préparait à passer la nuit à Berlin, la société berlinoise qui devait prendre le chargement n'ayant pas pu le recevoir lundi.

«C'est mon cousin, je le connais depuis l'enfance. Je me porte garant de lui», a dit à l'AFP le patron de l'entreprise, Ariel Zurawski.



«C'était comme un camion fantôme. Il a traversé... (AP) - image 6.0

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«C'était comme un camion fantôme. Il a traversé la foule comme un couteau découpant un gâteau», Wael Adnan, Syrien de 28 ans originaire d'Alep en Allemagne depuis trois mois.

AP

Cinq témoignages

«Des corps partout», la foule transpercée, incrédulité : voici les récits de sept témoins, touristes ou étrangers vivant à Berlin, qui ont vu l'attentat au camion qui a fait 12 morts et 48 blessés lundi soir sur un marché de Noël.

- Wael Adnan, Syrien de 28 ans originaire d'Alep en Allemagne depuis trois mois, au quotidien suédois Aftonbladet: «C'était comme un camion fantôme. Il a traversé la foule comme un couteau découpant un gâteau».

- Trisha O'Neill, Australienne interrogée par la chaîne de télévision Australian Broadcasting Corporation:  «J'ai juste vu ce gigantesque camion noir qui a foncé à travers le marché et renversé tellement de gens, puis toutes les lumières se sont éteintes et tout était détruit». 

Il y avait «du sang et des corps partout», y compris d'enfants et de personnes âgées, ajoute-t-elle, disant avoir «éclaté en sanglots».

- Sabrina Glinz, Américaine interrogée par la chaîne britannique Sky News, a vu des victimes inertes évacuées sous des draps blancs:  «On voyait des gens transportés dans des ambulances, encore et encore, et ça semblait ne jamais devoir finir».

«Il est venu au tout début du marché, quand c'est le plus fréquenté, et il a simplement foncé à travers les baraques».

- Mike Fox, touriste britannique originaire de Birmingham, interrogé par la BBC: «On était en train de partir quand ce gros camion est arrivé. Il m'a frôlé, a frôlé ma petite amie. Je pense qu'il m'a manqué de trois mètres, et elle de cinq.

«J'ai vu un gars évacué avec du sang sur le visage. J'ai aidé plusieurs autres personnes à soulever un stand pour en dégager deux autres personnes».

- Carima Douch, Belge employée au sein de la police de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, s'était occupée des victimes de l'attentat perpétré le 22 mars dernier. À l'AFP: «Je ne peux pas croire que ça arrive encore, je ne sais pas ce que je dois éprouver. Je voudrais être utile mais ce n'est pas mon pays et je ne suis pas de service».

- Azza et Firas, étudiants tunisiens vivant à Berlin, à l'AFP.

Azza : «on est arrivés juste après et il y avait tous ces gens par terre. Je ne me sens plus en sécurité ici». Firas : «J'ai tout de suite pensé que c'était délibéré».




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