La perpétuité requise contre le «boucher des Balkans»

Costume sable et cravate bordeaux, Ratko Mladic, l'air... (image ICTY Video/AP)

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Costume sable et cravate bordeaux, Ratko Mladic, l'air maussade et agité, fixait la tribune du public.

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Sophie MIGNON
Agence France-Presse
LA HAYE

Le procureur a requis mercredi la perpétuité contre l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, accusé d'avoir entrepris le « nettoyage ethnique » d'une partie de la Bosnie en vue de créer un État serbe ethniquement pur.

« Ce serait une insulte aux victimes vivantes et décédées, un affront à la justice de le condamner à toute autre peine qu'à la plus sévère: la perpétuité », a déclaré le procureur Alan Tieger devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye.

Alors que son procès connaît sa dernière semaine au terme de procédures entamées en 2012, celui qui est surnommé « le boucher des Balkans » doit répondre de onze chefs d'accusation de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis lors de la guerre de Bosnie (1992-1995), qui a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés.

« Le temps est venu pour le général Mladic d'être tenu responsable pour les crimes commis contre chacune de ses victimes et la communauté qu'il a détruite », a-t-il ajouté.

La défense doit entamer vendredi sa plaidoirie qui doit durer trois jours, et un jugement devrait être rendu dans le courant de l'année 2017.

Pour le bureau du procureur, qui clôture trois jours de réquisitoire, l'accusé était « aux commandes » des forces serbo-bosniaques qui « ont commis un schéma constant de crimes ».

« Écrit à jamais dans l'histoire »

Ratko Mladic, 74 ans, doit notamment répondre du massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans en juillet 1995 à Srebrenica, seul génocide reconnu jusqu'à présent par le TPIY.

« S'il n'est pas condamné à vie ou pour génocide, aucun autre verdict ne nous satisferait », a réagi auprès de l'AFP Hajra Catic, responsable de l'association « Les Femmes de Srebrenica ».

« Personne ne peut nous rendre nos enfants », a-t-elle insisté, « mais il est très important que Mladic soit déclaré coupable de génocide, car cela restera écrit à jamais dans l'histoire. »

Expulsés de cette enclave, femmes et personnes âgées marchaient, bagages et enfants sur le dos et dans les bras, affamés et épuisés, d'après une vidéo diffusée à l'audience. « Mon mari a probablement été tué maintenant. J'ai quatre enfants, je n'ai plus qu'à souffrir avec eux », déclarait une femme en pleurs.

Six accusés ont été reconnus coupables de ce qui est le pire massacre commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, l'ancien chef politique Radovan Karadzic, qui a fait appel de sa condamnation à 40 ans de détention.

Le TPIY avait alors estimé qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour affirmer au-delà de tout doute raisonnable qu'un génocide avait été commis dans sept autres municipalités.

Or, pour l'accusation, il ne fait aucun doute qu'il y avait, dans les crimes menés dans une municipalité comme Prijedor, « l'intention de détruire une communauté et de l'empêcher de se reconstruire ».

« Et le mot désignant des crimes commis avec cette intention est génocide », avait souligné M. Tieger, cherchant à obtenir une condamnation de Ratko Mladic sous ce chef d'accusation dans un verdict qui serait alors historique.

Des enfants, cibles des tireurs embusqués

Là, dans les camps, des hommes étaient frappés à coups de batte de baseball ou forcés à boire de l'huile de moteur, a encore raconté Arthur Traldi pour l'accusation.

Les détenus étaient enfermés dans des « pièces surpeuplées maculées de sang ». Les femmes et les filles, âgées parfois de douze ans à peine, étaient violées.

L'ex-chef militaire est également accusé de l'enlèvement de personnel des Nations unies et du siège long de 44 mois de Sarajevo, où 10 000 civils sont morts.

Dans cette ville encerclée de barrières de béton et de fils de fer, les habitants brûlaient portes et chaussures pour se chauffer et étaient « forcés à manger de l'herbe et des feuilles bouillies », selon Adam Weber, membre de l'accusation.

En 1994, « 40 % des enfants dans la ville avaient été directement ciblés par les tirs des tireurs embusqués, 39 % avaient vu un ou plusieurs membres de leur famille tués et 73 % leurs maisons attaquées », a-t-il précisé.

Costume sable et cravate bordeaux, Ratko Mladic, l'air maussade et agité, fixait la tribune du public, grimaçait, lisait le journal. À la fin du réquisitoire, il a fait un geste réclamant une pause.

Son procès est le dernier pour le TPIY.




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