Réélue à la tête de son parti, Merkel durcit le ton sur l'immigration

En obtenant 89,5% des voix, son deuxième plus... (AFP)

Agrandir

En obtenant 89,5% des voix, son deuxième plus mauvais résultat en 16 ans à la tête de la CDU, Angela Merkel perd 7 points par rapport à sa réélection il y a deux ans à la présidence du parti, sur fond de critiques en raison de sa politique d'accueil des migrants de 2015.

AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Yannick PASQUET
Agence France-Presse
ESSEN

Angela Merkel a lancé mardi la bataille pour les législatives avec un discours ferme sur l'immigration pour faire barrage à la droite populiste et répondre aux critiques dans ses rangs, tournant ainsi la page de sa généreuse politique d'accueil des réfugiés.

Mais après 11 ans au pouvoir, la chancelière allemande de 62 ans s'est vu adresser un avertissement par le millier de délégués de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) réunis en congrès à Essen (ouest) : elle a été reconduite à la tête du parti avec son plus mauvais score depuis qu'elle dirige l'Allemagne.

Deux semaines après avoir annoncé briguer un quatrième mandat à la chancellerie l'an prochain, elle a obtenu 89,5 % des voix, soit plus de 7 points de moins qu'il y a deux ans. « J'accepte ce vote et je me réjouis du résultat », s'est-elle contenté d'indiquer à l'issue du vote.

Pour tenter de rassurer la base et satisfaire l'aile droite de son parti, Angela Merkel a tenu un discours ferme sur l'immigration.

« Une situation comme celle de l'été 2015 ne peut et ne doit pas se répéter », a-t-elle lâché, plus d'un an après sa spectaculaire décision d'ouvrir les portes de son pays à près de 900 000 demandeurs d'asile fuyant notamment la guerre en Syrie.

Interdiction du voile intégral

Cet afflux inédit a profondément bouleversé la société, partagée entre générosité et inquiétudes à l'égard de l'afflux de réfugiés. La chancelière avait vu sa cote de popularité dégringoler et les critiques virulentes dans son propre camp se multiplier. Elle a toutefois depuis regagné une partie du soutien populaire.

Durant un discours de 75 minutes, elle s'est montrée ferme mardi sur la défense des valeurs de l'Allemagne et de l'Europe, affirmant vouloir interdire le voile intégral, un phénomène toutefois marginal en Allemagne, « là où c'est juridiquement possible ».

Son ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, avait déjà présenté un projet en ce sens en août pour interdire les tenues islamiques camouflant le visage dans l'administration, les écoles, les universités ou devant les tribunaux.

Elle a aussi insisté sur le fait que « le droit allemand prévaut sur la charia » (la loi coranique).

La CDU devrait également se prononcer sur un durcissement en matière d'expulsions des demandeurs d'asile déboutés avec notamment un allongement de la durée de séjour en centre de rétention.

Rempart au populisme

Longuement ovationnée par ses pairs, elle s'est présentée en rempart contre la montée du populisme, à l'instar des succès de Donald Trump et du Brexit, et a mis en garde contre « les solutions simples » proposées par les droites populistes et extrêmes.

« Le monde n'est pas noir et blanc », a souligné la chancelière, sans évoquer directement l'ascension rapide et inédite de la droite populiste Alternative pour Allemagne (AfD) créditée de 12 à 13 % des intentions de vote. « Nous devons rester sceptiques à l'égard des réponses simples », car elles ont « rarement fait avancer notre pays », selon elle.

L'AfD prospère sur les inquiétudes d'une frange de la population, en particulier en ex-RDA, qui se sent déclassée socialement et rejette les élites. Ce parti a en particulier adopté un discours anti-islam et anti-migrants virulent.

Des militants conservateurs ont jugé que la politique trop centriste de Mme Merkel était la cause de cet essor.

La CDU a permis « à l'AfD de se constituer à sa droite. Nous ne regagnerons pas ce terrain », a lancé la déléguée Christine Arlt-Palmer.

La chancelière a dans ce contexte prévenu une nouvelle fois que la campagne qui s'annonce serait la plus difficile depuis la réunification en 1990. « Ce ne sera pas une partie de plaisir ! », a-t-elle souligné, relevant « la forte polarisation de notre société ».

Elle s'est fixé pour objectif « d'intégrer » au moins une partie de l'électorat de la droite populiste et a pointé du doigt le danger que représenterait une alliance regroupant sociaux-démocrates, Verts et la gauche radicale die Linke.

Après un plongeon dans les sondages en fin d'année dernière et au début 2016 lié à la crise des réfugiés, la CDU a redressé la barre.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer