Présidentielle en Autriche: deux candidats que tout sépare

Des mois de campagne et rarement un mot... (REUTERS)

Agrandir

Des mois de campagne et rarement un mot plus haut que l'autre: l'écologiste Alexander Van der Bellen, 72 ans, universitaire à la retraite et son rival d'extrême droite Nobert Hofer, 45 ans, ex-ingénieur aéronautique, n'ont rien de jouteurs endiablés.

REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Philippe SCHWAB, Sophie MAKRIS
Agence France-Presse
VIENNE

Malgré leurs débats aimables, tout les sépare: les deux rivaux à la présidentielle autrichienne, l'écologiste et le candidat d'extrême droite, incarnent deux cultures politiques, deux générations, deux tempéraments qui polarisent la société autrichienne.

Des mois de campagne et rarement un mot plus haut que l'autre: l'écologiste Alexander Van der Bellen, 72 ans, universitaire à la retraite et son rival d'extrême droite Nobert Hofer, 45 ans, ex-ingénieur aéronautique, n'ont rien de jouteurs endiablés.

Mais «nous sommes tellement éloignés idéologiquement», a observé M. Hofer lors d'un récent débat télévisé. «Nous incarnons deux concepts opposés», a souligné son adversaire.

L'un d'eux sera élu président de la République à l'issue du scrutin qui se tient dimanche.

Nobert Hofer n'est plus l'inconnu sorti de l'ombre du FPÖ (parti de la liberté) et de son chef, Heinz-Christian Strache, qu'il fut au début de cette longue campage. Mais il se présente toujours en homme «neuf», malgré plus de vingt années d'activités politiques.

«M. Hofer défend les positions de M. Strache, mais avec une patte de velours», estime le quotidien Österreich et «engrange des voix grâce à son aspect sympathique». Il avait perdu de peu le second tour de la présidentielle en mai, avant que le scrutin ne soit annulé sur recours de son parti.

Vice-président du parlement depuis 2013, ce «bleu» (la couleur de son parti) «aux bonnes manières», selon le quotidien «Die Presse», ne se départit jamais de son sourire et de sa canne, indispensable depuis qu'un accident de parapente l'a laissé handicapé en 2003.

Nobert Hofer ne se lasse pas de donner du «Herr Doktor Van der Bellen» à son rival, économiste qu'il aime faire passer pour arrogant et pontifiant.

L'air austère, parfois bourru de l'ancien professeur aux sourcils en accent circonflexe lui offre une cible idéale.

Ancien membre du parti social-démocrate, Alexander Van der Bellen a été pendant plus de dix ans le visage des Verts autrichiens, formation qu'il a dirigée jusqu'en 2008.

Durant cette période, les Verts sont devenus la quatrième force politique du pays, derrière le FPÖ.

Plus de bleuet

Alors que le candidat Van der Bellen n'a eu de cesse de mener une campagne au centre pour séduire l'électorat modéré, le FPÖ l'a présenté comme un «gauchiste en habits bourgeois», soutenu par les «communistes», le renvoyant aux positions de son ancien parti en matière d'immigration. Les Verts ont toujours défendu une société ouverte et multiculturelle qui fait figure d'épouvantail pour le FPÖ.

La question migratoire a été au centre de la campagne dans un pays de 8,5 millions d'habitants qui a enregistré 130 000 demandeurs d'asile depuis début 2015.

M. Van der Bellen se revendique lui-même «enfant de réfugiés», fils d'un aristocrate russe et d'une mère estonienne ayant fui le stalinisme. Il a grandi aux confins de l'Autriche et de l'Italie, dans la province frontalière du Tyrol.

Né le 2 mars 1971, M. Hofer est fils d'un élu municipal conservateur du Burgenland, province frontalière de la Hongrie. Il y devient responsable régional du FPÖ dès 1996.

En 2005, le leader historique du parti, Jörg Haider, est contraint de créer sa propre formation car il est dépassé en interne par M. Strache, plus radical. M. Hofer choisit le camp de ce dernier.

Puis après des revers électoraux et sous l'impulsion de Norbert Hofer, responsable du programme du parti, le FPÖ polit son discours, bannissant les expressions ouvertement xénophobes.

Nobert Hofer a traité M. Van der Bellen de «fasciste vert», avant de regretter ce -très rare- écart de langage. Il vient d'appeler les membres de son parti à renoncer au port du bleuet à la boutonnière, qu'il a lui-même arboré dans le passé. Il dit en avoir «assez» qu'on assimile cette fleur au signe de reconnaissance des admirateurs d'Hitler avant 1938, alors que ce symbole «existait avant» cette période «Quand on parle de Norbert Hofer, on parle de quelqu'un fasciné par l'idéologie de la Grande Allemagne. On parle de quelqu'un qui a été sorti du chapeau par un chef de parti qui a frayé dans le milieu néonazi», rappelle dans un éditorial Christian Rainer, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Profil.

Le FPÖ, un parti fondé par d'anciens nazis

(Philippe Schwab, Vienne) - Le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), dont le candidat Norbert Hofer brigue la présidence de la République autrichienne dimanche face à l'écologiste Alexander Van der Bellen, est un parti d'extrême droite fondé par d'anciens nazis et traversé tant par des courants pangermanistes que libéraux.

Fondé par d'ex-nazis

Le FPÖ a été créé en 1956 comme émanation de l'Union des indépendants, qui rassemblait dans l'immédiat après-guerre d'anciens nazis privés de leurs droits civiques. Il est dirigé dans ses premières années par une ancien officier de la Waffen-SS.

Vu comme une alternative aux partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP) qui dominent le paysage politique, le parti attire cependant aussi des libéraux, qui en prennent même brièvement le contrôle dans la première moitié des années 1980.

Parenthèse libérale

L'aile radicale mise en minorité, le FPÖ est appelé au gouvernement par le chancelier social-démocrate Fred Sinowatz en 1983. Le parti paie cependant très cher cette participation au pouvoir, atteignant un étiage électoral avec 1,2% des voix en 1986.

Le coup de force de Haider

Alors que le parti est au plus bas, un jeune tribun populiste admirateur déclaré de la Waffen-SS, Jörg Haider, se hisse à la tête de la formation. Il en fait rapidement une machine de guerre électorale à coup de slogans xénophobes.

En 1989, Haider est élu gouverneur de Carinthie. Contraint de démissionner après avoir fait l'éloge de «la politique de l'emploi du IIIe Reich», il retrouve son siège en 1999 et fera de cette province méridionale son fief jusqu'à sa mort dans un accident de voiture en 2008.

En 2000, le FPÖ forme une coalition de gouvernement avec le chancelier conservateur Wolfgang Schüssel après avoir obtenu 26,9% des voix aux législatives. Seule concession: Haider accepte de céder formellement la tête du parti et de ne pas briguer de fauteuil ministériel, tout en restant de facto aux commandes.

L'entrée du FPÖ au gouvernement provoque un véritable séisme politique en Europe. L'UE adopte des sanctions contre l'Autriche et le pays est un temps traité en paria.

L'avènement de Strache

En 2005, Haider tente de redorer l'image du parti en écartant les «ultras» pangermanistes, antisémites et xénophobes qui l'avaient porté au pouvoir. Mais il est lui-même mis en minorité et doit abandonner sa formation au jeune Heinz-Christian Strache, dont il fut le mentor.

Épaulé par M. Hofer, M. Strache durcit à nouveau la ligne du parti. Mais les résultats du FPÖ plongent à la suite d'une longue série de dérapages. Incarnation de l'aile «brune» de la formation, la candidate à la présidentielle 2010, Barbara Rosenkranz, n'obtient que 15,2% des suffrages.

Le lissage de l'image

Le FPÖ entreprend alors de recentrer graduellement son image, à l'instar du Front national français. Les caciques les plus encombrants sont écartés, à l'image d'Andreas Mölzer, remercié après avoir qualifié l'UE de «conglomérat de nègres» en 2014.

Se réservant pour la chancellerie, M. Strache charge M. Hofer de défendre les couleurs du parti à la présidentielle. Affable, souriant, ce discret vice-président du parlement autrichien fait campagne en mettant l'accent sur le pouvoir d'achat, évitant soigneusement toute saillie ouvertement xénophobe.

Mais M. Hofer, membre d'une corporation estudiantine pangermaniste, a prévenu qu'il resterait inflexible sur les «valeurs» du FPÖ une fois à la présidence, n'excluant pas de révoquer le cas échéant le gouvernement formé par le SPÖ et l'ÖVP.

Il a toutefois assuré ne plus souhaiter l'abrogation de la loi d'interdiction de 1947 (Verbotsgesetz) interdisant les activités à caractère nazi, longtemps exigée par le FPÖ. Il a également renoncé au port du bleuet, considéré comme un signe de ralliement de nostalgiques du nazisme.

Le lourd passif de la Carinthie

L'héritage de la gestion de la Carinthie par M. Haider reste lourd pour le contribuable autrichien. Cette petite province de 550.000 habitants affiche un taux d'endettement de 200%, et les investissements hasardeux de son ex-banque publique, HGAA, ont laissé un passif de plus de 10 milliards d'euros à la charge des finances publiques.

Le FPÖ, qui compte 38 députés au parlement national, est depuis l'an passé partenaire de coalition minoritaire du SPÖ dans la petite province du Burgenland (est) et de l'ÖVP en Haute-Autriche (centre).

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer