L'extrême droite française nerveuse face à François Fillon

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Charlotte PLANTIVE, Guillaume DAUDIN
Agence France-Presse

«Soumission à l'UE», «mascarade»: l'extrême droite française multiplie les attaques contre François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle de 2017, signe d'une certaine nervosité face à ce conservateur au discours autoritaire, susceptible de mordre sur une partie de son électorat.

La présidente du Front national (FN) Marine Le Pen qui, selon tous les sondages, devrait se qualifier au second tour de la présidentielle en mai, n'a pas attendu l'annonce de la victoire de François Fillon à la primaire de la droite pour décocher ses flèches.

«C'est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé», «jamais aucun candidat n'est allé aussi loin dans la soumission aux exigences ultralibérales de l'Union européenne», a-t-elle lancé dimanche. Elle faisait référence au projet très libéral du nouveau champion de la droite - suppression de postes de fonctionnaires et de l'impôt sur la fortune, hausse de la TVA, réduction des aides sociales...

Un de ses fidèles lieutenants, David Rachline, a renchéri lundi sur la «mascarade Fillon», soulignant qu'il avait été premier ministre de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012 et portait donc son «bilan catastrophique».

Officiellement, la désignation de François Fillon comme champion de la droite ne pose «strictement aucun problème» au FN, dont le discours anti-élite et anti-Europe parle aux Français qui se disent victimes de la mondialisation et de la libéralisation de l'économie.

Dans le parti, certains avouent toutefois leur inquiétude. Avec son rival, Alain «Juppé, l'avantage était que nous étions face à un adversaire clair dans le clivage que l'on pouvait avoir», a reconnu cette semaine l'étoile montante du parti, Marion Maréchal-Le Pen, nièce de Marine. «C'est une complexité supplémentaire pour nous».

Sur les sujets identitaires et sécuritaires, sur les «valeurs françaises», le nouvel homme fort de la droite marche sur les plates-bandes du Front national et espère ouvertement endiguer sa progression.

«On comprend la nervosité de la firme Le Pen, elle qui veut la droite complexée et en miettes», a-t-il lancé vendredi lors d'une réunion. «Eh bien non, nous sommes libres», a-t-il ajouté en célébrant une droite «patriote» qui «a hissé le drapeau tricolore et ne l'abaissera plus».

«Front républicain»

L'auteur de «Vaincre le totalitarisme islamique» veut des quotas d'immigration réduits au strict minimum et refuse une vision multiculturaliste de la France. «Quand on vient dans la maison d'un autre, par courtoisie, on ne prend pas le pouvoir», glisse-t-il en forme d'avertissement aux immigrés.

Conservateur, catholique assumé, soutenu par les opposants au mariage homosexuel, François Fillon, 62 ans, pourrait aussi mordre sur l'électorat historique du parti fondé en 1974 par Jean-Marie Le Pen qui séduisait alors une frange ultra-traditionniste de la société française.

Selon les derniers sondages, François Fillon devancerait Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle loin devant les candidats de la gauche, et l'emporterait largement au second.

Mais la victoire surprise du républicain Donald Trump aux États-Unis et le vote britannique pour une sortie de l'Union européenne incitent à la prudence. Et certains se demandent si la stratégie de François Fillon ne pourrait pas le desservir à terme.

En 2002, quand Jean-Marie Le Pen s'était qualifié pour le deuxième tour de la présidentielle, à la surprise générale, face au candidat de la droite Jacques Chirac, la gauche s'était résignée à voter pour le président sortant pour faire barrage à l'extrême droite.

Ce «Front républicain» a de nouveau fonctionné lors des élections régionales de 2015 et empêché le FN, arrivé en tête au premier tour avec 28% des suffrages, de remporter ne serait-ce qu'un exécutif local.

Mais le discours aux accents thatchériens de François Fillon et sa vision conservatrice de la société pourraient gripper le mécanisme.

Dimanche, des électeurs de gauche ont participé à la primaire de la droite, dans l'espoir d'empêcher sa désignation. L'ex-premier ministre représente le «catholicisme intégral», une «deuxième frange de l'extrême droite», et au fond, «la même chose que Marine Le Pen», résumait un pasteur en banlieue parisienne, Stéphane Lavignotte.

Les centristes sont également réservés. Mais pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, «le front républicain va fonctionner». «Je ne vois pas les Français élire Marine Le Pen à la présidence», dit-il.

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