Hongrie: revers législatif pour Orban et sa politique antimigrants

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Le premier ministre hongrois refuse d'accueillir les 2300 demandeurs d'asile qui lui sont dévolus dans le cadre du plan européen de répartition dans l'UE de 160 000 demandeurs d'asile adopté par les 28 il y a un an.

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Peter MURPHY
Agence France-Presse
Budapest

Le premier ministre hongrois Viktor Orban a subi mardi un nouveau revers, après l'invalidation de son référendum, en échouant à faire inscrire dans la Constitution sa politique hostile aux migrants, cible d'une surenchère de l'extrême droite.

M. Orban a manqué de deux voix la majorité des deux tiers nécessaire pour faire passer ce texte rendant illégale, en droit hongrois, la relocalisation par l'UE de réfugiés en Hongrie.

Le rejet de l'amendement est un camouflet législatif inédit pour le premier ministre souverainiste élu en 2010 et réélu en 2014, qui a fait adopter, selon les analystes, plus de 600 lois durant son mandat et une nouvelle Constitution déjà amendée six fois.

Il s'était personnellement engagé dans cette révision constitutionnelle qui visait à prolonger le bras de fer engagé depuis plusieurs mois contre le plan européen de répartition de milliers de réfugiés dans l'UE.

«Après le référendum, c'est la deuxième fois que le scénario voulu par Orban ne s'est pas réalisé. Pour un parti qui se targue d'être efficace, c'est une défaite rare et significative», a déclaré l'analyste Csaba Toth à l'AFP.

L'initiative de cet amendement avait été prise par le premier ministre dans la foulée de son référendum d'octobre contre le mécanisme européen de répartition des réfugiés, invalidé en raison de l'abstention.

Favorable sur le principe à cette réforme à valeur essentiellement symbolique, le parti d'extrême droite Jobbik avait conditionné son soutien à la suppression d'un régime de permis de résidence accordé depuis 2013 aux riches investisseurs extra-européens, Russes, Chinois et ressortissants de pays du Moyen-Orient pour l'essentiel.

Sérieux concurrent pour le parti Fidesz de M. Orban dans la perspective des prochaines législatives prévues en 2018, l'extrême droite hongroise avait trouvé dans ce vote une occasion inespérée de faire pression sur la majorité.

Face à ce «chantage», le gouvernement a lui-même choisi de s'infliger la défaite, selon Csaba Toth. «Il a pensé que ne pas faire un compromis avec Jobbik était plus important que d'obtenir le changement de Constitution».

Un second vote ?

De cette manière, le premier ministre pourra dire que son parti est «le seul à défendre les intérêts de la nation, que les autres sont des traîtres», analyse le politologue Bulcsu Hunyadi.

Le Jobbik présente les permis de résidence comme une brèche en faveur de l'immigration ainsi qu'un danger potentiel pour la sécurité de l'Etat, puisque de «riches terroristes», selon ce parti, peuvent virtuellement en bénéficier.

Présents dans l'hémicycle, les députés Jobbik, tout comme les socialistes, n'ont pas pris part au vote. Les élus du parti d'extrême droite ont brandi une banderole portant l'inscription : «Le traître, c'est celui qui laisse entrer les terroristes contre de l'argent».

Interrogé sur l'éventualité de représenter le projet de loi, Orban a déclaré s'en remettre à la décision de son parti.

Au total, le projet de révision constitutionnelle a recueilli 131 voix, celles du Fidesz et de son petit partenaire chrétien-démocrate. La majorité qualifiée requise était de 133 voix.

Le 2 octobre, le référendum du gouvernement n'avait pas atteint le quorum nécessaire pour avoir force légale - 50% des inscrits -, mais le premier ministre y avait vu un plébiscite pour sa politique antimigrants car le non aux réinstallations de réfugiés a recueilli 98,3% des suffrages exprimés, soit 3,2 millions d'électeurs, sur 8,2 millions d'inscrits.

Le projet d'amendement constitutionnel prévoyait que «les populations étrangères ne peuvent pas être réinstallées en Hongrie» et que les ressortissants de pays tiers à l'UE ne peuvent vivre en Hongrie que sur la base de requêtes individuelles, examinées par les autorités.

Des analystes interrogés par l'AFP ont cependant estimé que l'amendement n'aurait «pas vraiment» eu «d'impact juridique» et qu'il s'agissait avant tout d'un «instrument de politique intérieure, pour donner l'image d'un défi à Bruxelles».

Le premier ministre, qui depuis deux ans n'a cessé d'amplifier une campagne aux accents xénophobes contre l'immigration extra-européenne, refuse d'accueillir les 2300 demandeurs d'asile qui lui sont dévolus dans le cadre du plan européen de répartition dans l'UE de 160 000 demandeurs d'asile adopté par les 28 il y a un an.

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