Pédophilie: les évêques de France demandent pardon

À Sainte-Foy-lès-Lyon, une messe a rassemblé 600 personnes... (PHOTO AFP)

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À Sainte-Foy-lès-Lyon, une messe a rassemblé 600 personnes lundi soir dans la paroisse où a officié le père Preynat, soupçonné d'avoir abusé de près de 70 jeunes scouts.

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Benoît FAUCHET
Agence France-Presse
LOURDES

Messe, vêpres, jeûne pour les victimes de pédophilie : réunis à Lourdes, haut-lieu de pèlerinage catholique dans le sud-ouest de la France, les évêques français ont demandé pardon lundi pour le «trop long silence coupable» de l'Église face aux agressions sexuelles commises par des prêtres, après des mois de scandales.

Le principe de ce «temps de prière et de pénitence» avait été annoncé en septembre par le Vatican, à l'initiative du pape François, qui a laissé à chaque conférence épiscopale le soin d'en choisir les modalités.

La  mesure est déjà en place dans plusieurs pays, des scandales de pédophilie ayant éclaboussé l'Église catholique ces dernières années des États-Unis à la Pologne, en passant par le Canada, l'Irlande, la  Belgique, etc. En Australie, l'Église a choisi le 11 septembre, journée nationale de la protection de l'enfance, pour prier pour les victimes de sévices sexuels.

En France, les 115 évêques présents à Lourdes ont profité de leur grande assemblée annuelle d'automne pour prendre cette initiative collective inédite, marquée par un jeûne.

Une journée qui revêt une dimension particulière dans ce pays, où l'Église est touchée par des révélations en chaîne d'affaires de pédophilie ou d'agresssions sexuelles impliquant des prêtres. Dans le diocèse de Lyon, le cas du prêtre Bernard Preynat, soupçonné d'avoir abusé de près de 70 jeunes scouts, a terni l'image du cardinal Philippe Barbarin, même si l'enquête pour non-dénonciation visant ce dernier a été classée sans suite.

L'onde de choc s'est propagée dans les diocèses français, d'autres cas ayant été été signalés ou ayant resurgi aux quatre coins de la France, de Paris à Toulouse en passant par Clermont-Ferrand.

L'Église a été pressée de réagir. La Conférence des évêques de France (CEF) a annoncé en avril une série de mesures, dont la création d'une boîte mail consacrée au recueil de la parole des victimes. Une centaine de courriels ont été reçus en six mois pour des abus sexuels souvent antérieurs à 1970.

«Nous avons manqué de courage»

A la basilique du Rosaire de Lourdes, une messe en présence de tous les évêques a été présidée par l'archevêque de Paris André Vingt-Trois lundi à la mi-journée. «Nous avons manqué de miséricorde (...), nous n'avons pas assez écouté ces victimes comme elles l'attendaient, (...), nous avons manqué de courage pour prendre les mesures qui s'imposaient», a-t-il dit.

«Oui, il nous faut sortir du trop long silence coupable de l'Église et de la société et entendre les souffrances des victimes : les actes pédophiles, ces crimes si graves, brisent l'innocence et l'intégrité d'enfants et de jeunes. Oui, il nous faut oser prendre tous les moyens pour que la Maison Église devienne un lieu sûr», a quant à lui insisté le responsable de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie de l'épiscopat, Mgr Luc Crepy.

En fin d'après-midi, au cours des vêpres, les évêques ont lu des paroles de victimes. «Comment les mêmes mains qui touchent le corps du Christ peuvent-elles aussi toucher le corps d'un enfant?», demandait l'une d'entre elles.

L'association La Parole libérée, rassemblant les victimes du père Bernard Preynat, reste perplexe. «Le temps de prière, les cellules d'écoute sont potentiellement une bonne chose, mais s'il n'y pas de volonté de l'Église derrière, c'est insuffisant», estime son président, François Devaux.

Son association plaide notamment pour un allongement du délai de prescription, alors qu'en France les victimes ont aujourd'hui jusqu'à leur 38e anniversaire pour porter plainte. Les agressions sexuelles sur mineurs sont imprescriptibles en Suisse ou au Royaume-Uni.

La «démarche spirituelle» des évêques a résonné au-delà de Lourdes. À Paris, une vingtaine de paroisses ont organisé des messes et des prières à l'intention des victimes de pédophilie.

À Sainte-Foy-lès-Lyon, une messe a rassemblé 600 personnes lundi soir dans la paroisse où a officié le père Preynat.

Le prêtre qui officiait, le père Eric de Nattes a demandé «pardon au nom de (son) Église qui n'a pas écouté et qui a encore tant de mal à écouter, qui a couvert d'un silence coupable ces crimes et qui a tant de mal à sortir de ce silence qui a laissé les victimes à leur solitude».

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