Turquie: le rédacteur en chef du principal journal d'opposition arrêté

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Fondé en 1924, Cumhuriyet («République», en turc) s'est transformé en machine à scoops, multipliant les enquêtes embarrassantes pour le pouvoir.

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Agence France-Presse
ISTANBUL

La police turque a arrêté lundi le rédacteur en chef et plusieurs journalistes de Cumhuriyet, principal quotidien d'opposition, qui a assuré qu'il lutterait «jusqu'au bout», dans un pays où la presse a été particulièrement visée par les purges menées depuis le putsch avorté de juillet.

Le journal a annoncé qu'une douzaine de ses dirigeants et journalistes, dont le rédacteur en chef Murat Sabuncu, avaient été interpellés et placés en garde à vue. Au total, 16 mandats d'arrêt ont été délivrés, selon le journal.

Ces arrestations se font dans le cadre d'une enquête pour «activités terroristes» en lien avec le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen - accusé d'avoir ourdi le putsch raté - et avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), selon un communiqué du parquet d'Istanbul.

Elles surviennent deux jours après la parution au Journal officiel de décrets annonçant le limogeage de 10 000 fonctionnaires et la fermeture de 15 quotidiens, magazines et agences de presse, basés pour la plupart dans le sud-est à majorité kurde.

Un célèbre journaliste et écrivain turc, Kadri Gürsel, membre de l'organisation mondiale de défense de la presse IPI et chroniqueur à Cumhuriyet, a également été placé en garde à vue. Les policiers ont saisi des ordinateurs et perquisitionné les domiciles de plusieurs journalistes, dont Akin Atalay, président du directoire, du journaliste Güray Oz et du caricaturiste Musa Kart.

Connu pour ses représentations peu flatteuses de M. Erdogan, M. Kart a affirmé n'avoir «rien à cacher, tout ce que j'ai écrit, tout ce que j'ai dessiné, tout est public». «Aujourd'hui, on me place en garde à vue simplement parce que je dessine des caricatures», a-t-il déploré.

Dans un texte publié sur son site, Cumhuriyet affirme qu'il «mènera jusqu'au bout la lutte pour la démocratie et la liberté». «Cumhuriyet est un journal et le journalisme n'est pas un crime», souligne-t-il.

«Dernière forteresse»

Fondé en 1924, Cumhuriyet («République», en turc) s'est transformé en machine à scoops sous la houlette du célèbre journaliste turc Can Dündar, prédécesseur de M. Sabuncu, multipliant les enquêtes embarrassantes pour le pouvoir.

Il a notamment publié en 2015 une enquête retentissante affirmant, vidéo à l'appui, que les services secrets turcs avaient fourni des armes à des rebelles islamistes en Syrie. M. Erdogan avait alors affirmé que M. Dündar allait «payer le prix fort».

«Ils prennent d'assaut la dernière forteresse», a réagi sur Twitter M. Dündar, condamné pour «révélation de secrets d'État» en première instance et qui vit désormais en Allemagne.

Les États-Unis, par la voix du département d'État, se sont dit «profondément préoccupés par ce qui semble être une pression accrue du pouvoir sur des médias d'opposition».

Estimant qu'une «nouvelle ligne rouge a été franchie contre la liberté d'expression en Turquie», le président du Parlement européen Martin Schulz a affirmé lundi que les «purges massives en cours semblent motivées par des considérations politiques plutôt que par une logique légale ou sécuritaire».

«Au rythme où s'abat la répression, le pluralisme ne sera rapidement plus qu'un lointain souvenir», s'est alarmé le directeur général de l'ONG Reporters Sans Frontières (RSF), Christophe Deloire.

Les autorités turques nient pour leur part toute atteinte à la liberté de la presse et affirment que les seuls journalistes arrêtés sont ceux liés à des «organisations terroristes», expression désignant le PKK et le réseau güléniste.

Le porte-parole du gouvernement turc Numan Kurtulmus a assuré qu'il ne s'agissait «pas d'une opération contre l'équipe éditoriale de Cumhuriyet», mais d'une enquête visant la fondation Cumhuriyet, propriétaire du quotidien. «Un processus judiciaire est en cours, nous allons le suivre», a-t-il seulement commenté.

Des opposants au président Erdogan et des organisations de défense des droits de l'homme accusent toutefois les autorités de se servir de l'état d'urgence pour étouffer toute voix critique.

Selon l'Association des journalistes de Turquie (TGC), 170 organes de presse ont été fermés, 105 journalistes placés en détention et 777 cartes de presse annulées depuis la tentative de coup d'État du 15 juillet.

La Turquie est 151e au classement mondial de la liberté de la presse dressé par RSF en 2016, derrière le Tadjikistan et juste devant la République démocratique du Congo.

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