Présidentielle française: Valls prend ses distances avec Hollande

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Manuel Valls

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Jérémy MAROT, Marc PRÉEL
Agence France-Presse
PARIS

D'un côté, afficher une loyauté sans faille envers François Hollande, de l'autre se distancier pour se poser en possible recours d'un parti socialiste déboussolé: le premier ministre français Manuel Valls progresse à pas mesurés sur une périlleuse ligne de crête à six mois de la présidentielle.

«Loyauté, mais en même temps franchise». C'est ainsi qu'il justifie les petites phrases acides qu'il lance depuis plusieurs jours et qui ont tendu ses relations avec le chef de l'État, au plus bas dans les sondages et toujours mystérieux sur son éventuelle candidature à un second mandat.

Avant une tournée en Afrique sur le point de s'achever, Manuel Valls, 54 ans, premier ministre depuis 2014, a ainsi évoqué devant des journalistes sa «colère», le «choc» et «l'abattement» des parlementaires, mais aussi la «honte» ressentie selon lui par les militants socialistes à la lecture d'un récent livre-confessions de François Hollande, titré «Un président ne devrait pas dire ça...».

Piques contre son entourage (son ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault «tellement loyal qu'il est inaudible»), commentaires acerbes sur la justice («institution de lâcheté»), ou sur les joueurs de foot («gosses mal élevés»), ce recueil, fruit d'une soixantaine d'entretiens depuis 2012 entre deux journalistes du journal Le Monde et M. Hollande, a créé la consternation jusque dans son camp.

«Il faut être responsable, loyal bien sûr, vis-à-vis de ma famille politique, je le suis. Mais il faut être lucide et la franchise est utile parfois. Il y a un malaise», a résumé M. Valls au Ghana, ajoutant: «On ne fera pas taire les gens de gauche qui s'interrogent sur l'avenir».

À Abdijan, M. Valls a assuré qu'il avait «du respect vis-à-vis de François Hollande», qu'il était essentiel de ne pas l'affaiblir, mais qu'il fallait aussi «préserver la fonction présidentielle». «Que chacun soit à la hauteur de la situation et des grands enjeux», a-t-il ajouté.

Lors de sa tournée africaine, il a aussi estimé qu'en raison de «la situation politique actuelle», il avait «le sentiment d'avoir une véritable responsabilité afin qu'on sorte le mieux possible de cette période très périlleuse».

Préserver son avenir politique

Plusieurs ont lu dans ses déclarations une prise de position en vue de la prochaine présidentielle de 2017. «Il devrait aller au bout de sa visible et éphémère exaspération», a ainsi commenté l'ex-ministre de l'Économie Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste. ««Quitte le gouvernement et sois candidat à la primaire!», lui a conseillé celui qui a lui-même démissionné en 2014.

Les proches de François Hollande, eux, n'ont pas mâché leurs mots: «Le patron, jusqu'à nouvel ordre, c'est le président de la République, il a été élu», a ainsi lancé Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement.

Ses fidèles affirment n'avoir aucun doute sur le fait que François Hollande sera candidat à sa succession, en passant outre les sondages désastreux et les marques de défiance. À l'Élysée, on reste persuadé que le premier ministre n'est «pas dans une stratégie personnelle».

Manuel «Valls cherche à se différencier, on le voit. Il ne veut pas partir avec l'eau du bain, mais il soutiendra le président», assure un proche du président. François Hollande a prévu de dire s'il serait ou non candidat début décembre.

«C'est la première fois qu'il y a une coupure entre le président de la République et le premier ministre», note un député socialiste sous couvert d'anonymat. Selon lui, l'enjeu pour Manuel Valls est de préserver son avenir politique et de sortir «le moins abîmé possible de l'essoreuse de la présidentielle». Et pour «savoir à qui ça profite», il «va falloir regarder les sondages dans les jours qui viennent».

À l'heure actuelle, une candidature de M. Valls ne séduit pas plus les Français qu'une candidature de M. Hollande: ils recueilleraient tous les deux autour de 10 % d'intentions de vote au premier tour, bien loin derrière la candidate du Front National (FN, extrême droite), Marine Le Pen. Aucun des deux ne parviendrait au second tour qui se jouerait entre la droite et le FN, selon un sondage publié la semaine dernière.

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