Coup de froid diplomatique entre Moscou et Paris

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Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et son homologue français François Hollande.

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Sophie PONS
Agence France-Presse
Paris

Les tensions diplomatiques entre la France et la Russie liées à leurs divergences sur la Syrie ont culminé mardi avec l'annulation par Vladimir Poutine d'une visite prévue de longue date à Paris, sur fond de raids aériens intensifs de l'avion russe sur Alep.

Après plusieurs jours d'hésitations à propos de cette visite, l'Élysée a « fait savoir mardi qu'une réunion de travail avec le président russe était possible sur la Syrie, à l'exclusion de tout autre événement » officiel pour François Hollande.

Vladimir Poutine a décidé d'annuler ce déplacement prévu pour le 19 octobre, mais reste « disposé à se rendre en visite à Paris lorsque le président Hollande se sentira à l'aise » pour le rencontrer, a déclaré à Moscou le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

Cette annulation sans précédent à un tel niveau d'avancement des préparatifs est un « geste grave » qui s'inscrit dans le cadre des tensions croissantes entre la Russie et l'Occident, a commenté l'analyste russe Fiodor Loukianov pour lequel la situation globale rappelle l'époque de la Guerre froide.

Ce raté diplomatique intervient à un moment où, après une accalmie relative ce week-end, des avions russes ont de nouveau procédé à d'intenses bombardements sur des quartiers rebelles d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

L'armée syrienne a déclenché le 22 septembre une offensive d'envergure sur la deuxième ville de Syrie dans l'espoir de reconquérir les quartiers contrôlés par la rébellion depuis 2012 et assiégés depuis plusieurs mois.

« Les principales victimes sont les populations civiles, celles qui vivent sous les bombardements, meurent sous les bombardements », a déploré mardi François Hollande devant l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe à Strasbourg.

Le président français a assuré qu'il restait prêt « à tout moment » à rencontrer son homologue russe pour « faire avancer la cause de la paix, faire cesser les bombardements et proclamer la trêve ».

« Désaccord majeur »

Prévue de longue date, la visite à Paris de Vladimir Poutine était destinée à l'origine à inaugurer un « centre spirituel et culturel orthodoxe russe », qui abrite notamment une grande cathédrale aux bulbes dorés, en plein coeur de la capitale française.

François Hollande devait également inaugurer avec lui une exposition organisée par la Fondation Vuitton sur la collection du mécène russe Sergueï Chtouchkine nationalisée après la révolution de 1917, selon des sources diplomatiques concordantes.

Samedi, cependant, le président français a confié à une télévision française qu'il se « posait la question » de savoir s'il devait recevoir son homologue russe en raison des « crimes de guerre » commis par le régime de Bachar El-Assad avec le soutien de l'aviation russe.

Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a quant à lui prévenu lundi que cette visite ne serait pas l'occasion de faire des « mondanités », mais de « dire des vérités ».

« J'ai fait savoir au président Poutine que s'il devait venir à Paris je ne l'accompagnerais pas pour les cérémonies, mais que j'étais prêt à poursuivre le dialogue sur la Syrie. Il a préféré reporter cette visite », a expliqué M. Hollande à Strasbourg.

La visite du 19 octobre intervenait dans un « contexte délicat » et « le symbole pour l'Élysée risquait d'être explosif » à un moment où les forces de Damas et leur allié russe noient la ville d'Alep sous un déluge de bombes, a relevé Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Pour lui, son annulation est « l'aboutissement d'une divergence qui va en s'accentuant » depuis quelques mois entre les deux pays.

Le président français a lui-même évoqué mardi le « désaccord majeur sur la Syrie », qui s'est matérialisé quand la Russie a mis son veto samedi soir à une résolution française appelant à la fin des raids du régime syrien et de son allié russe sur Alep. Une contre-proposition russe réclamant la cessation des hostilités, mais sans évoquer ces bombardements meurtriers, a également été rejetée à une large majorité.

Considérant que les « capacités d'indignation s'épuisent » face à ces raids russes, le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a de son côté appelé à manifester devant l'ambassade de Russie à Londres pour protester contre le rôle joué par Moscou en Syrie.

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