Guerre fratricide entre les socialistes espagnols

« Le PSOE dynamité », « guerre totale... (photo Susana Vera, REUTERS)

Agrandir

« Le PSOE dynamité », « guerre totale », ont titré les journaux après le coup de force des opposants au secrétaire général du parti, Pedro Sanchez (que l'on voit ici sur une affiche déchirée dans une rue de Madrid, le 29 septembre), au sein de la direction du parti.

photo Susana Vera, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Patrick RAHIR
Agence France-Presse
MADRID

Le Parti socialiste d'Espagne était plongé jeudi dans une lutte fratricide, faisant le jeu du conservateur Mariano Rajoy qui compte sur la division de ses adversaires pour être reconduit à la tête du prochain gouvernement.

« Le PSOE dynamité », « guerre totale », ont titré les journaux après le coup de force des opposants au secrétaire général du parti, Pedro Sanchez, au sein de la direction du parti.

Ils ont démissionné collectivement mercredi pour déclencher automatiquement la mise en place d'une direction provisoire et affirment qu'il n'est plus secrétaire général.

« La seule autorité qui existe au PSOE c'est la présidente du comité fédéral (le parlement du parti), c'est moi », a déclaré jeudi Veronica Perez aux journalistes qui se pressaient devant le siège du parti.

Mais les partisans de Pedro Sanchez ne l'entendent pas de cette oreille.

Ceux qui n'ont pas démissionné affirment toujours constituer la direction légitime du parti et tablent sur un congrès extraordinaire le 23 octobre pour que les militants décident de maintenir son poste Pedro Sanchez, le premier secrétaire général qu'ils ont élu directement, en 2014.

De l'issue de la crise dépend la formation d'un gouvernement en Espagne, dirigé depuis neuf mois par le cabinet sortant de Mariano Rajoy, aux pouvoirs très limités.

Pedro Sanchez refuse de s'abstenir lors du vote de confiance à la chambre pour laisser Mariano Rajoy former un gouvernement minoritaire, au risque de provoquer de nouvelles élections en décembre, les troisièmes en un an.

Il reproche au chef du gouvernement sortant la corruption au sein de son Parti Populaire et la politique d'austérité draconienne suivie pour sortir de la crise.

Les adversaires de Sanchez préfèreraient pour beaucoup se refaire une santé dans l'opposition, après une série de défaites électorales historiques, aux législatives de décembre 2015 et juin dernier et aux régionales en Galice et au Pays Basque dimanche.

Pedro Sanchez... (photo Javier Barbancho, archives REUTERS) - image 2.0

Agrandir

Pedro Sanchez

photo Javier Barbancho, archives REUTERS

24 heures cruciales

L'issue de leur coup de force reste incertaine. « La réussite des coups d'État se joue en 24 heures », note le politologue Pablo Simon.

« Le problème de Pedro Sanchez est qu'il est isolé, sans appui au sein de la structure du parti, sans appui dans les médias. Si par miracle il s'impose (....), il plaidera pour de troisièmes élections avec la moitié de son parti qui fera campagne contre ».

« Je crois que Pedro Sanchez ne va pas survivre » à cette crise, a ajouté Fernando Vallespin professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Madrid.

Pedro Sanchez n'a fait aucune déclaration depuis le coup de force de ses adversaires, ce que le journal El Pais, longtemps proche du PSOE, dénonce comme une « lâcheté ».

Mariano Rajoy lui aussi garde le silence et attend patiemment son heure. Et après quelques commentaires ironiques, son parti s'est fait discret.

« Nous souhaitons le meilleur pour le PSOE afin qu'ils débloquent la situation et permette la formation d'un gouvernement », a twitté Rafael Hernando, chef du groupe parlementaire du Parti Populaire (PP) à la chambre.

Depuis les élections de décembre, où il avait perdu la majorité absolue, Rajoy proposait aux socialistes de former une « grande coalition », comme en Allemagne.

Il s'est heurté à chaque fois au veto de Sanchez qui craignait en coopérant avec la droite de se laisser définitivement dépasser sur la gauche par le parti radical Podemos.

« Si les opposants l'emportent, le plus probable est qu'ils choisissent de s'abstenir » en faveur de Rajoy, parce qu'il serait très difficile pour une direction provisoire de désigner un candidat pour aller aux élections, prédit Pablo Simon.

« Nous sommes un peu plus proches d'un gouvernement de grande coalition des partis traditionnels », a commenté Irène Montero, une des dirigeantes de Podemos, lui-même secoué par des luttes d'influence.

Cette crise « annonce une longue hégémonie du PP », a déclaré un conseiller de Sanchez à l'AFP.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer