Macron: un projet pour «transformer la France dès l'année prochaine»

Sans se déclarer officiellement candidat à l'élection présidentielle... (photo MATTHIEU ALEXANDRE, AFP)

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Sans se déclarer officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2017, le ministre de l'Économie démissionnaire a souligné, lors d'une allocution depuis Bercy, que « dans notre Ve République, le seul moment où les débats nécessaires pour décider ces transformations peuvent utilement avoir lieu sont les campagnes présidentielles ».

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Agence France-Presse
PARIS

Emmanuel Macron, ministre démissionnaire de l'Économie, a déclaré mardi qu'il avait « touché du doigt les limites de notre système politique » et qu'il souhaitait « entamer une nouvelle étape de (son) combat » politique.

Sans se déclarer officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2017, M. Macron a souligné, lors d'une allocution depuis Bercy, que « dans notre Ve République, le seul moment où les débats nécessaires pour décider ces transformations peuvent utilement avoir lieu sont les campagnes présidentielles ».

Emmanuel Macron a affirmé vouloir « construire un projet » pour « transformer la France dès l'année prochaine ».

Il a indiqué avoir démissionné après avoir « touché du doigt les limites de notre système politique », qui l'entravaient dans sa volonté de réforme.

Notre système « pousse à des compromis de dernière minute, car le travail d'explication est rarement mené. Il fait la part belle aux peurs des uns et des autres », a-t-il encore jugé.

« Notre pays mérite de prendre pour lui des risques (...) Je suis déterminé à tout faire pour que nos valeurs, nos idées, notre action puissent transformer la France dès l'année prochaine », a lancé M. Macron en estimant qu'il fallait « être libre » pour le faire.

Rejetant « les comportements qui ont toujours eu cours » et refusant de « penser que l'organisation politique serait immuable », « meilleur moyen », selon lui,  de « livrer notre pays aux extrêmes », l'ancien protégé de François Hollande « souhaite aujourd'hui entamer une nouvelle étape de (son) combat » et « construire un projet qui serve uniquement l'intérêt général ».

« Ce projet nécessite d'abord de rassembler toutes celles et ceux qui le partagent et ont en commun les valeurs qui le fondent, quelles que soient leurs sensibilités politiques et même s'ils ne croient plus à la politique. C'est pour cela que nous avons créé En Marche ! », a-t-il insisté.

Ce projet, a ajouté Emmanuel Macron, « nécessite aussi des transformations en profondeur de notre système politique, économique, social, qui demeure trop largement bloqué ». Les blocages sont, selon lui, « sectoriels, techniques, idéologiques et politiques ».

Comme s'il avait déjà tourné la page du chef de l'État, il s'est dit « convaincu que les Français (rendraient) justice à François Hollande d'avoir fait face à des difficultés exceptionnelles ».

Le bon élève pressé qui a semé la zizanie au gouvernement

Emmanuel Macron a démissionné mardi, mettant fin à une situation de plus en plus intenable au sein du gouvernement, où il s'est progressivement mué en trublion, avec des prises de position iconoclastes, voire en franche contradiction avec l'exécutif.

Depuis l'annonce en avril de la création de son mouvement, En Marche !, la position du jeune ministre de 38 ans devenait de plus en plus délicate vis-à-vis du couple exécutif.

Malgré une loi à son nom, ses deux ans à Bercy laisseront surtout le souvenir d'une succession de saillies provoquant l'émoi, surtout à gauche.

Lorsqu'il est propulsé ministre de l'Économie en août 2014, à 36 ans à peine, c'est pour succéder à une autre figure bouillonnante, Arnaud Montebourg, lui aussi auteur de nombreux coups d'éclat.

Dès son arrivée à Bercy, le jeune homme natif d'Amiens, à l'allure de gendre idéal et au parcours sans accroc (Sciences-Po, ENA promotion Léopold Sédar Senghor, DEA de philosophie politique consacré à Hegel après un détour par Machiavel) surprend par sa boulimie de travail, son aisance sur les dossiers et un mélange d'assurance et de spontanéité face à ses interlocuteurs, quels qu'ils soient.

Marié à son ancienne professeure de lycée de 24 ans son aînée, lui qui est passé par l'inspection des Finances, puis la banque Rothschild, avant de devenir secrétaire général adjoint de l'Élysée, n'a qu'un seul credo : faire bouger les lignes dans la société française, pour « déverrouiller » l'économie et le marché du travail.

Il traduit cette ambition dans sa loi « pour l'activité, la croissance et l'égalité des chances économiques », un texte fourre-tout qui va de l'extension du travail du dimanche à la libéralisation du transport en autocars.

Aussitôt adoptée, via un triple recours au 49-3, Macron s'attelle à un nouveau projet de loi, sur les « nouvelles opportunités économiques », finalement refondu dans d'autres textes portés par ses collègues.

Car entretemps, les positions du ministre, qui prône une approche libérale de l'économie, en ont agacé plus d'un, à commencer par le premier ministre Manuel Valls.

« Ni gauche, ni droite »

Tout au long de son passage à Bercy, Macron qui, durant son passage chez Rothschild, a piloté le rachat par Nestlé d'une filiale de l'américain Pfizer, n'hésite pas à heurter la gauche avec des positions provocatrices.

Le ministre, qui n'est pas membre du PS, distille en effet à sa manière sa remise en cause des 35 heures, du statut des fonctionnaires, du principe d'un mandat électif en politique, sans jamais se priver de critiquer, plus ou moins discrètement, certains choix du couple exécutif. Ce qui lui vaut d'être régulièrement rappelé à l'ordre.

Lui qui a été assistant du philosophe Paul Ricoeur au tournant des années 2000 avait dû s'excuser pour avoir déclaré que « beaucoup » d'ouvrières réduites au chômage par la fermeture des abattoirs bretons Gad étaient « illettrées ».

« Macron... Comment vous dire ? Ras-le-bol ! », a tonné en septembre 2015 Martine Aubry.

Pourtant, malgré les réactions virulentes qu'il suscite, Macron, qui jouit d'une popularité flatteuse, reste au gouvernement. Mais le lancement en avril de son propre mouvement politique, « transpartisan », suscite de nombreuses interrogations sur sa place dans l'équipe gouvernementale.

Petit protégé du secrétaire général de l'Élysée Jean-Pierre Jouyet et proche de François Hollande au début du quinquennat, Emmanuel Macron, qui n'a jamais été élu, cultive l'ambiguïté sur ses ambitions pour la présidentielle de 2017. Ce qui n'est pas du goût de tous.

Fin mai, Mediapart et le Canard Enchaîné révèlent que le ministre a dû payer l'ISF rétroactivement après une réévaluation de son patrimoine par le fisc. Il y voit aussitôt un mauvais coup « qui arrive à un moment qui n'est pas innocent ».

- Avec Eleonore Dermy

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