Drapeaux en berne, l'Italie pleure les victimes du séisme

Dans un gymnase d'Ascoli Piceno, des centaines d'habitants... (photo Andrew Medichini, AP)

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Dans un gymnase d'Ascoli Piceno, des centaines d'habitants et de secouristes ont participé samedi à une messe de funérailles pour 35 victimes d'Arquata et Pescara del Tronto.

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Ella IDE, Mathilde AUVILLAIN
Agence France-Presse
ASCOLI PICENO

L'Italie a rendu samedi un hommage solennel et émouvant aux 291 victimes du séisme qui a rasé plusieurs villages dans le centre de la péninsule, plongée dans une journée de deuil national.

Dans un gymnase d'Ascoli Piceno, au pied des montagnes meurtries, le président de la République, Sergio Mattarella, le chef du gouvernement, Matteo Renzi et des centaines d'habitants et de secouristes ont participé à une messe de funérailles pour 35 victimes.

Les cercueils recouverts d'une gerbe de fleurs blanches étaient alignés en face de l'autel. Autour, des proches parfois eux-mêmes blessés, souvent en larmes, se serrant dans les bras ou agitant un éventail dans la chaleur étouffante.

«N'ayez pas peur de crier votre souffrance, mais ne perdez pas courage», a lancé l'évêque d'Ascoli, Mgr Giovanni D'Ercole. «Ensemble, nous reconstruirons nos maisons et nos églises. Ensemble surtout nous rendrons vie à nos communautés, en repartant de nos traditions et des décombres de la mort».

«Nous ne vous abandonnerons pas», a promis M. Mattarella en prenant le temps de saluer un par un les proches des victimes après la cérémonie, tout comme M. Renzi et son épouse Agnese, visiblement émus.

Parmi les cercueils, celui de Giulia, 9 ans, dont le corps a protégé sa soeur Giorgia, 5 ans, l'une des dernières personnes sorties vivantes des décombres.

«Désolé»

«Désolé si nous sommes arrivés trop tard (...) mais je veux que tu saches de là-haut que nous avons fait notre possible pour te sortir de là», a écrit un pompier sur un papier collé au petit cercueil blanc.

En signe de deuil, les chaînes de télévision publique arboraient samedi un bandeau noir et ne diffusaient pas de publicité, tandis que les cloches de la basilique d'Assise, elle-même frappée en 1997 par un violent séisme, ont sonné en l'honneur des victimes.

Après de premières funérailles de victimes vendredi à Rome et à Pomezia, au sud de la capitale, celles de Sergio, 13 ans, ont eu lieu samedi après-midi dans le hameau de San Benedetto, près d'Amatrice.

Une autre grande cérémonie, sans les corps, est encore prévue mercredi à Amatrice, localité de 2500 habitants qui pleure au moins 230 morts.

Sur place, les secouristes ont continué à extraire de nouveaux corps dans la nuit. Samedi, l'un des 387 blessés a succombé, portant à 291 le nombre de décès constatés pour l'instant.

Au moins 16 étrangers, touristes ou installés de longue date en Italie, figurent parmi les tués, selon les autorités de leur pays: dix Roumains, trois Britanniques, une Espagnole, un Salvadorien et une Canadienne.

Dans un va-et-vient incessant de secouristes et des volutes de poussière, les secouristes ont commencé à déblayer les décombres avec des pelleteuses.

Les décombres offrent «très peu de caches de survie», a expliqué à l'AFP Bastien Bizieux, responsable d'une brigade française d'intervention spéciale, tandis que des familles aux yeux rougis continuaient de se presser devant la morgue provisoire pour identifier des victimes.

Des cigarettes et du vin

La fatigue et la tension aidant, des habitants excédés s'en sont pris à deux personnes que la police soupçonnait d'être des pillards. «C'est répugnant, ils viennent voler dans les maisons! Et moi j'ai tout perdu, je n'ai plus rien!», a hurlé une femme. Derrière elle, un nouveau corbillard venait chercher un corps.

Pendant tout ce temps, la terre continue de trembler: plus de 1300 répliques ont été enregistrées depuis mercredi, dont encore une de magnitude 4, samedi à l'aube.

À chaque secousse, un nouveau mur s'écroule, un autre se fissure, et les petites routes deviennent de moins en moins praticables, au risque de laisser des villages et des hameaux complètement isolés.

La protection civile a recensé près de 2500 personnes désormais privées de toit, qui ont passé la nuit de vendredi à samedi dans l'un des camps de tentes aménagées.

Les centres de collecte pour leur venir en aide débordent et la protection civile a annoncé avoir reçu plus de 6 millions d'euros de dons.

«En ce qui concerne l'urgence, rien ne manque (...) mais quand la dépression accompagne le désespoir, envoyez des cigarettes, envoyez du vin», a écrit un correspondant du quotidien La Stampa.

Et quand l'urgence sera passée, la reconstruction se chiffrera en milliards d'euros, tandis que la justice enquêtera sur les raisons du lourd bilan humain dans une zone clairement identifiée comme à risque.

En 2009, un autre séisme avait fait plus de 300 morts à L'Aquila, à une cinquantaine de kilomètres. Mais il s'agissait alors d'une ville de plusieurs dizaines de milliers d'habitants.

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