L'Allemagne s'oriente vers une interdiction partielle de la burqa

Une femme afghane vêtue d'une burqa marche dans... (Photo Aref Karimi, archives AFP)

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Une femme afghane vêtue d'une burqa marche dans une rue de Herat, en juillet 2016.

Photo Aref Karimi, archives AFP

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Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
BERLIN

L'Allemagne a fait un pas vendredi vers une interdiction partielle de la burqa en plein débat sur l'intégration des musulmans dans le pays depuis des attaques djihadistes en juillet et avant d'importantes échéances électorales.

Le débat sur le voile intégral en Allemagne, qui a accueilli l'an dernier plus d'un million de migrants, intervient aussi en pleine controverse en France sur l'interdiction dans certaines communes du burkini, maillot de bain couvrant corps et cheveux des femmes à la manière d'une combinaison de plongée.

Le ministre allemand de l'Intérieur Thomas de Maizière a, après une réunion avec ses homologues conservateurs des Länder d'Allemagne, relevé que « la burqa n'est pas compatible avec notre pays ouvert sur le monde ».

« Nous voulons légalement introduire le principe de montrer son visage là où c'est nécessaire pour notre société: au volant, lors de procédures administratives, au service de l'état civil, dans les écoles et les universités, dans le service public, devant les tribunaux », a-t-il dit à la chaîne télévisée ZDF.

Il n'a donné aucun calendrier pour introduire cette interdiction, soutenue dans les rangs conservateurs mais qui n'a pas l'adhésion des sociaux-démocrates du SPD, alliés au sein du gouvernement à la CDU d'Angela Merkel et M. de Maizière.

Le ministre allemand doit encore présenter vendredi en fin de matinée une « déclaration de Berlin » sur la sécurité que tous les ministres de l'Intérieur conservateurs des États régions allemands ont signée.

Après une série d'attaques en juillet dont certaines revendiquées par le groupe État islamique, M. De Maizière avait annoncé un catalogue de mesures, notamment la déchéance de nationalité pour les combattants djihadistes à l'étranger et des moyens humains et techniques supplémentaires pour la police et le renseignement.

Le mauvais exemple français

Le ministre de l'Intérieur comme la chancelière Angela Merkel ont souligné que le voile intégral était une barrière à l'intégration et non un problème de sécurité. « Une femme entièrement voilée n'a presque aucune chance de s'intégrer », a déclaré Mme Merkel dans un entretien publié vendredi.

Le voile intégral a été interdit dans plusieurs pays européens et fait l'objet de réflexion dans de nombreux autres. Et du côté des opposants allemands à l'interdiction, on relève volontiers l'échec de la mesure en France.

« En France, la burqa est interdite depuis des années sans le moindre résultat. Le pays n'est pas plus sûr et les musulmans ne sont pas plus intégrés », relève sur son site l'hebdomadaire der Spiegel.

« Là pour encore interdire quelque chose de musulman, le maire de Cannes a interdit le burkini sur la plage. Celui qui se souvient de Louis de Funès et des «Gendarmes à Saint-Tropez» sait qu'avant on ne pouvait pas se déshabiller sur les plages françaises, aujourd'hui c'est obligatoire », raille-t-il.

Bilkay Öney, qui travaille sur les questions d'intégration au SPD, a aussi critiqué le débat sur la burqa en relevant « que son interdiction [en France] n'a pas empêché des attentats » ni réglé la question de l'intégration.

« Nous devons faire en sorte que les musulmans, les migrants s'émancipent mais ça demande du temps », relève-t-elle dans le quotidien Die Welt.

Thème électoral

L'intégration des migrants venus en masse en 2015 en Allemagne et la menace djihadiste se sont imposées comme les thèmes majeurs avant deux élections régionales (Mecklembourg-Poméranie occidentale et Berlin) en septembre.

Les populistes de droite de l'AfD qui insistent depuis des mois sur ces questions connaissent une popularité croissante, menaçant aussi bien la CDU que le SPD à un an des législatives.

L'Allemagne, qui a accueilli l'an dernier plus d'un million de migrants provenant majoritairement de pays musulmans, a été choquée par l'attaque à la hache commise dans un train par un adolescent de 17 ans, probablement originaire d'Afghanistan, qui a fait cinq blessés, et une autre à la bombe qui a tué son auteur syrien et blessé 15 personnes. Le groupe EI a revendiqué ces attentats.

Face aux critiques, Mme Merkel, confrontée à une chute de popularité, a martelé mercredi que la menace « terroriste » n'avait rien à voir avec sa politique d'accueil des demandeurs d'asile.

« Le phénomène du terrorisme islamiste de l'EI n'est pas un phénomène qui est arrivé chez nous avec les réfugiés, c'est quelque chose qu'on avait déjà », a-t-elle déclaré lors d'un rassemblement électoral.

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