La purge des pro-Gülen s'intensifie dans les milieux économiques en Turquie

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Fulya OZERKAN, Pascale TROUILLAUD
Agence France-Presse
Istanbul

La purge menée en Turquie contre le «virus» de la confrérie de l'ex-imam Fethullah Gülen a frappé jeudi de plein fouet des conglomérats ainsi que la puissante confédération patronale, à Istanbul, poumon économique du pays, et dans de nombreuses provinces.

Les milieux économiques avaient déjà été visés par la traque aux sympathisants de Gülen, accusé malgré ses démentis formels du putsch raté du 15 juillet, mais le coup porté au monde de l'entreprise jeudi en Turquie est le plus radical à ce jour.

Le parquet a émis 187 mandats d'arrêt visant notamment le chef de la puissante confédération patronale Tüskon et des hommes d'affaires connus, a annoncé la chaîne d'information CNN-Türk. Le parquet a également ordonné la saisie des biens des 187 suspects.

Parmi eux, 65 entrepreneurs, dont des patrons de grandes entreprises, ont été placés en garde à vue, a rapporté l'agence de presse Dogan.

Jeudi à l'aube, la police financière avait lancé une vaste opération coordonnée à Istanbul et dans de nombreuses provinces contre des entreprises soupçonnées de «participation à un réseau terroriste» et de «financement d'activités pro-Gülen».

Un millier de policiers a pris part à des perquisitions à 204 adresses, dont la moitié à Istanbul.

Parmi les compagnies visées figurent les groupes Aydinli et Eroglu Holding ainsi que Gulluoglu Baklava (pâtisserie).

Aydinli (prêt-à-porter, construction) est implanté dans une quarantaine de pays avec 3500 employés. Son président, Omer Faruk Kavurmaci, a été placé en garde à vue. Il avait pourtant condamné le putsch raté sur le site de sa compagnie.

Eroglu (prêt-à-porter) compte 14 000 employés et un demi-millier de magasins. Son numéro un, Nuretti Eroglu, a été interpellé comme celui de Gulluoglu, Nejat Gullu, selon l'agence Anadolu.

L'économie en Turquie repose pour une bonne part sur de gros conglomérats familiaux qui possèdent les plus grandes marques et ont largement contribué à l'ascension politique du président Recep Tayyip Erdogan.

«Nids de terroristes»

Rizanur Meral, président de Tüskon, la Confédération des industriels et hommes d'affaires de Turquie, a lui aussi été visé par un mandat d'arrêt, a précisé Dogan.

Fondée en 2005, Tüskon regroupe environ 55 000 membres et est accusée par le gouvernement de financer le réseau Gülen.

Après le putsch raté, le président Erdogan a promis d'éradiquer toutes les entreprises, associations caritatives et écoles liées à ce réseau, des «nids de terroristes», et d'assécher ses sources de financement.

Mardi, une opération de police avait déjà visé des entreprises réputées proches de Gülen qui vit en exil volontaire aux États-Unis depuis 1999. Près de 100 personnes avaient été placées en garde à vue.

Avaient été ciblées notamment Akfa Holding, grand groupe de construction, et ses filiales, de même que la chaîne de supermarchés discount A101, qui dispose de 6300 magasins dans le pays.

Selon le quotidien Hurriyet, les suspects arrêtés du groupe Akfa Holding ont été accusés d'avoir transféré des fonds d'un montant de 40 millions de dollars (35 millions d'euros) entre 2011 et 2015 via la Bank Asya vers les États-Unis ou le Canada. Bank Asya avait perdu sa licence juste après le coup d'État avorté.

PKK et FETO ligués

Fin juillet, la purge des milieux d'affaires avait commencé par le conglomérat familial Boydak Holding (énergie, finance et meubles), dont le chef, Mustafa Boydak, avait été arrêté.

Le président Erdogan a de nouveau réclamé jeudi à Washington l'extradition de Gülen. «N'avons-nous pas un accord mutuel sur le renvoi de criminels?» a-t-il demandé, dans un discours télévisé.

À Washington, les avocats du prédicateur ont assuré dans un communiqué que le risque de fuite invoqué par Ankara était «sans fondement». «Depuis 17 ans, il vit (...) à la campagne en Pennsylvanie, où il passe ses journées à prier, étudier, enseigner».

M. Erdogan a réaffirmé que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et la FETO -- acronyme utilisée par Ankara pour désigner le réseau Gülen -- s'étaient ligués pour déstabiliser la Turquie. «Après la FETO, c'est le PKK qui a pris le relais pour les violences».

Après quelques semaines de calme relatif à la suite du putsch manqué, une nouvelle campagne d'attentats meurtriers imputée au PKK a repris, touchant, pour la première fois, des régions non-kurdes dans l'Est et faisant 14 morts jeudi et la nuit précédente.

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