Un maire en Corse interdit le burkini

Très remontés au lendemain d'une violente bagarre générale, quelque... (PHOTO AFP)

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Très remontés au lendemain d'une violente bagarre générale, quelque 500 personnes ont participé dimanche à un rassemblement à Bastia, dans le nord de le Corse.

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Marie WOLFROM, Julie Pacorel
Agence France-Presse
Bastia

Après deux communes du sud de la France, un village de Corse a décidé à son tour lundi de proscrire la baignade en burkini, une tenue qui couvre tout le corps, relançant des débats récurrents sur les signes religieux au pays de la laïcité.

«Ce n'est pas contre la religion musulmane mais pour éviter que l'intégrisme ne se propage», a assuré lundi à l'AFP Ange-Pierre Vivoni, maire socialiste de Sisco, petite bourgade du nord de cette île française en Méditerranée.

Samedi, une baignade en burkini sur la plage de cette commune avait viré au pugilat. Selon des témoins, des familles d'origine maghrébine n'ont pas supporté que des femmes de leur groupe, qui nageaient dans cette tenue couvrante, soient prises en photo.

S'en est suivi une bagarre générale, à coups de pierres et d'armes blanches, qui a fait cinq blessés et des dégâts matériels. Cent policiers et gendarmes ont du être mobilisés pour ramener le calme.

Après le port du voile ou l'alternative à la viande de porc dans les cantines scolaires, sujets de moult polémiques ces dernières années, le débat renaît. Le burkini, qualifié lundi d'«archaïque» par la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol, relève-t-il de la libre expression ou constitue-t-il un signe religieux ostentatoire?

Attachée tant au principe de laïcité qu'à celui de la liberté de conscience, la France tente de préserver un équilibre. La burqa est interdite dans la rue depuis 2010 et le voile à l'école mais il est autorisé dans l'enseignement supérieur, fréquenté par des adultes.

Depuis les attentats djihadistes qui ont frappé le pays ces 18 derniers mois, les tensions intercommunautaires sont plus aiguisées et les actes islamophobes en recrudescence en France, où vit la principale communauté musulmane d'Europe, estimée à environ 5 millions de personnes.

C'est sur la Côte d'Azur, dans la région de Nice où 85 personnes ont été tuées le 14 juillet, qu'à été prise la première interdiction du burkini. 

Le burkini jugé «ostentatoire» 

La mairie de Cannes, célèbre pour son festival de cinéma, a banni ces tenues des plages fin juillet estimant qu'elles étaient «ostentatoires» et faisaient «référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre».

Cet arrêté municipal cannois, contesté par une association de lutte contre l'islamophobie qui le jugeait discriminatoire, a été validé samedi par un juge administratif.

«Dans le contexte d'état d'urgence et des récents attentats islamistes survenus notamment à Nice il y a un mois (...) le port d'une tenue vestimentaire distinctive, autre que celle d'une tenue habituelle de bain, peut en effet être interprétée comme n'étant pas, dans ce contexte, qu'un simple signe de religiosité», a justifié le juge.

Outre Cannes, le burkini a été banni samedi de la commune voisine de Villeneuve-Loubet, dont le maire est également affilié au parti Les Républicains.

En Corse, où les relations avec la communauté musulmane sont particulièrement tendues, une enquête a été ouverte pour «établir l'origine» des affrontements de samedi.

Mais le maire de Sisco, premier édile de gauche à interdire le burkini, s'est dit «prêt à défendre bec et ongles» son arrêté.

Très remontés après cet épisode, quelque 500 personnes ont participé dimanche à un rassemblement à Bastia, au nord de l'île.

Criant «aux armes, on va monter parce qu'on est chez nous», la foule s'est dirigée vers le quartier populaire et métissé de Lupino, où vivent les familles maghrébines impliquées dans la bagarre. Les gendarmes ont empêché les manifestants d'y pénétrer.

En décembre, un lieu de prière musulman avait été saccagé après une attaque contre des pompiers pour laquelle des jeunes d'origine maghrébine avaient été mis en cause.

Et le mois dernier, l'assemblée de Corse a demandé à l'État de fermer les lieux de culte musulman fondamentalistes dans cette île, quelques heures après que le FLNC, un groupe indépendantiste, eut menacé les «islamistes radicaux» d'une «réponse déterminée» en cas d'attaque.

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