La Turquie reconnaît la possibilité d'«erreurs» dans les purges

La Turquie a admis pour la première fois lundi que la purge en cours avait pu... (Photo Petros Karadjias, Associated Press)

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Fulya OZERKAN, Pascale TROUILLAUD
Agence France-Presse
Istanbul

La Turquie a admis pour la première fois lundi que la purge en cours avait pu donner lieu à « des erreurs », avant d'avoir ses premiers contacts de haut niveau avec les États-Unis depuis le putsch raté qui a tendu les relations bilatérales.

Changement de ton notable d'Ankara, deux hauts responsables ont admis que la purge implacable lancée dans la foulée de la tentative de coup d'État du 15 juillet et très critiquée à l'étranger avait pu donner lieu à « des erreurs ».

« S'il y a eu des erreurs, nous les corrigerons », a dit le vice-premier ministre Numan Kurtulmus, tandis que « le grand ménage » des sympathisants du prédicateur exilé Fethullah Gülen -- accusé par Ankara du putsch avorté -- a laminé l'armée, la justice, l'éducation et les médias.

« Il ne sera fait aucun mal » aux « citoyens qui n'ont pas d'affiliation avec eux (les sympathisants de Gülen) », a ajouté le vice-premier ministre devant la presse. Mais les autres « paieront le prix », a-t-il ajouté.

Environ 10 000 personnes font l'objet de poursuites et sont en détention préventive, dont des journalistes. Plus de 50 000 Turcs ont été limogés.

Le premier ministre Binali Yildirim a évoqué lui aussi lundi la possibilité que parmi les victimes de cette chasse aux sorcières, certaines l'aient été de manière abusive.

« Un travail méticuleux est en cours concernant ceux qui ont été limogés », a indiqué le chef du gouvernement cité par l'agence de presse officielle Anadolu.

« Il y en a certainement parmi eux qui ont été victimes de procédures injustes », a-t-il concédé, adoptant lui aussi un ton conciliant peu coutumier en Turquie depuis le putsch qui a fait vaciller le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan.

« Relation de partenariat »

La purge en Turquie a suscité les critiques de Washington, des capitales européennes et de moult organisations de défense des droits de l'Homme et de la presse, qui l'ont jugée brutale et disproportionnée.

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, avait ainsi dénoncé des purges qui « dépassent toute mesure », ajoutant qu'« on ne pouvait se taire ».

Pour toute réponse, le président Erdogan a conseillé vendredi aux Occidentaux de « se mêler de leurs affaires ».

Pour la première fois depuis le putsch, la Turquie a eu lundi ses premiers contacts de haut niveau avec les États-Unis, en recevant le chef d'état-major interarmées Joseph Dunford.

Le général américain s'est entretenu à Ankara avec le chef d'état-major, le général Hulusi Akar, puis avec M. Yildirim.

Les relations des deux partenaires clés au sein de l'Otan se sont aigries depuis qu'Ankara a demandé à Washington d'extrader Gülen, qui vit en Pennsylvanie.

Le général Dunford devait « condamner dans les termes les plus forts la récente tentative de coup d'État et réaffirmer l'importance de notre partenariat durable pour la sécurité régionale », a déclaré son porte-parole Greg Hicks dans un communiqué, avant les entretiens à Ankara.

Le haut gradé américain s'est rendu auparavant sur la base turque d'Incirlik (sud), d'où sont menées des opérations de la coalition dirigée par les États-Unis contre les jihadistes en Syrie et en Irak.

« Rien d'exceptionnel »

Peu avant, la Turquie a convoqué le chargé d'affaires allemand, après la censure « inacceptable » du président Erdogan, empêché de parler dimanche par lien vidéo aux milliers de Turcs descendus dans les rues de Cologne (ouest) pour le soutenir.

La Cour constitutionnelle allemande avait interdit à M. Erdogan, redoutable tribun, d'intervenir devant ses sympathisants exilés, craignant des troubles parmi la diaspora turque, la plus importante du monde.

Le ministre turc des Affaires étrangères a confirmé que le chargé d'affaires avait été convoqué pour que la Turquie « exprime avec force sa déception » après l'interdiction faite à « un président élu par le peuple » de s'exprimer « de la part de l'un de nos alliés qui se fonde sur nos valeurs de démocratie et d'État de droit ».

Même si Berlin a pris de haut la convocation de son diplomate qui n'a « rien d'exceptionnel », l'incident de Cologne vient s'ajouter à une liste déjà longue de différends germano-turcs acrimonieux.

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