France: Saint-Etienne-du-Rouvray pleure son prêtre assassiné

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Roses blanches, ours en peluche et bougies s'accumulent devant l'entrée de l'église Saint-Etienne, ainsi que des messages, souvent anonymes, tels que: «Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences».

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Hervé LIONNET, Wafaa ESSALHI
Agence France-Presse
SAINT-ETIENNE-DU-ROUVRAY

Mateo, 5 ans, pose son dessin devant le domicile du prêtre Jacques Hamel, un coeur jaune avec le mot «paix». Dans la sidération, Saint-Etienne-du-Rouvray (nord-ouest de la France) rend mercredi un hommage plein de larmes à son prêtre égorgé la veille en pleine messe.

L'église Saint-Etienne, où le prêtre de 86 ans a été tué par deux jihadistes, reste bouclée 24 heures après le drame, des fourgons de police en barrant l'accès. C'est donc la mairie toute proche qui sert de principal lieu de recueillement pour les habitants.

Roses blanches, ours en peluche et bougies s'accumulent devant l'entrée, ainsi que des messages, souvent anonymes, tels que: «Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences».

Dans la mairie, on fait la queue pour signer le registre de condoléances.

Dans les rues au silence pesant malgré la présence des forces de l'ordre et de très nombreux journalistes du monde entier, les commerces ont rouvert après avoir été contraints de fermer leurs portes la veille.

Mais le drame est dans toutes les conversations.

«Je vais à la messe et je n'y étais pas ce jour-là. Ça m'a bouleversée, c'est atroce», lâche Nicole, 65 ans, tandis que, juste devant le cordon jaune et rouge qui interdit l'accès à l'église, un fleuriste dépose une gerbe au nom des Associations musulmanes de France.

La petite ville ouvrière de 29.000 habitants est en larmes, comme son maire, Hubert Wulfranc, qui a fait une déclaration hachée par l'émotion mardi soir devant le parvis de sa mairie.

«Soyons ensemble les derniers à pleurer et soyons ensemble les derniers à être debout contre la barbarie et dans le respect de tous», a lancé le maire de cette ville, communiste depuis des décennies.

«C'est irréel»

Une marche blanche est prévue jeudi après-midi au départ de l'Hôtel de Ville.

Mais sans attendre, les habitants se rassemblent devant un autre lieu symbolique: la porte de la maison du prêtre assassiné. «Repose en paix Jacques Hamel, que les portes du paradis te soient ouvertes», peut-on lire sur un message laissé au milieu de bougies encore allumées et de bouquets de fleurs à même le sol.

Le prêtre vivait depuis dix ans dans cette petite commune. «Il a baptisé mes enfants et marié un de mes fils en septembre 2010. On a l'impression que c'est irréel et puis, d'un coup, ça arrive près de chez nous. Ici c'est paisible», observe Catherine, les larmes aux yeux. «Faut vivre avec», se résigne-t-elle.

Patrick, un retraité, redoute, lui, les «amalgames» qui visent la communauté musulmane.

«C'est absolument dramatique. C'est une ville prolétaire, certes, mais arrêtons de dire que c'est un foyer jihadiste comme je l'ai vu à la télévision. Ça fait 40 ans que je vis ici, c'est paisible dans cette cité», martèle Patrick, qui espère que la peur «va s'estomper avec le temps».

Dans l'autre église de la ville, Sainte-Thérèse, construite sur les hauteurs dans les quartiers neufs, une liturgie est prévue dans la soirée. Cette église a partagé son terrain pour construire une mosquée, inaugurée en 2000.

Mardi soir, lors de la prière, une petite centaine de fidèles s'y sont réunis autour de l'imam qui a rappelé que l'islam est une religion de paix.

Égorgé mardi à genoux devant son autel par... (Photo AP) - image 2.0

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Égorgé mardi à genoux devant son autel par deux jihadistes, le prêtre français Jacques Hamel faisait preuve à 86 ans d'un incroyable dynamisme en refusant toute idée de retraite, selon ses paroissiens et des responsables religieux.

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Un «homme bon» de 86 ans qui refusait la retraite

(Hervé LIONNET, SAINT-ETIENNE-DU-ROUVRAY) - Égorgé mardi à genoux devant son autel par deux jihadistes, le prêtre français Jacques Hamel faisait preuve à 86 ans d'un incroyable dynamisme en refusant toute idée de retraite, selon ses paroissiens et des responsables religieux.

«C'était un homme bon», soulignent-ils à l'unisson pour décrire ce curé officiant à Saint-Etienne-du-Rouvray, une petite ville du nord-ouest de la France.

Petite taille, chauve et visage émacié, le regard perçant, le père Hamel n'aura jamais accepté de passer la main.

Né en 1930 à Darnétal, une localité de la région, ordonnée prêtre en 1958, il avait fêté son jubilé d'or pour les 50 ans de son sacerdoce en 2008. Le père Hamel n'était «plus» que prêtre auxiliaire. Mais son incessante activité au côté du père congolais Auguste Moanda Phati, curé de la paroisse, était la bienvenue dans un pays touché comme d'autres par une pénurie de prêtres.

Dans sa paroisse, Jacques Hamel participait notamment au dialogue inter-religieux. Le mois dernier, il avait délivré un message dans la lettre paroissiale évoquant les conflits mondiaux.

«Puissions-nous, en ces moments entendre l'invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel», avait-il écrit.

Selon Soeur Danielle, une religieuse présente dans l'église au moment de l'attentat, Jacques Hamel, en aube, «a essayé de se débattre» lorsque les jihadistes sont passés à l'acte en lui portant des coups de couteau à la gorge et au thorax.

Ami d'un imam

Mohammed Karabila, président régional du Conseil du culte musulman et de la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, voyait en lui un «ami», «quelqu'un qui a donné sa vie aux autres».

Le prêtre et l'imam s'étaient retrouvés à plusieurs reprises «lors d'interventions publiques dans des salles des fêtes». «Nous faisions partie d'un comité interconfessionnel depuis 18 mois. Nous discutions de religion et de savoir vivre ensemble», a expliqué M. Karabila.

Dans sa petite ville ouvrière d'un peu moins de 30 000 habitants, ils étaient nombreux à l'avoir approché, pour des baptêmes, des communions, des mariages ou des enterrements.

Il recevait dans le presbytère, une maison de deux étages proche de la Mairie, avec une cour intérieure et un appentis pour abriter sa vieille Renault 19 qu'il conduisait encore.

Au rez-de-chaussée de la maison, une salle de réunion, équipée d'un vieux téléviseur, lui permettait de recevoir les paroissiens, petits et grands.

«C'est là que j'ai fait mon catéchisme puis ma préparation au mariage», témoigne Arnaud Paris, 44 ans, natif de la ville. «Puis il a pris en charge l'éducation religieuse de mes deux filles jusqu'à leur communion il y a trois ans», ajoute-t-il.

«Il était très gentil mais pouvait être sévère, il fallait aller dans son sens», précise-t-il.

Au-delà de son rôle religieux, le prêtre était le confident, l'ami des bons et mauvais jours.

«J'allais souvent le voir. Il m'a aidé pendant ma chimiothérapie et après le départ de mon mari», confie Martine B., une autre habitante, qui préfère garder l'anonymat.

Au sein du diocèse, parmi ses pairs, le père Hamel semblait aussi unanimement apprécié.

«C'était un homme passionné par ce qu'il faisait. Il étonnait tout le monde par son dynamisme», résume le vicaire général du diocèse Philippe Maheut. Pour Alexandre Joly, jeune curé d'une ville voisine, c'était simplement «un homme bon».

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