Le régime Erdogan sévit contre des centaines de putschistes présumés

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Des supporters du président Recep Tayyip Erdogan célèbrent l'échec du coup d'état sur le pont du Bosphore, à Istanbul, dimanche.

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Pascale TROUILLAUD, Gokan GUNES
Agence France-Presse
Istanbul

Le régime d'Erdogan a commencé dimanche à enterrer ses «martyrs» du putsch raté, tout en intensifiant sa lutte contre le «virus» factieux, attirant à la Turquie une volée de mises en garde internationales.

Quelque 6000 militaires sont déjà en garde à vue alors que près de 3000 mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de juges et de procureurs, après le putsch avorté qui a fait au moins 290 morts, selon un nouveau bilan officiel communiqué en soirée -- dont plus de 100 putschistes.

Le président Recep Tayyip Erdogan a évoqué dimanche soir un possible rétablissement de la peine capitale en Turquie, officiellement abolie en 2004 dans le cadre de la candidature d'adhésion d'Ankara à l'Union européenne, devant une foule de sympathisants qui scandait: «Nous voulons la peine de mort».

«Nous entendons cette demande qui est la vôtre», a répondu le chef de l'État. «Notre gouvernement va en discuter avec l'opposition et une décision sera sans aucun doute prise», a-t-il ajouté à Istanbul.

La purge dans les rangs de l'armée s'est heurtée dans la soirée à des résistances sur la base aérienne de Konya, une des principales du pays.

Un responsable turc a évoqué des «affrontements entre les forces de sécurité et des putschistes résistant à leur arrestation». L'agence Anadolu a ensuite rapporté que l'opération était terminée, et que six militaires avaient été placés en garde à vue.

Plus tôt, la journée a été rythmée par les funérailles des victimes loyalistes, au cours desquelles le président Erdogan a cédé à l'émotion.

Il a versé des larmes lors des obsèques d'un compagnon de route tué avec son fils de 16 ans par des putschistes.

La tentative de renversement du président Erdogan lancée tard vendredi a fait au moins 265 morts à Ankara et Istanbul, dont 161 dans le camp des pro-régime.

Mettant à exécution leurs menaces de faire payer «le prix fort» aux rebelles, les autorités ont procédé dans la journée à des arrestations en chaîne, touchant même la garde rapprochée du chef de l'État avec le placement en garde à vue de son aide de camp. 

Éliminer le «virus» 

«Nous allons continuer d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques», a lancé M. Erdogan lors de la prière aux morts dans la mosquée Fatih. «Hélas ce virus, comme un cancer, s'est propagé à tout l'État», a-t-il déploré.

«Le grand ménage continue», a déclaré le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, chiffrant à «environ 6000» les gardes à vue de l'après-coup d'état.

Selon l'agence Anadolu, 70 généraux et amiraux figurent dans cette liste, qui compte parmi ses personnalités les plus emblématiques Erdal Ozturk, commandant de la troisième armée, et Adem Huduti, commandant de la deuxième armée.

Des officiers ont aussi été arrêtés sur la base d'Incirlik, utilisée par la coalition internationale pour ses raids contre les djihadistes en Syrie, selon le quotidien Hürriyet, et qui a rouvert dimanche.

La base d'Incirlik.... (ARCHIVES AP) - image 2.0

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La base d'Incirlik.

ARCHIVES AP

Le coup de filet vise aussi la justice: selon l'agence Anadolu, des mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de 2745 juges et procureurs.

Risque d'arbitraire

La communauté internationale a mis en garde la Turquie contre la tentation d'une répression généralisée.

Le président américain Barack Obama a rappelé «le besoin vital» que toutes les parties concernées «agissent dans le cadre de l'État de droit».

Le coup d'État raté en Turquie n'est pas un «chèque en blanc» au président Erdogan pour faire des «purges», a estimé le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault. Le coup d'État ne doit pas être exploité comme une «carte blanche pour l'arbitraire» a fait écho son homologue autrichien, Sebastian Kurz.

Même son de cloche à Bruxelles, où la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a souligné que le respect «de l'État de droit et de la démocratie sont (...) le meilleur moyen pour affronter les difficultés que la Turquie vit».

Des préoccupations que n'a pas semblé partager Vladimir Poutine qui a «souhaité un retour rapide à l'ordre constitutionnel et à la stabilité» en Turquie.

Le chef de l'État turc a continué à galvaniser ses partisans, réitérant dimanche soir son appel aux Turcs à descendre dans les rues.

«La veille pour la démocratie continue», a tweeté le ministre aux Affaires européennes, Omer Celik.

Des milliers de Turcs avaient célébré samedi soir l'échec du coup d'état, notamment à Istanbul, Ankara et Izmir, sous des forêts de drapeaux rouges turcs.

Les personnes arrêtées sont soupçonnées de liens avec le prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen. Accusé par le président Erdogan d'avoir fomenté cette tentative de putsch, l'imam a fermement démenti.

M. Erdogan a demandé l'extradition de sa bête noire à Washington. Le ministre du Travail, Suleyman Soylu, est allé plus loin.

«Derrière ce coup, il y a les États-Unis. Quelques magazines publiés là-bas mènent des actions depuis quelques mois. Les États-Unis ont l'obligation de nous livrer Fethullah Gülen», a-t-il dit.

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