Attentats de 2015: la France doit revoir ses services de renseignement

«Notre pays n'était pas préparé, maintenant il faut... (AFP, Miguel Medina)

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«Notre pays n'était pas préparé, maintenant il faut se préparer», a déclaré mardi à l'AFP le député d'opposition de droite Georges Fenech, qui a présidé la commission d'enquête sur les attentats de janvier (17 morts) et novembre (130 morts).

AFP, Miguel Medina

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Claire DOYEN
Agence France-Presse
Paris

La France doit refondre ses services de renseignement, qu'un trop grand éclatement interne a empêché de prévenir les attentats de Paris, préconise une commission d'enquête parlementaire sur les attaques jihadistes de 2015.

La commission, dont les conclusions doivent être formellement adoptées le 12 juillet, s'interroge également sur l'utilité de prolonger l'état d'urgence et le déploiement de soldats sur le sol national.

«Notre pays n'était pas préparé, maintenant il faut se préparer», a déclaré mardi à l'AFP le député d'opposition de droite Georges Fenech, qui a présidé la commission d'enquête sur les attentats de janvier (17 morts) et novembre (130 morts).

«Les deux grands patrons du renseignement (intérieur et extérieur) ont reconnu pendant leurs auditions que les attentats de 2015 représentent un 'échec global du renseignement'», a révélé son collègue socialiste Sébastien Pietrasanta, rapporteur de la commission.

Les parlementaires font plusieurs propositions pour améliorer le fonctionnement de ces services.

Ils prônent notamment la création d'une agence nationale du renseignement, placée directement sous l'autorité du premier ministre, sur le modèle américain du Centre national antiterroriste (NTC) créé après le 11 septembre 2001.

Ils souhaitent aussi la création d'un véritable bureau du renseignement pénitentiaire et plus de recrutements.

Aujourd'hui, les services de renseignement français sont éclatés en six entités, sous l'autorité de trois ministères (Intérieur, Défense ou Économie), avec l'implication de policiers spécialisés, de militaires ou de douaniers.

Selon la commission parlementaire, ces entités ont mal communiqué entre elles, alors que les auteurs français des attaques avaient tous été fichés, contrôlés, écoutés ou incarcérés pendant leur radicalisation.

«Les frontières entre services de renseignement ont permis la levée de la surveillance de Saïd Kouachi dès lors qu'il a quitté Paris pour Reims (est)», donne en exemple M. Fenech. Placé un temps sur écoutes pour sa radicalisation, Saïd Kouachi est un des attaquants du journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier.

Le cas d'Amédy Coulibaly, tueur dans le magasin Hyper Cacher en janvier 2015, est lui emblématique des failles du renseignement pénitentiaire. Condamné plusieurs fois, notamment pour avoir participé au projet d'évasion d'un islamiste, il est sorti de prison sans que l'information ne soit transmise, ni qu'aucune surveillance ne soit prévue alors même que sa radicalisation ne faisait plus de doute.

Quant au cas de Samy Amimour, assaillant de la salle de concert du Bataclan en novembre, qui a pu aller en Syrie en 2013 malgré une interdiction de sortie du territoire, «il est emblématique des défaillances du contrôle judiciaire», estime Sébastien Pietrasanta.

«Efficacité réelle»

Malgré ces failles, le rapporteur estime qu'il n'était pas possible de faire le lien entre les menaces qui avaient visé ces dernières années le Bataclan ou «une salle de rock» et l'attaque du 13 novembre. «Cela aurait supposé que les magistrats et les agents du renseignement gardent en mémoire toutes les cibles mentionnées par les terroristes entendus», explique-t-il.

Plus globalement, les deux hommes ont émis des doutes sur les mesures prises après les attentats. L'état d'urgence, décrété après les attaques du 13 novembre, «a eu un effet mais il semble s'être rapidement amenuisé», selon Sébastien Pietrasanta.

Quant à «l'opération Sentinelle», qui a permis de déployer jusqu'à 10 000 soldats en France, le député socialiste s'interroge sur «l'efficacité réelle de ce dispositif».

Les parlementaires recommandent de réduire progressivement le nombre de soldats mobilisés.

En revanche, ils ont adressé un satisfecit aux forces d'élite dont l'intervention, le soir du 13 novembre, «a été rapide, efficace», selon M. Pietrasanta. Mais là encore, il préconise, à terme, «la fusion des trois forces d'élite» de la police nationale, de la gendarmerie et de la police régionale.

Quant aux secours, ils «ont été gérés dans les meilleures conditions possibles suivant les circonstances», selon M. Fenech. Le principal problème, selon la commission, a été l'évacuation des victimes, qui a pu être retardée par le fait que les secours d'urgence n'avaient pas accès au périmètre des forces d'intervention. Dans ses 39 propositions, la commission préconise donc l'instauration de «colonnes d'extraction» des victimes.

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