Génocide: le pape réjouit les Arméniens et rend furieux les Turcs

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Un porte-parole du Vatican a répondu que le pape «ne fait pas de croisades» et n'a «pas prononcé un mot contre le peuple turc».

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Jean-Louis DE LA VAISSIERE
Agence France-Presse
Rome

Le pape François, avec un lâcher de colombes vers le mont Ararat, a achevé dimanche sa visite en Arménie par un geste de réconciliation en direction de la Turquie, furieuse de son emploi du terme «génocide» pour décrire les massacres de 1915-1916.

Arrivé aux sons de cloches de l'austère sanctuaire de Khor Virap, à quelques kilomètres de la frontière turque, le pontife a d'abord prié puis est sorti sur le belvédère et laissé un oiseau s'envoler en direction de l'imposante montagne au sommet enneigé couronné de nuages.

Visiblement ému, il a ensuite donné l'accolade au Catholikos Karékine II, chef de l'Eglise apostolique arménienne, qui a relâché une autre colombe.

Au pied du mont Ararat, où se serait posé selon la tradition orale l'Arche de Noé et aujourd'hui en territoire turc, le pape a choisi un lieu symbolique pour conclure sa visite. Il a décollé peu après pour Rome.

Le quatorzième voyage du pontife à l'étranger aura été tout au long de ses trois jours dominé par la mémoire des tueries qui ont fait selon les Arméniens 1,5 million de morts sous l'Empire Ottoman.

En ajoutant dès son arrivée vendredi le mot fatidique de «génocide» à un discours où il n'était pas prévu, François a réjoui les Arméniens mais provoqué la colère de la Turquie, bousculant une diplomatie du Saint-Siège prudente au Moyen-Orient.

Cette déclaration est «très malheureuse. Il ne s'agit pas d'une déclaration objective qui soit conforme à la réalité», a réagi le vice-Premier ministre turc Nurettin Canlikli samedi soir, cité par l'agence Anadolu.

«Il est possible de voir toutes les marques et les réflexions caractéristiques de la mentalité des Croisades dans les activités du pape», a ajouté le dirigeant turc.

Le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a répondu que le pape «ne fait pas de croisades» et n'a «pas prononcé un mot contre le peuple turc».

François, a-t-il expliqué, s'efforce toujours de «bâtir des ponts au lieu des murs». Il entend créer des «fondements pour la paix et la réconciliation», a-t-il précisé dans un point de presse,

La défense des Arméniens est une cause constante du Saint-Siège, depuis Benoît XV qui avait écrit par trois fois au Sultan pendant la première guerre mondiale pour faire cesser les tueries.

Dans l'avion qui le ramenait d'Erevan à Rome, Jorge Bergoglio a reconnu qu'il avait décidé vendredi au dernier moment d'ajouter le mot «génocide» à son discours préparé à l'avance: «Après avoir ressenti la tonalité du discours du président (Serge Sarkossian), et ayant prononcé ce mot l'an dernier à Saint-Pierre, j'ai pensé que cela aurait sonné bizarrement si je n'avais pas employé le même mot», a-t-il dit.

«Je n'ai pas utilisé ce mot avec un esprit offensif, mais objectivement», a-t-il insisté. 

«Réconciliation»

Avant la visite, tous les signaux envoyés par le Vatican à la presse indiquaient que le pape éviterait d'employer le terme, afin de ne pas créer des tensions supplémentaires au Moyen-Orient et de ne pas mettre en difficulté les nombreux réfugiés chrétiens, notamment en Turquie.

En 2015, Ankara avait rappelé son ambassadeur au Vatican après que le pape eut prononcé le mot dans la basilique Saint-Pierre.

Finalement, le pape a montré une nouvelle fois qu'il préférait la franchise à la prudence recommandée par la Secrétairerie d'État.

Pour Jorge Bergoglio, établir la vérité de l'histoire est une base pour toute réconciliation durable et sincère.

Tout en appelant pendant son voyage les Arméniens à défendre leur mémoire collective, il les a exhortés à s'en servir non pour se venger mais au contraire pour mettre fin à la spirale des violences.

Sur la principale place d'Erevan samedi soir, il a ainsi évoqué une «effroyable et folle extermination» mais appelé à la «réconciliation entre les peuples arménien et turc».

Lors de sa visite, le pape a également appelé les Arméniens au dialogue avec les Turcs et les Azerbaïdjanais, alors que le Cathokilos affirmait samedi devant lui que l'Arménie est «victime d'une guerre qui ne dit pas son nom».

Karékine II parlait du conflit qui oppose depuis un quart de siècle Bakou à Erevan, au sujet du Nagorny Karabakh, région disputée peuplée en grande majorité d'Arméniens où des affrontement meurtriers affrontements ont éclaté au printemps.

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