La peur des «communistes» gagne les électeurs en Espagne

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Selon les sondages, Unidos Podemos, coalition formée par Podemos et Izquierda Unida (écolo-communiste), pourrait arriver en deuxième position aux élections législatives de dimanche, juste après les conservateurs du PP. Ci-contre Pablo Iglesias, chef de Podemos.

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Michaela CANCELA-KIEFFER
Agence France-Presse
PARACUELLOS DE JARAMA

Sous les brumisateurs d'une terrasse de restaurant proche de Madrid, l'essor de Podemos est au coeur des conversations. Pour éviter l'arrivée de ces «communistes» au pouvoir, Josefina tente de convaincre sa fille Carolina de soutenir les conservateurs sortants.

«Un jour ils disent blanc, le lendemain noir», argumente Josefina Martin, 62 ans. «Ils mentent avec habileté», insiste son mari Felipe Abalos, ex-directeur financier de 73 ans. «C'est dangereux: on ne sait pas ce qu'ils vont faire».

«Podemos me semble ce qu'il y a de plus proche du communisme. Si la coalition Unidos Podemos arrivait au pouvoir, je serais paniqué», affirme un autre client, Julio Sampedro, commercial dans une multinationale.

Dans ce restaurant de Paracuellos de Jarama, banlieue cossue à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la capitale, les mots «risque», «danger», «méfiance», reviennent souvent quand on évoque la politique espagnole.

Selon les sondages, Unidos Podemos, coalition formée par Podemos et Izquierda Unida (écolo-communiste), pourrait arriver en deuxième position aux élections législatives de dimanche, juste après les conservateurs du PP.

S'ils s'alliaient aux socialistes, ils pourraient être aux commandes de l'Espagne, quatrième économie de la zone euro, en pleine convalescence après l'une des crises économiques les plus douloureuses de son histoire récente.

«Nous devons choisir entre la modération et l'extrémisme, c'est de plus en plus clair», insiste le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy, au pouvoir depuis fin 2011.

Pour rester au pouvoir, Rajoy se pose régulièrement en «garant» de la stabilité et concentre ses attaques sur Podemos.

Et si l'on en croit les électeurs de Paracuellos, ce discours pourrait lui faire gagner des voix.

Qui va payer ?

Paracuellos, 24 000 habitants surplombant le plateau battu par les vents où se trouve l'aéroport de Madrid, est l'une des villes où les libéraux de Ciudadanos, nouveau parti concurrençant le Parti populaire, avaient réussi une percée en 2015.

Dans cette circonscription, où le taux de chômage est de 8,9% (contre 21% au niveau national) et les villas s'achètent 400 000 à 500 000 euros, le Parti populaire, à l'image ternie par les affaires de corruption, ne séduisait plus les jeunes cadres sup venus de Madrid, explique le maire Jaime Cuesta.

C'est ce qu'expriment beaucoup de clients de la terrasse: Carolina, la quarantaine, fille de Josefina, ou Carmen Garcia, enseignante de 58 ans et sa fille Myriam, de 19 ans, étudiante en arts graphiques.

Mais l'ascension de Podemos pourrait les faire changer d'avis, pour éviter l'éparpillement des voix contre Podemos.

Maintenant, «j'hésite entre le PP et Ciudadanos», admet Myriam. «Je n'aime pas du tout Podemos», dit-elle en évoquant sa proximité avec le Venezuela de l'ex-président Hugo Chavez, grand argument de la droite. «Qui dit que le Venezuela allait mieux avec Chavez ? C'est comme dire que la Colombie était bien avec Pablo Escobar!», un baron de la drogue tué en 1993. «Ils disent que tous les travailleurs auront un salaire. Mais qui va les payer ?"

«Je vais changer. J'avais voté pour Ciudadanos, mais je vais radicaliser mon vote: je vais voter PP, c'est décidé», explique aussi Julio Sampedro, marié et père de deux enfants, venu vivre ici avec sa femme en 2008.

Dans les rues du vieux village, triste témoin en 1936 de l'un des pires massacres de la guerre civile quand des Républicains ont exécuté plus de 2500 personnes, les affiches et banderoles de Ciudadanos sont rares.

Celles de Unidos Podemos et PP sont les plus visibles, reflétant la polarisation de cette campagne.

Sur la place principale, face à l'église et la mairie, l'imposant berger Antonio Romero, de 82 ans, béret sur la tête et canne à la main, tempête: «Elle est mauvaise la situation politique du pays, tous des canailles ! Mais au moins avec celui qui est en place (Rajoy), on sait ce qu'il fera».

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