Virginia Raggi, première mairesse de Rome

Virginia Raggi, avocate de 37 ans, est la... (Photo Remo Casilli, REUTERS)

Agrandir

Virginia Raggi, avocate de 37 ans, est la première femme à devenir maire de Rome.

Photo Remo Casilli, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Fanny CARRIER
Agence France-Presse
Rome

Virginia Raggi, la candidate populiste du Mouvement 5 Étoiles, a été triomphalement élue dimanche mairesse de Rome - une première pour une femme - en infligeant un véritable camouflet au Parti démocrate (PD) du chef du gouvernement Matteo Renzi.

Les résultats partiels, après dépouillement dans 80% des bureaux de vote, accordent à cette avocate de 37 ans 67,2 % des voix selon des résultats quasi-définitifs, loin devant Roberto Giachetti, le candidat du PD (centre-gauche).

À Turin, une autre novice du MS5, Chiara Appendino, 31 ans, a détrôné avec 54 % l'expérimenté maire sortant Piero Fassino, une figure du PD, qui a dénoncé l'appel de la Ligue du Nord de Matteo Salvini, allié du Front national français, à voter pour les deux candidates du M5S afin de battre M. Renzi.

En revanche à Milan, la capitale économique du pays, le candidat du PD Giuseppe Sala, ancien commissaire de l'Exposition universelle, l'a emporté avec 51,7 % des voix.

Le parti de M. Renzi se maintenait aussi à Bologne (centre), un fief historique de la gauche, mais n'était même pas au second tour à Naples (sud-ouest), où le maire sortant Luigi De Magistris, homme de gauche atypique et ennemi juré de M. Renzi, a été largement réélu.

Pour ces élections partielles, qui concernaient près de 9 millions d'électeurs dans un peu plus d'une centaine de villes, la participation, déjà en berne au premier tour, a accusé un nouveau coup, à Rome comme ailleurs, dépassant à peine les 50 % selon le ministère de l'Intérieur.

Devant la presse, Mme Raggi a évoqué «un moment historique fondamental, qui marque un tournant: pour la première fois, Rome a une femme maire, à une époque où l'égalité des chances est encore une chimère».

La jeune femme s'est engagée à «ramener la légalité et la transparence dans les institutions après 20 ans d'incurie et de Roma Capitale», du nom d'un vaste réseau de corruption mis au jour en 2014 dans la Ville éternelle.

«Maitenant au travail, il y a tant de problèmes [...] mais je suis prête à gouverner», a-t-elle lancé.

Rendez-vous au référendum

Pendant sa campagne, elle est cependant restée discrète sur son programme pour redresser une ville étouffée par une dette de plus de 12 milliards d'euros. Une chose est sûre cependant: la candidature de Rome pour les JO-2024, en concurrence avec Paris, Los Angeles et Budapest, ne sera pas une priorité.

Autre inquiétude: Mme Raggi n'a présenté que de rares têtes de sa future équipe. Ce dernier point est pourtant crucial, l'absence de cadres ayant fait leurs gammes dans la gestion politique au quotidien étant l'une des raisons du bilan mitigé du M5S dans les villes de moindre envergure déjà conquises, comme Parme ou Livourne.

«Tous les autres ont échoué, on espère qu'eux, ils y arriveront», déclarait dans la matinée à l'AFP Aldo, un retraité de 72 ans, après avoir voté M5S à Rome.

Si la lune de miel entre M. Renzi et les électeurs italiens semble bel et bien terminée, une analyse nationale des résultats restera délicate: le M5S était absent à Naples, Bologne et Milan, la droite déchirée à Rome, mais unie à Milan.

Pendant des semaines, le chef du gouvernement a d'ailleurs tenté de minimiser la portée du scrutin en répétant que «la mère de toutes les batailles» politiques restait pour lui le référendum prévu en octobre sur sa réforme constitutionnelle. Il s'est engagé à démissionner en cas d'échec.

Le M5S y compte bien. Fondé en 2009 et devenu le deuxième parti du pays avec 25 % des voix dès les législatives de 2013, il pioche dans ses propositions à droite comme à gauche, y compris dans les extrêmes, et continue de tisser sa toile aux élections locales en s'appuyant inlassablement sur la dénonciation d'une classe politique malhonnête.

«Nous sommes prêts à gouverner le pays», a répété dimanche soir le jeune Luigi di Maio, dauphin pressenti de Beppe Grillo à la tête du mouvement. «Et les Italiens nous reconnaissent la capacité de gouverner. Maintenant c'est à Rome et à Turin, après ce sera le tour du reste du pays».

Les défis de Virginia Raggi à Rome

Virginia Raggi a cinq ans pour répondre aux immenses attentes de près de trois millions de Romains exaspérés par les défaillances de la ville.

Elle a d'autant moins le droit à l'erreur que la Ville éternelle est devenue du jour au lendemain une vitrine très en vue pour son Mouvement cinq étoiles (M5S), la jeune formation antipartis qui ambitionne de prendre rapidement les rênes du pays.

Car le patron du M5S Beppe Grillo l'a clairement dit: «Rome est un tremplin pour le gouvernement du pays. Si nous échouons, nous sommes foutus».

- Les priorités annoncées . Transparence dans la gestion de la ville et de son appareil administratif, impliqué dans plusieurs scandales financiers et des affaires de corruption : le M5S exige des élus irréprochables et Mme Raggi promet une «vigilance» renforcée, en coopération avec l'Autorité nationale anticorruption.

Chaos dans les transports: augmentation du nombre de bus et de trams, davantage de voies réservées aux transports en commun et incitation de l'utilisation des bicyclettes. C'est l'un des dossiers sur lequel la nouvelle maire de la ville éternelle est particulièrement attendue, tant les Romains sont critiques sur les retards, les pannes et les insuffisances des transports publics à Rome.

Propreté et ramassage des ordures: renforcer le tri sélectif, moderniser les véhicules de la société municipale chargée du ramassage des ordures mais aussi «des amendes plus salées pour ceux qui traitent Rome comme une poubelle» et jettent tout et n'importe quoi dans les rues.

Campements roms: alors que la droite et l'extrême droite avaient appelé à voter pour elle au second tour pour faire barrage au candidat de centre gauche de Matteo Renzi, Mme Raggi a annoncé que la sécurité ferait partie de ses priorités et qu'elle comptait pour cela «dépasser» la question des nombreux campements roms et sintis autour de la capitale, avec «un recensement patrimonial approfondi» pour s'assurer que personne «ne puisse vivre sur le compte des autres».

Ce qui reste flou

Les JO: Mme Raggi s'est engagée à oeuvrer pour l'art, la culture et le sport, tout en répétant que la candidature de Rome - ardemment défendue par le gouvernement de M. Renzi - pour les jeux Olympiques de 2024 ne pouvait pas être une priorité.

Après avoir plusieurs fois exprimé son rejet du projet, elle a légèrement infléchi sa position en fin de campagne, annonçant comme futur adjoint aux sports un partisan de la candidature, l'ancien rugbyman Andrea Lo Cicero.

La dette de la ville: elle dépasse les 12 milliards d'euros et asphyxie depuis des années les services de la ville, qui manquent cruellement de moyens. Le sujet a été longuement débattu au cours de la campagne, mais il ne figure pas parmi les priorités affichées par Mme Raggi sur le site internet du M5S.

Renégociation ou refus de rembourser une partie de la dette, la position du M5S est restée assez confuse. Seule certitude, Mme Raggi entend lancer au plus vite un audit des comptes de la municipalité.

Les 60 000 employés de la ville ou d'entreprises liées à la ville. L'administration pléthorique de la ville éternelle a été maintes fois dénoncée, pour son inefficacité et son manque parfois de responsabilités.

Les policiers municipaux s'étaient ainsi mis tous en grève le soir du réveillon du 31 décembre 2014. Lundi dernier, les bus et métros de Rome avaient tourné au ralenti toute la soirée en raison d'une grève du personnel... pile pendant le match remporté 2-0 contre la Belgique. Une «coincidence», avait alors commenté Virginia Raggi, restée très prudente sur ce dossier délicat.

- Ljubomir Milasin de l'Agence France-Presse

Une «giffle» pour le premier ministre Renzi

La victoire à Rome et à Turin du Mouvement cinq étoiles (M5S), fruit du rejet de la classe politique traditionnelle, est un revers pour le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, arrivé au pouvoir sur cette même promesse de changement radical.

« C'est certainement une défaite pour nous. Avoir perdu Rome et Turin brûle, c'est douloureux », a déclaré Matteo Orfini, président du Parti démocrate (PD), la formation de centre gauche de M. Renzi, dans une interview à La Stampa.

Le chef du gouvernement a pour l'instant gardé le silence après la gifle reçue par le PD dans la capitale italienne, où son candidat, Roberto Giachetti, a été largement battu par Virginia Raggi.

Cette victoire était attendue, mais l'écart de 35 points entre les deux candidats a surpris. Le M5S a également créé la surprise en détrônant le maire sortant de Turin, Piero Fassino, 67 ans, vieux cacique du PD, balayé par une autre jeune femme, Chiara Appendino, 31 ans.

« Les contenus et les programmes ne comptent plus : gagne qui est nouveau, pour le simple fait de ne pas appartenir au vieil establishment politique », analyse le politologue Giovanni Orsina dans La Repubblica.

Dans une configuration droite-gauche plus classique, le PD loin de s'effondrer remporte même des succès, comme à Milan, capitale économique du pays, où son candidat Giuseppe Sala l'a emporté avec 51% des voix.

Mauvais augure

La déconfiture du PD à Rome et à Turin n'en reste pas moins de très mauvais augure à trois mois du référendum constitutionnel sur lequel M. Renzi a choisi de jouer son avenir en politique.

Il a promis de démissionner en cas d'échec début octobre, ralliant d'un coup tous ses ennemis dans un « Tous contre Renzi », efficace à Rome, où la classe politique a été discréditée par de nombreuses affaires, et à Turin, où le maire sortant n'avait pourtant pas démérité.

Pas de quoi pourtant ébranler l'intéressé, qui juge, selon plusieurs journaux italiens le citant, que « Renzi n'a pas fait assez de Renzi » et qu'il doit accélérer la « rottamazione » - la mise à la casse de la vieille politique - promise à son arrivée au pouvoir en février 2014.

Ce qui risque de faire grincer des dents au sein même du PD dont il reste le secrétaire général, où la minorité de gauche réclame davantage de démocratie.

« Ces élections démontrent que la narration "renzienne" consistant à dire "avec moi on gagne" ne résiste pas à l'épreuve des faits », juge le sénateur PD Miguel Gotor, un des représentants des « frondeurs » italiens.

Mais pour le politologue Roberto D'Alimonte, « le M5S est le vrai parti de la nation, celui que voudrait construire Renzi. C'est le parti qui prend des consensus à droite, à gauche, au centre et aussi en dehors, des gens indécis et furieux ».

Le mouvement de Beppe Grillo « représente le second choix aussi bien des électeurs de droite que de gauche ». À Rome et à Turin, il a su catalyser l'opposition de toutes les droites contre le parti au pouvoir pour l'emporter.

Des ténors de la droite et de l'extrême droite italienne avaient clairement appelé à voter M5S en cas de ballotage avec le PD au second tour, un appui que le mouvement n'a pas réclamé, mais s'est bien gardé de refuser.

Cette somme des mécontentements pourrait pousser M. Renzi vers la sortie lors du référendum d'octobre. « Il faudra se battre, je n'ai jamais pensé qu'il en serait autrement », a reconnu M. Renzi, cité par La Repubblica.

Mouvement inclassable, mais résolument antisystème, le M5S va de son côté affronter l'épreuve des faits dans deux villes importantes du pays. « À partir d'aujourd'hui, ce ne sera plus la faute des autres », relève La Repubblica.

À Rome, métropole complexe étouffée par une dette de plus de 12 milliards d'euros (plus de 17 milliards de dollars CAN), « c'est un défi terrible, une "mission impossible" » pour Mme Raggi, prévient M. D'Alimonte.

- Olivier Baude de l'Agence France-presse

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer