L'extrême droite aux marches du palais présidentiel autrichien

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Des militants manifestent contre le parti d'extrême droite FPÖ, à Vienne, le 19 mai.

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Sophie MAKRIS
Agence France-Presse
VIENNE

L'extrême droite autrichienne brigue dimanche la présidence de la République dans un scrutin indécis et très observé en Europe où l'élection à la fonction suprême d'un candidat de la droite radicale et nationaliste serait une première.

Le FPÖ, l'un des partis d'extrême droite européens les mieux implantés, a viré largement en tête du premier tour de la présidentielle, le 24 avril, au terme d'une campagne focalisée sur la gestion des flux migratoires et un climat de morosité économique dans ce pays prospère de l'UE.

Norbert Hofer, 45 ans, discret vice-président du Parlement, a obtenu 35 % des voix, réalisant le meilleur résultat de sa formation à une élection nationale, devant un candidat indépendant, Alexander Van der Bellen (21,3 %), ancien chef des Verts et universitaire de 72 ans.

Tous deux ont mis pour la première fois hors-jeu les partis sociaux-démocrates et conservateurs qui gouvernent actuellement le pays, traduisant le désir des électeurs de bousculer le jeu politique traditionnel.

Les observateurs reconnaissent un statut de favori à Nobert Hofer, tout en restant prudents, faute de sondages entre les deux tours.

Les candidats ont eu un mois pour tenter de convaincre qu'ils incarnaient le renouveau, à coup de duels télévisés ou d'interviews au ton de plus en plus offensif.

«Le vrai danger, c'est un président FPÖ qui (...) révoque le gouvernement pour laisser le champ libre à une République «bleue»», la couleur du parti d'extrême droite, a récemment attaqué le candidat vert dans le tabloïd Österreich.

Accusation «alarmiste», a rétorqué Nobert Hofer: «j'ai toujours dit que le renvoi du gouvernement ne serait pour moi que le dernier recours».

Mais ce proche conseiller du chef du FPÖ Heinz-Christian Strache a aussi prévenu qu'il veut être un «président actif».

Car si le chef de l'État autrichien n'intervient pas dans la gestion quotidienne du pays, la Constitution lui donne des prérogatives importantes comme celle de changer de chancelier ou de dissoudre le Parlement.

Des compétences dont n'ont pas fait usage les chefs d'État successifs, optant pour une présidence profil bas, à l'image du sortant social-démocrate, Heinz Fischer, qui remettra officiellement son mandat le 8 juillet.

Discours lisse

«Un président autrichien peut théoriquement renvoyer le gouvernement et provoquer des élections, mais si ça ne reflète pas la volonté populaire, c'est politiquement peu réaliste», estime le politologue Peter Hajek.

Or un événement inattendu a pimenté l'entre-deux tours: l'Autriche s'est dotée d'un nouveau chancelier. Déstabilisé par le revers du candidat SPÖ à la présidentielle, Werner Faymann, au pouvoir depuis 2008, a démissionné et le parti a propulsé à la tête du gouvernement un nouveau venu en politique, Christian Kern, jusqu'alors patron du rail autrichien.

«Il faut voir s'il y aura un «effet Kern» sur les électeurs» qui pourrait profiter à Alexander Van der Bellen, observe Hubert Sickinger, enseignant en Sciences politiques à l'Université de Vienne.

Le nouveau chancelier entré en fonction mardi a pris position pour le candidat écologiste, qui est soutenu par de nombreuses personnalités de gauche et du centre, même si l'entre deux tours n'a pas mobilisé de réel «front républicain» contre l'extrême droite.

Nobert Hofer a reçu de son côté un appui remarqué, celui de la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, elle-même donnée en tête pour la présidentielle française de 2017. Elle avait salué le «résultat magnifique» du premier tour.

Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault s'est montré pour sa part mercredi «inquiet» d'une possible victoire de l'extrême droite.

Comme le FN, le FPÖ s'est attelé, sous l'impulsion de Heinz-Christian Strache, à polir l'image du parti en abandonnant ses positions antisémites et en bannissant les expressions ouvertement xénophobes.

Une stratégie manifeste durant la campagne présidentielle où Nobert Hofer, partiellement handicapé à la suite d'un accident de parapente, a offert un discours lisse, à même de rassurer l'électorat modéré.

Heinz-Christian Strache était pourtant arrivé à la tête de la formation, en 2005, sur une ligne plus radicale que son leader historique, Jörg Haider, qui avait fait entrer le FPÖ au gouvernement comme partenaire des conservateurs en 2000.

Pour les prochaines législatives, normalement prévues en 2018, le FPÖ, donné à plus de 30 % d'intention de vote, vise cette fois la chancellerie.

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