Turquie: un membre de la garde rapprochée d'Erdogan au poste de premier ministre

Binali Yildirim, 60 ans, ministre des Transports presque... (PHOTO ADEM ALTAN, AFP)

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Binali Yildirim, 60 ans, ministre des Transports presque sans discontinuer depuis 2002, ne s'est jamais écarté de la ligne tracée par Erdogan et aura pour principale mission de mener à bien le projet de présidentialisation du régime que le chef de l'État appelle de ses voeux.

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Gokan GUNES
Agence France-Presse
ISTANBUL

Le ministre turc des Transports Binali Yildirim, compagnon de route du président Recep Tayyip Erdogan, a été désigné jeudi pour succéder à Ahmet Davutoglu à la tête du parti au pouvoir et du gouvernement, promettant une « harmonie totale » avec l'homme fort du pays.

M. Yildirim, 60 ans, sera le seul candidat dimanche lors d'un congrès extraordinaire du Parti de la justice et du développement (AKP) et succédera ainsi au premier ministre, M. Davutoglu, qui a annoncé récemment son départ à la suite de divergences avec M. Erdogan.

Ministre des Transports presque sans discontinuer depuis 2002, Binali Yildirim a été le maître d'oeuvre des projets d'infrastructure pharaoniques impulsés par M. Erdogan. Son prochain chantier, selon les analystes, consistera à piloter la présidentialisation du régime que le chef de l'État appelle de ses voeux.

Dans son discours d'acceptation jeudi à Ankara, M. Yildirim s'est engagé à travailler « en harmonie totale » avec M. Erdogan, qu'il accompagne depuis l'élection de ce dernier à la mairie d'Istanbul en 1994.

M. Davutoglu devrait remettre sa démission dans la foulée de l'élection du nouveau chef de l'AKP dimanche. « Je veux donner dès le soir même, la nuit même son mandat au premier ministre pour qu'il puisse former son cabinet rapidement », a déclaré M. Erdogan jeudi soir sur la chaîne A Haber.

L'arrivée à la tête du gouvernement d'un homme lige permettra au président d'asseoir son autorité sur l'exécutif et de tourner la page Davutoglu, avec lequel des dissensions ont affleuré au début du mois, notamment sur la reprise des négociations avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Par contraste, M. Yildirim s'est symboliquement rendu jeudi dans la province de Diyarbakir (sud-est), épicentre du conflit kurde, où il s'est engagé à « débarrasser » la Turquie de « la calamité du terrorisme », embrassant la ligne dure fixée par M. Erdogan contre le PKK. « Nous ferons ce qu'il faut pour y parvenir », a-t-il promis.

« Travailler avec et pour le président »

L'éviction de M. Davutoglu a plongé dans l'expectative l'Europe, où cet ex-chef de la diplomatie, artisan côté turc de l'accord sur les migrants du 18 mars visant à réguler le flux de migrants vers l'UE, était perçu comme un interlocuteur fiable.

L'ouverture du premier Sommet humanitaire mondial lundi à Istanbul, auquel assistera notamment la chancelière allemande Angela Merkel, sera peut-être l'occasion d'un premier contact avec son successeur, novice en politique étrangère. Selon les observateurs, le président devrait garder la main sur ces dossiers.

M. Erdogan a récemment multiplié les coups de menton en direction de Bruxelles, plongeant dans l'incertitude un accord d'exemption de visa pour les citoyens turcs voulant se rendre dans l'espace Schengen, un élément central du pacte plus large sur les migrants.

M. Yildirim s'est rapidement imposé comme le candidat favori au sein de l'AKP, formation créée en 2001 par M. Erdogan, qui en tient toujours les rênes même si le chef de l'État est censé être au-dessus de tout parti au regard de la Constitution.

« Dimanche soir (après le congrès extraordinaire de l'AKP, ndlr), la fonction de premier ministre aura changé de sens », a estimé Fuat Keyman, directeur du groupe de réflexion Istanbul Policy Center. « Le président deviendra le chef de l'exécutif. Le premier ministre (...) travaillera avec et pour le président », a-t-il ajouté.

La perspective de voir M. Erdogan renforcer encore son pouvoir inquiète ses détracteurs, qui accusent de dérive autoritaire celui qui multiplie les poursuites contre les journalistes et réclame la levée de l'immunité des députés prokurdes, une réforme soumise au vote du Parlement vendredi.

Après le choc causé par l'annonce du retrait de M. Davutoglu, l'AKP a démenti les rumeurs de divisions dans ses rangs. « Il n'y a pas un millimètre d'écart entre les cadres de l'AKP et le président », a dit jeudi le porte-parole du parti Omer Celik.

M. Davutoglu, qui a été reçu par M. Erdogan jeudi après-midi, a téléphoné à son futur successeur pour le féliciter, a rapporté l'agence de presse progouvernementale Anatolie.

Les marchés, eux, redoutent de voir M. Erdogan étendre son emprise sur la gestion de l'économie, domaine dans lequel il fait preuve d'un interventionnisme croissant. Signe de cette inquiétude, la livre turque a perdu 5 % face au dollar au cours du dernier mois.

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