Turquie: le parti au pouvoir vers un congrès

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Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

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Gokan GUNES
Agence France-Presse
Istanbul

L'avenir du premier ministre turc Ahmet Davutoglu semblait suspendu à un congrès extraordinaire du parti AKP au pouvoir annoncé mercredi soir, en pleines dissensions avec le président Recep Tayyip Erdogan.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) va organiser dans les semaines qui viennent un congrès extraordinaire, ont rapporté les chaînes d'information NTV et CNN Türk. Les statuts de l'AKP prévoyant que le chef du gouvernement soit président du parti, il perdrait son poste de premier ministre s'il n'était pas reconduit à la tête de sa formation.

Une instabilité au sommet de l'État serait lourde de conséquences alors que la Turquie, partenaire clé de l'Europe pour affronter la crise migratoire, fait face à de nombreux défis : menace djihadiste, reprise du conflit kurde, guerre en Syrie.

Signe de l'inquiétude suscitée par la situation politique en Turquie, la livre turque perdait mercredi soir 3,7% de sa valeur face au dollar et s'échangeait à 2,95 contre un billet vert.

M. Davutoglu a été reçu mercredi soir par le président Recep Tayyip Erdogan pendant plus d'une heure et demie, une rencontre cruciale alors que des divergences sont apparues ces dernières semaines entre les deux hommes qui dirigent la Turquie depuis plus d'un an et demi.

Aucune déclaration officielle n'a été faite après cet entretien qui s'est déroulé au palais présidentiel à Ankara. Selon l'agence de presse progouvernementale Anatolie, M. Davutoglu doit s'exprimer jeudi après une réunion de la direction de l'AKP, et à l'issue de laquelle le congrès extraordinaire devrait être officiellement annoncé.

Selon le chroniqueur Abdülkadir Selvi, fin connaisseur des arcanes de l'AKP, M. Davutoglu ne devrait pas présenter sa candidature lors du congrès extraordinaire : «Le congrès devrait se réunir avant la fin du mois de ramadan (qui commence le 6 juin, ndlr). Quant au Premier ministre Ahmet Davutoglu, il ne présentera pas sa candidature», et perdrait donc son maroquin, a-t-il déclaré sur CNN Türk.

«Règne d'Erdogan»

Lorsqu'il a été élu président en août 2014 après trois mandats de Premier ministre, M. Erdogan a désigné comme successeur le studieux Ahmet Davutoglu, ancien chef de la diplomatie, faisant, pour beaucoup, le pari de la docilité.

Mais l'universitaire de formation s'est peu à peu taillé une place sur la scène politique turque, se muant en orateur enflammé et négociant ces dernières semaines un accord avec Bruxelles sur les migrants qui a conduit mercredi la Commission européenne à soutenir une exemption de visas historique pour les Turcs.

Les deux hommes se sont publiquement opposés, notamment au sujet du placement en détention provisoire de journalistes pendant leur procès, mesure à laquelle M. Davutoglu s'est dit défavorable.

La décision prise la semaine dernière par l'instance dirigeante de l'AKP de retirer à M. Davutoglu le pouvoir de nommer les responsables du parti à l'échelle locale avait été perçue comme une mesure visant à saper son autorité.

Depuis son élection à la tête de l'État, M. Erdogan ne cache pas son ambition de modifier la Constitution pour instaurer un régime présidentiel, un projet publiquement soutenu par M. Davutoglu, qui ne semble toutefois pas pressé de le mettre en oeuvre.

«Demain matin, la politique turque sera entrée dans une période où le système présidentiel aura de facto commencé», a déclaré à l'AFP Fuat Keyman, directeur du groupe de réflexion Istanbul Policy Center. «Celui qui deviendra le nouveau dirigeant de l'AKP et Premier ministre de la Turquie devra accepter la nouvelle nature du système», a-t-il ajouté, «l'ère où le président Erdogan règne sur la Turquie».

Les successeurs potentiels de M. Davutoglu sont nombreux et deux noms sont régulièrement cités par la presse: Binali Yildirim, vieux compagnon de route de M. Erdogan et actuel ministre des Transports, et Berat Albayrak, ministre de l'Energie et gendre du chef de l'État.

Et si M. Davutoglu dirige officiellement l'AKP, M. Erdogan, censé être au-dessus de tout parti en tant que chef de l'État, dispose de nombreux fidèles au sein de cette formation politique qu'il a fondée en 2001.

Proche de M. Erdogan, le chef du Parlement Ismail Kahraman a récemment souligné qu'«une voiture qui a deux chauffeurs ne peut avancer sans faire d'accident. Elle fera immanquablement un accident».

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