Le ministre espagnol de l'Industrie emporté par les Panama Papers

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Jose Manuel Soria

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Laurence BOUTREUX
Agence France-Presse
MADRID

Le ministre espagnol de l'Industrie est la dernière victime en date du scandale planétaire des Panama Papers, qui l'ont contraint à la démission vendredi, une nouvelle source d'embarras pour les conservateurs au pouvoir à moins de trois mois de probables législatives.

Le 6 avril, le premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson avait déjà dû démissionner, sous la pression de la rue outrée par les révélations sur ses placements dans des paradis fiscaux.

Vendredi matin, c'est le ministre espagnol de l'Industrie, de l'Énergie et du Tourisme, Jose Manuel Soria, 58 ans, qui annonçait son départ, et même son retrait de la vie politique, après avoir passé la semaine à nier catégoriquement tout lien avec des paradis fiscaux.

Depuis lundi, la presse publiait chaque jour de nouveaux documents laissant penser qu'«il avait caché ses liens avec des sociétés basées dans les paradis fiscaux des Bahamas et de Jersey», a résumé le quotidien en ligne El Confidencial, en pointe dans ces révélations.

«J'ai annoncé ma décision irrévocable de présenter ma démission», a finalement déclaré le ministre dans un communiqué aux rédactions, évoquant «le tort évident» causé par sa situation «au gouvernement et au Parti populaire» (PP, droite au pouvoir).

«À partir d'aujourd'hui, j'abandonne toute activité politique», a ajouté M. Soria, également député et président du PP dans l'archipel des Canaries.

Le dirigeant socialiste Pedro Sanchez - qui réclamait cette démission - a aussitôt demandé que M. Rajoy «comparaisse» devant les députés pour expliquer l'«affaire Soria», tout comme le chef du parti de centre droit Ciudadanos, Albert Rivera, qui a vertement reproché à M. Soria d'avoir «menti aux Espagnols».

En début de semaine, deux médias avaient assuré que M. Soria avait été administrateur pendant deux mois, en 1992, d'une société offshore des Bahamas, sur la foi de documents issus du cabinet panaméen Mossack Fonseca.

Le ministre, issu d'une famille d'horticulteurs installés aux Canaries ayant fait fortune dans la logistique portuaire, avait nié catégoriquement, même si certaines pièces portaient sa signature et celle de son frère.

Vendredi, de nombreux journaux, y compris de droite, l'accusaient d'avoir été administrateur d'une nouvelle société offshore basée sur l'île britannique de Jersey jusqu'en 2002, alors qu'il était maire de Las Palmas (Canaries) depuis sept ans.

Le quotidien El Mundo (centre droit) avait estimé qu'il ne pouvait rester «un jour de plus au gouvernement».

M. Soria n'a reconnu qu'un «manque d'information précise sur les faits qui ont eu lieu il y a plus de 20 ans». Mais il a souligné avoir causé un tort «particulièrement grave» à son camp «dans les circonstances politiques actuelles».

Le PP sans majorité

Devant la presse à l'issue du Conseil des ministres, la vice-présidente du gouvernement Soraya Saénz de Santamaría, a défendu son bilan en tant que ministre, déjà la bête noire des écologistes pour sa politique en matière d'énergies renouvelables.

Elle a refusé d'évoquer l'affaire sur le fond, refusant de «porter atteinte à la présomption d'innocence», alors qu'il n'est pas mis en cause pénalement.

Le ministre du Budget Cristobal Montoro, évoquant des «suppositions», a néanmoins clairement estimé que «personne ne peut être au gouvernement» s'il a opéré dans des paradis fiscaux.

Le retrait de M. Soria est la deuxième démission d'un ministre du gouvernement Rajoy sur fond de scandale. Fin 2014, la ministre de la Santé Ana Mato avait quitté ses fonctions, soupçonnée d'avoir profité de fonds issus de malversations attribuées à son ex-mari.

Le PP s'est trouvé submergé par les affaires de corruption et notamment le scandale financier impliquant l'ancien directeur du FMI, Rodrigo Rato.

Ayant perdu sa majorité absolue à l'issue des législatives du 20 décembre, il est depuis incapable d'obtenir l'investiture de son candidat à la présidence, M. Rajoy, faute d'alliés.

Le Congrès (chambre basse) est en effet morcelé, pour la première fois, entre quatre forces dont deux ont prospéré en dénonçant la corruption: Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos.

Les partis ont jusqu'au 2 mai pour se mettre d'accord et investir un candidat à la formation d'un gouvernement, faute de quoi de nouvelles législatives seront organisées le 26 juin.

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