Vatileaks: Mgr Balda admet avoir livré des mots de passe

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Ce nouveau scandale est le second après celui survenu en 2012 dans l'entourage de Benoît XVI, surnommé déjà Vatileaks.

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Jean-Louis DE LA VAISSIERE
Agence France-Presse
Cité du Vatican

Le prélat espagnol Lucio Angel Vallejo Balda, interrogé lundi à la reprise du procès Vatileaks, a admis avoir livré à des journalistes des mots de passe de documents confidentiels, mais décrit une atmosphère de pressions et de chantage qui l'auraient fait craquer.

«Oui, j'ai transmis des documents. J'ai livré au journaliste Gianluigi Nuzzi une liste de cinq pages avec 87 mots de passe», a-t-il déclaré aux juges qui l'interrogeaient.

Il a ajouté qu'il n'avait plus «toute sa lucidité» quand il les avait transmis, et qu'il était en plein stress dépressif, suivi par un psychiatre. Il a démenti avait livré des dossiers sur papier aux journalistes.

Le procès sur la fuite de documents confidentiels provenant d'une commission sur les réformes économiques et financières du Vatican, la COSEA, instituée par le pape François, avait commencé à l'automne. Il avait été interrompu pendant plus de trois mois, le temps de collecter et d'examiner des fichiers informatiques à la demande de plusieurs des cinq accusés.

Lundi, a commencé de l'interrogatoire de l'accusé central, Mgr Vallejo Balda, prélat espagnol proche de l'Opus dei, en prison au Vatican. Très souriant à son arrivée, il semblait abattu à la fin, ayant dû admettre sa part de responsabilité dans le scandale.

Autre personnage clé et énigmatique de l'affaire, la consultante italienne en communication, Francesca Chaouqui, que Mgr Vallejo Balda accuse de l'avoir fait chanter, était présente, de même qu'un autre prévenu italien, Nicola Maio, et le journaliste Emiliano Fittipaldi, auteur du livre «Avarizia» sur les dysfonctionnements du Vatican.

L'autre journaliste italien accusé, Gianluigi Nuzzi, auteur de l'autre livre à succès sur les mêmes scandales, Chemin de croix, était absent.

Le piratage informatique et le chantage sont au coeur de ce procès à la forte dimension psychologique, qui a la tâche difficile de faire la lumière sur de nombreux mystères, dont un cambriolage inexpliqué de dossiers secrets en 2014.

Les serrures des bureaux de la commission étaient devenus si peu sûres que certains dossiers ont été entreposés dans une petite pièce de la résidence Sainte-Marthe, où habite le pape François.

Dans l'atmosphère étouffante du petit tribunal vieillot aux parois de bois ciré, Mme Chaouqui, enceinte de six mois, et assise sur un oreiller blanc, semblait très nerveuse, au bord du malaise, demandant que l'on ouvre une fenêtre, s'entretenant avec M. Fittipaldi et se levant pour consulter son avocate.

Chantage affectif

«J'avais la certitude que derrière Mme Chaouqui se trouvaient des intérêts illégitimes», a accusé Mgr Vallejo Balda, insistant sur les messages de plus en plus agressifs de la consultante, qui menaçait de révéler sa vie privée, et voulait exercer sur lui une pression pour qu'elle continue à travailler au Vatican.

Mgr Vallejo Balda s'est dit «terrorisé» par le «monde dangereux» qu'il ressentait derrière cette femme dont il affirme qu'elle était «numéro deux» des services secrets italiens et qui avait embauché pour lui un chauffeur qui l'espionnait durant ses voyages en Calabre.

Mgr Balda a raconté qu'elle lui avait présenté Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi. Il a accusé plus particuliérement M. Nuzzi de faire partie de ce «monde dangereux». Selon lui, M. Nuzzi avait pu se procurer des versions anciennes des fichiers dont il avait livré ensuite les mots de passe aux journalistes.

L'ancien secrétaire de la Préfecture pour les affaires économiques du Saint-Siège n'a pas démenti avoir cédé aux faveurs de Francesca Chaouqui un soir de décembre 2014, lors d'un séjour à Florence, reconnaissant s'être trouvé dans une «situation compromettante».

Le procès, qui durera au delà de Pâques, révèle un petit monde traversé de fantasmes et d'intérêts divergents. Le rôle du mari de Mme Chaouqui, expert en informatique, qui avait équipé de mots de passe des ordinateurs du Vatican, semble clé.

Tous les cinq prévenus risquent entre quatre et huit ans de prison.

Ce nouveau scandale est le second après celui survenu en 2012 dans l'entourage de Benoît XVI, surnommé déjà Vatileaks. Déjà le journaliste Nuzzi avait publié dans le livre Sa Sainteté les documents issues de ces fuites.

Le procès affecte indirectement le pape François, engagé dans une réforme difficile de la Curie et qui a souligné sa volonté de continuer la lutte contre la corruption. Il a exprimé son désir que la page soit tournée au plus vite.

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