Affaire Jimmy Savile: des responsables de la BBC étaient au courant

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L'ex-animateur de la BBC Jimmy Savile, décédé en 2011 à l'âge de 84 ans, a agressé 72 personnes dans le cadre de son travail, en toute impunité.

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Jessica BERTHEREAU
Agence France-Presse
LONDRES

La culture de la peur et de la déférence envers les célébrités à la BBC a favorisé les agissements pédophiles de son ancienne vedette Jimmy Savile, mort en 2011, selon une enquête interne publiée jeudi, qui absout toutefois la direction d'une responsabilité directe.

«Ma conclusion est que certains responsables juniors et de rang intermédiaire étaient au courant de la conduite sexuelle inappropriée de Savile dans le cadre de son travail pour la BBC» pendant des dizaines d'années, écrit Janet Smith, l'auteure de ce rapport de près de 800 pages.

«Cependant, je n'ai trouvé aucune preuve que la BBC, en tant que personne morale, était au courant» des agissements de l'animateur, qui a agressé 72 personnes dans le cadre de son travail à la BBC, a ajouté cette ancienne magistrate de la Cour d'appel, à qui cette enquête fut confiée en octobre 2012.

En cause: une culture de la peur et de la déférence envers les célébrités du groupe audiovisuel qui persiste encore aujourd'hui, une réticence du personnel à se plaindre ou à parler de leurs préoccupations par crainte de perdre leur travail ou encore le fait que les responsables les plus hauts placés n'encourageaient pas le dialogue.

Janet Smith prend ainsi l'exemple du révérend Colin Semper, responsable des contenus religieux de la BBC pendant de longues années, qui a eu des soupçons sur la conduite de Savile envers les jeunes filles sans aller jusqu'à les exprimer.

«Il y avait une culture hiérarchique au sein de la BBC qui favorisait l'idée que ce n'était pas à lui de soulever le problème de la conduite de Savile, mais que c'était de la responsabilité de quelqu'un de plus haut placé. Après tout, tout le monde semblait connaître les rumeurs», rapporte l'ancienne magistrate.

Le directeur général de la BBC, Lord Hall, a accueilli le rapport en exprimant ses regrets.

«Ce terrible épisode nous apprend que la célébrité est un pouvoir (...). Et comme tout pouvoir, il doit être mis face à ses responsabilités, il doit être remis en cause et il doit être surveillé, ce qui n'a pas été le cas», a-t-il dit, en présentant ses excuses aux victimes.

«[Jimmy Savile était] le pire prédateur sexuel de l'histoire du pays.»

Scotland Yard
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Janet Smith      

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«Obsédé par le sexe»

Au cours de son enquête, Janet Smith a dénombré 72 victimes de Savile dans le cadre de son travail à la BBC, dont huit ont été violées, une a subi une tentative de viol et 47 ont été victimes d'attouchements sexuels.

«Sur les 72 victimes, 57 sont des femmes et 15 sont des hommes», précise le rapport, indiquant que 34 d'entre elles avaient moins de 16 ans au moment des faits. La plus jeune victime n'était âgée que de 8 ans.

«Savile agissait dès que l'occasion se présentait et j'ai entendu parler d'incidents qui ont eu lieu dans pratiquement chacun des locaux de la BBC où il a travaillé», raconte Janet Smith.

«Savile avait un appétit sexuel vorace. Il était obsédé par le sexe. Il en parlait souvent, se vantant de ses nombreuses rencontres», poursuit l'auteur du rapport à propos de celui que Scotland Yard a décrit comme «le pire prédateur sexuel de l'histoire du pays».

L'ex-vedette des années 1970-80 au style excentrique, qui présentait une émission pour enfants et était engagé dans de nombreuses oeuvres caritatives, n'a pas sévi que dans des locaux de la BBC, mais aussi dans des écoles, dans des hôpitaux, dont des établissements psychiatriques, et dans un centre de fin de vie.

Selon un rapport d'enquête publié il y a trois ans par la police, Jimmy Savile avait profité de son statut de célébrité pour commettre 214 «actes criminels», dont 34 viols, entre 1955 et 2009.

Sa popularité et son engagement caritatif lui avaient valu d'être anobli par la reine et ce n'est qu'un an après sa mort qu'une enquête journalistique a dévoilé les agressions qu'il a commises. Ces révélations avaient provoqué un énorme scandale au Royaume-Uni, contraignant le directeur général de la BBC George Entwistle à démissionner fin 2012.

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