Test de médicament fatal en France: trois «manquements majeurs» de Biotrial

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Malgré l'hospitalisation d'un volontaire, Biotrial a poursuivi ses essais, sans même informer les autres volontaires de la situation.

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L'entreprise française Biotrial a commis trois «manquements majeurs» dans la gestion de l'essai clinique qui a entraîné la mort d'un volontaire et l'hospitalisation de cinq autres, le mois dernier. Le mystère continue cependant de planer sur les causes exactes du drame. C'est ce qu'indique un rapport d'étape publié hier par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), en France. Voici la séquence des évènements telle qu'elle apparaît à la lumière des documents publiés.

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La ministre française des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine, a indiqué hier que l'état des cinq hommes qui ont été hospitalisés s'améliorait et qu'ils étaient tous rentrés chez eux.

photo kenzo tribouillard, agence france-presse

MERCREDI 6 JANVIER 2016

Début du test au cours duquel des hommes en bonne santé doivent consommer chaque jour, pendant 10 jours, des doses de 50 mg de BIA 10-2474, molécule expérimentale étudiée pour son potentiel de traitement d'un large spectre de problèmes, notamment les troubles d'anxiété et la douleur chronique. C'est la première fois que des volontaires consommeront de telles doses du produit sur une aussi longue période. Les essais se déroulent à Rennes, en France, sous la responsabilité de la société française Biotrial. La molécule est fabriquée par l'entreprise portugaise BIAL. Durant la période de tests, six hommes reçoivent la molécule active et deux autres, un placebo.

DIMANCHE 10 JANVIER

Dans la soirée, l'un des six volontaires qui consomment le produit actif se sent mal et est hospitalisé.

LUNDI 11 JANVIER, 8 H

Biotrial poursuit l'essai malgré l'hospitalisation du volontaire. Elle administre une sixième dose de 50 mg aux cinq volontaires restants. Selon le rapport de l'IGAS publié hier, Biotrial commet alors «deux manquements graves».

D'abord, elle poursuit l'étude sans s'informer de l'état du patient hospitalisé. Ensuite, elle n'informe pas les volontaires qui restent de l'état de leur collègue malade, contrevenant ainsi à son engagement de leur fournir toute information «susceptible d'affecter leur volonté de poursuivre l'étude».

Dans un communiqué publié hier, Biotrial a plaidé que les nouvelles du patient hospitalisé étaient «rassurantes» dans la nuit du 10 au 11 janvier et que «rien ne justifiait la suspension de l'essai» à ce moment.

LUNDI 11 JANVIER, 10 H

À l'hôpital de Rennes, le patient hospitalisé fait un accident vasculaire cérébral et tombe dans le coma. De concert avec Bial, Biotrial prend la décision d'interrompre l'étude. Le patient sera plus tard déclaré cérébralement mort.

DU MERCREDI 13 JANVIER AU VENDREDI 15 JANVIER

Les cinq autres volontaires qui ont consommé le produit sont hospitalisés à leur tour. Quatre d'entre eux souffrent de troubles neurologiques ; le dernier ne ressent pas de symptômes, mais il est suivi de près.

Hier, la ministre française des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine, a précisé que l'état des cinq hommes «continu[ait] de s'améliorer» et qu'ils étaient tous rentrés chez eux. «À ce stade, les médecins estiment prématuré de se prononcer quant à leur guérison définitive», a-t-elle dit.

JEUDI 14 JANVIER

Trois jours après l'interruption de l'étude et près de quatre jours après l'hospitalisation du premier patient, Biotrial avise les autorités françaises des problèmes survenus.

C'est trop tard aux yeux de l'IGAS, qui y voit un troisième «manquement grave». Dans le rapport d'étape publié hier, l'organisme plaide qu'il existait alors «un enjeu de sécurité global» pour tous les volontaires ayant participé au test qui venait de prendre fin, pour ceux qui avaient testé d'autres dosages dans d'autres volets de la même étude et pour d'éventuels volontaires qui auraient pu participer à des études sur des produits similaires.

Dans son communiqué publié hier, Biotrial n'a pas abordé la question de ce retard.

MARDI 2 FÉVRIER

La firme spécialisée dans l'information pharmaceutique Scrip Intelligence publie un rapport dans lequel elle presse l'entreprise portugaise BIAL de divulguer toutes les données relatives au médicament expérimental qui a causé des problèmes en France. La société plaide que les scientifiques doivent avoir accès à toutes les données disponibles afin d'éclaircir les circonstances du drame. Selon Scrip Intelligence, BIAL s'oppose à cette divulgation pour des raisons d'ordre commercial. D'autres groupes, dont la British Pharmaceutical Society, font écho à ces demandes. Hier, l'IGAS a aussi invité BIAL à répondre à une longue liste de questions. L'entreprise portugaise n'a pas répondu aux messages de La Presse.

JEUDI 4 FÉVRIER

L'IGAS publie son rapport d'enquête préliminaire. Malgré les trois «manquements majeurs» relevés après l'hospitalisation du premier volontaire, l'organisme affirme que le protocole suivi par Biotrial pendant l'étude a été conforme à la réglementation. L'enquête, pour l'instant, ne permet pas de cerner les causes du drame.

Biotrial réagit en publiant un communiqué.

«Les supposés manquements identifiés dans le prérapport de l'IGAS ne sont en rien la cause de l'apparition des effets indésirables graves [...]», écrit notamment l'entreprise. Selon Biotrial, le rapport de l'IGAS montre que ce décès «ne lui est pas imputable».

Les trois «manquements majeurs» relevés par l'IGAS

N'avoir pas cherché à connaître l'état du volontaire hospitalisé avant de poursuivre les tests sur les autres volontaires.

Ne pas avoir fourni assez d'information sur l'hospitalisation d'un volontaire aux autres participants de l'étude afin qu'ils puissent décider de façon «éclairée» de poursuivre ou non les tests.

Ne pas avoir avisé «sans délai» les autorités des problèmes survenus.

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