Crainte d'une vague xénophobe après les violences de Cologne

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Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés lundi soir à Leipzig pour protester contre l'arrivée de réfugiés, à l'appel de la branche locale du mouvement islamophobe PEGIDA.

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Frank ZELLER, Richard HEISTER
Agence France-Presse
COLOGNE et DÜSSELDORF

Des craintes de représailles xénophobes se font jour en Allemagne après une série d'agressions durant la nuit du Nouvel An à Cologne, la quasi-totalité des suspects des violences étant d'origine étrangère, selon les autorités allemandes.

Avec plus de 500 plaintes, dont 40% pour agressions sexuelles, déposées depuis le 1er janvier, ces événements ont placé la chancelière Angela Merkel et sa politique d'ouverture aux réfugiés dans une position très inconfortable. La chancelière doit donner une conférence de presse mardi à la mi-journée, à l'occasion de la visite du Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal.

Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de l'État régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a déclaré que les agressions de Cologne avaient été commises «presque exclusivement» par des personnes «d'origine immigrée», notamment du Maghreb et d'autres pays arabes.

«Il y a aussi parmi les suspects des réfugiés venus chez nous l'année dernière», a-t-il dit. L'Allemagne a enregistré 1,1 million de demandeurs d'asile en 2015.

14 des 19 suspects identifiés sont originaires du Maroc et d'Algérie, a-t-il ajouté.

Au total, près d'un millier d'hommes se sont rassemblés la nuit de la Saint-Sylvestre devant la gare de Cologne, a expliqué M. Jäger. Des heurts y ont éclaté et des agressions sexuelles y ont été commises avant l'évacuation de la place, ce qui n'a pas empêché de nouvelles violences.

Le ministre s'est inquiété du «danger» de «stigmatiser» les étrangers à la lumière de ces événements: «C'est ce que font les charognards de l'extrême droite».

Une inquiétude d'autant plus forte que des agressions racistes ont visé des Pakistanais, des Africains et des Syriens dans la nuit de dimanche à lundi. Ces «ratonnades» semblent avoir été organisées sur les réseaux sociaux, selon la police de Cologne. La presse locale parle d'une expédition punitive.

«Je vois ces développements, ce qui se passe avec la haine d'extrême droite, avec grande inquiétude», a commenté M. Jäger.

Il a jugé «inacceptables» les manquements de la police, mais a démenti toute volonté de «dissimuler» les faits, évoquant des erreurs de communication et promettant «plus de présence policière, plus de vidéosurveillance».

En Suède, la police a elle admis lundi avoir gardé pour elle des informations sur des dizaines d'agressions sexuelles attribuées à des étrangers lors des éditions 2014 et 2015 de We Are Sthlm, festival qui se déroule à Stockholm en août et se présente comme le plus grand d'Europe pour les adolescents.

Les Allemands inquiets 

Si les déclarations de M. Jäger tranchent avec la communication jusqu'alors confuse des autorités sur le Nouvel An, des zones d'ombre demeurent: comment les agressions ont-elles pu prendre cette ampleur sans que la police n'intervienne? Étaient-elles planifiées?

Même si rien n'établit à ce jour la culpabilité de réfugiés dans les événements de Cologne, ces derniers ont instillé un peu plus le doute dans l'opinion sur la capacité du pays à intégrer le million de demandeurs d'asile venus en 2015 de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan et d'Afrique du Nord.

Quelque 57% des Allemands redoutent une hausse de la criminalité, selon un sondage de la chaîne RTL.

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés lundi soir à Leipzig pour protester contre l'arrivée de réfugiés, à l'appel de la branche locale du mouvement islamophobe PEGIDA, après un rassemblement à Cologne ce week-end marqué par des heurts avec la police.

«Expulser!», «Résister!», «Merkel doit partir», scandaient des militants, séparés de contre-manifestants par un impressionnant dispositif policier.

Les forces de l'ordre sont intervenues dans un quartier réputé de gauche pour disperser des militants d'extrême-droite qui jetaient des pierres contre des vitrines de magasins, selon la police.

Dans ce contexte et à moins de deux ans des prochaines législatives, la chancelière a dû infléchir ce week-end sa politique d'ouverture aux migrants en annonçant une procédure facilitée d'expulsion des demandeurs d'asile enfreignant la loi.

Plusieurs responsables veulent aussi imposer leur lieu de résidence aux réfugiés, afin d'éviter une concentration dans les grandes villes.

Face à cette situation, le pape François a appelé lundi les Européens à ne pas «céder à la peur», tout en évoquant le «devoir (des migrants) de respecter les valeurs (...) et les lois de la communauté qui les héberge».

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