France: un enseignant invente une agression par un partisan de l'EI

L'agression s'est déroulée tôt le matin dans l'école... (PHOTO CHARLES PLATIAU, REUTERS)

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L'agression s'est déroulée tôt le matin dans l'école maternelle Jean-Perrin à Aubervilliers, une ville populaire de banlieue au nord-est de Paris, alors que les enfants -âgés de 3 à 6 ans- n'étaient pas encore arrivés.

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Ève SZEFTEL, Pauline TALAGRAND
Agence France-Presse
PARIS

L'instituteur avait tout inventé : un enseignant d'une école maternelle de la région parisienne, qui affirmait avoir été agressé lundi dans sa classe par un homme cagoulé se réclamant du groupe État islamique (EI) a avoué quelques heures plus tard avoir affabulé.

Un mois après les attentats de Paris, les plus graves jamais commis en France, le récit de sa prétendue agression a relancé la psychose au nouvel attentat djihadiste, avec imposant déploiement policier et gros titres «en direct» dans les médias.

La section antiterroriste du parquet de Paris s'était aussitôt saisie de l'enquête ouverte pour tentative d'assassinat sur un enseignant en relation avec une entreprise terroriste, selon des sources judiciaires. L'enquête a été confiée à la section antiterroriste de la Brigade criminelle de la police judiciaire de Paris.

Dans l'après-midi, après quelques heures d'interrogatoires par les enquêteurs, l'instituteur de 45 ans, hospitalisé pour des blessures superficielles au cou et à la gorge, a finalement reconnu avoir tout inventé et avoué s'être blessé tout seul, a précisé le parquet de Paris.

L'homme avait assuré avoir été poignardé vers 6 h 10 GMT (1 h 10, heure de Montréal), alors qu'il préparait sa classe dans l'école maternelle Jean-Perrin, dans la ville populaire d'Aubervilliers, en banlieue nord-est de Paris.

Selon lui, un agresseur, en tenue de peintre, ganté et cagoulé, chaussures militaires de type rangers aux pieds, était arrivé sans armes et s'était saisi d'un couteau qui se trouvait dans la salle de classe.

L'enseignant avait affirmé que l'homme avait lancé : «C'est DAECH (acronyme arabe de l'EI, ndlr), c'est un avertissement». Toujours selon ses déclarations, l'agresseur avait pu prendre la fuite.

«Apprécié et connu de tous»

La ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem s'était rendue rapidement sur place, dénonçant un «acte d'une grande gravité».

Les enfants seront accueillis mardi par un remplaçant et un soutien psychologique sera assuré auprès de l'équipe de l'école et des élèves, a affirmé la ministre dans un communiqué publié après les révélations du parquet.

La sécurité des établissements scolaires «demeure une préoccupation» du ministère, a-t-elle ajouté, précisant que de «nouvelles mesures de renforcement de la sécurité seront présentées en fin de semaine, en lien avec le ministère de l'Intérieur».

L'EI a revendiqué les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, les plus sanglants jamais commis en France avec 130 morts et des centaines de blessés.

Il a visé directement dans l'une de ses revues de propagande fin novembre les fonctionnaires de l'Éducation nationale, accusés d'être «en guerre ouverte contre la famille musulmane».

Les motivations de l'instituteur, qui enseigne depuis 20 ans dans cet établissement en zone difficile, ne sont pas encore connues. Il est «apprécié» et «connu de tous les parents», a déclaré le maire (communiste) Pascal Beaudet tandis qu'une mère de famille, Nadia Perez, a indiqué que l'instituteur «est très impliqué dans la vie de l'école».

L'annonce de la prétendue agression a suscité de vives inquiétudes dans le corps enseignant, selon des sources syndicales.

Depuis lundi matin, «nous recevons beaucoup d'appels de collègues du département, très inquiets. Les collègues ne pensent pas forcément qu'il y aura un attentat organisé, mais ils craignent que ce message de folie meurtrière suscite des passages à l'acte de la part de personnes déséquilibrées», a commenté Rachel Schneider, responsable local du SNUipp, premier syndicat des enseignants dans le primaire.

Depuis la mi-novembre, la sécurité des écoles a été renforcée, avec notamment une interdiction de s'attrouper et, pour la région parisienne, de se garer devant un établissement scolaire, un renforcement des patrouilles aux abords des établissements et une remise à jour des plans particuliers de mise en sécurité et d'évacuation de chaque école.

En mars 2012, le tueur au scooter Mohamed Merah, après avoir tué au nom du djihad trois militaires, dont deux musulmans, avait attaqué une école juive à Toulouse (sud-ouest), assassinant trois enfants et un enseignant.

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