Moscou accuse Erdogan d'acheter le pétrole de l'EI

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une... (PHOTO EVAN VUCCI, ARCHIVES AP)

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une rencontre bilatérale avec son homologue américain Barack Obama, en marge de la COP21, à Paris, le 1er décembre.

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Maxime POPOV, Colin BERTIER
Agence France-Presse
MOSCOU, NICOSIE

La Russie est passée mercredi aux attaques personnelles dans la crise qui l'oppose à la Turquie, en accusant directement le président Recep Tayyip Erdogan et sa famille de profiter de la contrebande de pétrole à laquelle se livre l'organisation État islamique (EI) en Syrie.

Ces nouvelles accusations interviennent plus d'une semaine après la destruction par l'aviation turque d'un bombardier russe près de la frontière syrienne, un acte qui a provoqué une crise aiguë dans les relations entre les deux pays, autrefois partenaires privilégiés. La diplomatie russe a toutefois esquissé un premier signe de détente en acceptant mercredi l'idée d'une rencontre avec les Turcs dans les prochains jours à Belgrade.

«Le principal consommateur de ce pétrole volé à ses propriétaires légitimes, la Syrie et l'Irak, s'avère être la Turquie», a accusé mercredi devant 300 journalistes le vice-ministre russe de la Défense, Anatoli Antonov.

«La classe dirigeante politique, dont le président Erdogan et sa famille, est impliquée dans ce commerce illégal», a poursuivi le responsable russe, ajoutant que «le cynisme du gouvernement turc est sans limites».

«Vous ne vous posez pas de questions sur le fait que le fils du président turc s'avère être le dirigeant d'une des principales compagnies énergétiques et que son beau-fils a été nommé ministre de l'Énergie? Quelle merveilleuse entreprise familiale!», a-t-il commenté en référence au gendre de M. Erdogan, Berat Albayrak, 37 ans, et à son fils, Bilal Erdogan, qui possède le groupe BMZ, spécialisé dans les travaux publics et le transport maritime.

«Calomnies», s'insurge Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde la Russie contre les «calomnies», après les accusations de Moscou.

«Personne n'a le droit de propager des calomnies sur les achats de pétrole par la Turquie à DAECH (acronyme arabe de l'EI)», a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Doha (Qatar) retransmis à la télévision turque.

«Si ces accusations continuent, nous prendrons nous-mêmes des mesures», a-t-il menacé, sans autre précision.

Sans réagir directement aux nouvelles accusations du vice-ministre russe de la Défense, M. Erdogan a répété qu'il démissionnerait immédiatement si elles étaient prouvées.

«Je ne resterais pas dans mon siège de président ne serait-ce qu'une seule minute si la Russie prouvait ses allégations. Mais ceux qui propagent ces calomnies ne devraient pas non plus garder leurs sièges», a-t-il lancé.

«La Turquie n'a pas perdu ses valeurs morales au point d'acheter du pétrole à une organisation terroriste», a insisté le chef de l'État turc.

Rencontre prévue

Vladimir Poutine avait déjà accusé Ankara lundi de «protéger» les combattants de l'EI et de couvrir ce trafic qui représente l'une des principales sources de financement du groupe djihadiste.

Allant encore plus loin, M. Poutine avait estimé que la décision de l'aviation turque d'abattre un avion Su-24 russe avait été dictée par «la volonté de protéger ces chemins d'acheminement de pétrole vers le territoire turc».

Il avait assuré que l'or noir de l'EI était «acheminé massivement, de manière industrielle, vers la Turquie», générant des «millions et des milliards de dollars» de profit. Ces accusations ont été balayées par M. Erdogan, qui a mis au défi Moscou de prouver ses allégations.

Excuses exigées

Cette guerre des mots avait semblé se calmer mercredi lorsque le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a annoncé une rencontre avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu, premier entretien entre hauts responsables des deux pays depuis le début de la crise.

«Nous n'allons pas nous dérober et nous écouterons ce que Mevlüt Cavusoglu a à dire. Peut-être qu'il y aura quelque chose de nouveau qui n'a pas déjà été dit publiquement», a déclaré M. Lavrov lors d'une conférence de presse à Nicosie.

Cette rencontre devrait se tenir en marge du conseil des ministres de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), qui se déroulera à Belgrade les 3 et 4 décembre.

Jusqu'à présent, les hauts responsables russes ont refusé tout contact avec leurs homologues turcs. Vladimir Poutine, après avoir refusé de prendre les appels du président turc, l'avait soigneusement évité lors de la COP21 à Paris.

Les autorités russes exigent sans succès des excuses officielles d'Ankara. M. Erdogan a réaffirmé mercredi que la Turquie adoptera une «approche mesurée» face aux réactions «émotionnelles» de Moscou.

La Russie a décrété en représailles à la destruction de son avion une série de sanctions économiques passant notamment par un embargo sur des produits alimentaires venant de Turquie, des restrictions dans le secteur touristique et le rétablissement des visas pour les Turcs. Les mesures de rétorsion contre les Turcs vivant et travaillant en Russie se sont également multipliées.

Loin de l'activité diplomatique, le lieutenant-colonel Oleg Pechkov, le pilote du Su-24 abattu, a été enterré mercredi en présence de près de 10 000 personnes à Lipetsk, dans l'ouest de la Russie.

Le militaire de 45 ans avait été tué alors qu'il retombait en parachute après s'être éjecté. Son navigateur, le capitaine Konstantin Mourakhtine, avait lui été secouru à l'issue d'une opération spéciale dont une première tentative avortée avait coûté la vie à un soldat d'infanterie de marine russe.

Il s'agit des premières pertes de l'armée russe sur le sol syrien depuis le début de son intervention le 30 septembre.

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