L'UE approuve l'étiquetage des produits des colonies israéliennes

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La Commission a «adopté ce matin la notice interprétative sur l'indication d'origine des marchandises en provenance des Territoires occupés par Israël depuis juin 1967», a précisé la source.

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Philippe AGRET
Agence France-Presse
BRUXELLES

L'UE a approuvé mercredi la mise en oeuvre de l'étiquetage des produits originaires des colonies israéliennes dans les Territoires occupés, une mesure aussitôt dénoncée par Israël qui a invoqué le spectre de l'antisémitisme nazi et suspendu son dialogue diplomatique avec l'Union.

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Aujourd'hui, les produits des colonies israéliennes - toutes illégales au regard du droit international - sont étiquetés comme fabriqués en Israël.

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La décision controversée, attendue depuis des mois, mais reportée à plusieurs reprises, a été approuvée lors d'une réunion du collège des commissaires européens à Bruxelles, selon une source officielle.

La Commission a «adopté ce matin la notice interprétative sur l'indication d'origine des marchandises en provenance des Territoires occupés par Israël depuis juin 1967», à savoir la Cisjordanie et le plateau du Golan, a précisé la source.

Tandis que les Palestiniens saluaient un «pas dans la bonne direction», quoiqu'«insuffisant», Israël a vivement réagi, décidant de «suspendre son dialogue diplomatique avec l'UE au sein de plusieurs forums» prévus ces prochaines semaines.

Le premier ministre Benyamin Nétanyahou a de nouveau évoqué le spectre du nazisme et de l'antisémitisme, estimant que «l'étiquetage des produits de l'État juif par l'Union européenne réveille de sombres souvenirs». «L'Europe devrait avoir honte», a déclaré M. Nétanyahou dans une vidéo diffusée par ses services.

«Discrimination»

«Alors qu'il y a des centaines de conflits territoriaux à travers le monde, (l'UE) a décidé de s'en prendre seulement à Israël, alors qu'Israël combat le dos au mur contre une vague de terrorisme», a regretté le premier ministre, actuellement en visite chez son allié américain.

Selon le gouvernement israélien, cette «mesure discriminatoire» prise pour des «raisons politiques» va compliquer encore le processus de paix avec les Palestiniens, au point mort depuis le printemps 2014.

«Depuis l'entrée en fonction de la nouvelle équipe à la tête de l'UE (il y a un an), nous avons clairement dit en Israël que nous nous félicitions des contributions de l'UE au processus de paix. Ce qui arrive pourrait nous forcer à reconsidérer» cette position, a prévenu dès mardi le chef de la mission israélienne auprès de l'UE à Bruxelles, David Walzer.

L'UE cherche à relancer le processus de paix israélo-palestinien par l'intermédiaire du Quartette pour le Proche-Orient (qui regroupe l'Union, les États-Unis, l'ONU et la Russie).

«La position de l'UE sur les colonies est très claire. Elles sont illégales au regard du droit international. (L'étiquetage) n'y change rien. Je ne pense pas qu'il affectera notre rôle à l'avenir» dans les négociations de paix, a commenté une source de la Commission.

Face à la colère du gouvernement israélien, l'UE s'est efforcée de minimiser la portée de son geste.

«Mesure technique»

«C'est une question technique, pas une prise de position politique», a insisté mercredi le vice-président de l'exécutif européen Valdis Dombrovskis lors d'un point presse, rappelant que l'UE ne soutenait «aucune forme de boycott ou de sanctions contre Israël».

Débattue depuis 2012, cette décision qui s'impose aux 28 États membres vise à informer et protéger les consommateurs européens de l'origine des produits qu'ils consomment, conformément à la législation commerciale de l'UE, selon la Commission.

Elle porte désormais l'obligation à l'industrie alimentaire et à la distribution de mentionner spécifiquement sur les étiquettes que les marchandises viennent des colonies, qui pour l'UE comme pour la communauté internationale ne font pas partie du territoire d'Israël.

Or aujourd'hui, les produits des implantations israéliennes en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur le Golan sont étiquetés comme fabriqués en Israël.

Les marchandises concernées, en majorité des produits agricoles (fruits, légumes, vins) et des cosmétiques, représentent «moins de 1 %» du total des échanges commerciaux entre l'UE et Israël, soit 154 millions d'euros (environ 218 millions de dollars) en 2014, selon des chiffres de la Commission.

Mais plus que son impact sur la balance commerciale, le gouvernement de droite de Benyamin Nétanyahou craint que la mesure européenne ne «soutienne et encourage» le mouvement international BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l'État hébreu, qui monte en puissance.

«Ce que l'UE est en train de faire va soutenir et encourager le BDS contre Israël», a déploré le représentant israélien auprès de l'UE.

Le Comité national palestinien pour le BDS s'est réjoui de la décision «qui montre que les gouvernements européens réagissent à l'opinion publique, aux campagnes de la société civile comme à l'intransigeance israélienne».

«Cela dit, mettre en place quelques étiquettes sur un petit nombre de produits israéliens n'est pas une réponse à la mesure des crimes de guerre israéliens continus», a souligné Mahmoud Nawajaa, le coordinateur général du BDS palestinien.

Un pas positif mais «insuffisant»

L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) a qualifié mercredi l'étiquetage par l'Union européenne des produits des colonies israéliennes dans les territoires occupés de mesure positive, mais «insuffisante».

«L'étiquetage par l'UE des produits des colonies est un pas dans la bonne direction, mais il est insuffisant : les produits issus d'un crime de guerre doivent être interdits, pas seulement étiquetés», a dit l'OLP sur Twitter en faisant référence à la colonisation comme à un «crime de guerre».

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