La justice italienne se penche sur la corruption à la sauce romaine

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Des carabiniers montent la garde devant le palais de justice de Rome avant le début du mégaprocès, le 5 novembre.

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Ljubomir MILASIN
Agence France-Presse
ROME

La justice italienne a ouvert jeudi le procès des bas-fonds de Rome où un vaste réseau de criminels, d'entrepreneurs et d'hommes politiques est parvenu à gangrener la municipalité de la ville éternelle.

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Carminati veut «clarifier beaucoup de choses et croyez-moi, il le fera. Dans cette histoire, ce qui le gêne le plus, c'est que son nom soit associé à la mafia ou à la drogue», a déclaré son avocat, Giosue Naso, aux journalistes.

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Ce mégaprocès, l'un des plus importants pour corruption depuis les grands procès lancés après les enquêtes «mains propres» dans les années 1990, s'est ouvert vers 9 h 30 (3 h 30, heure de Montréal) devant la cour pénale de Rome.

Plusieurs centaines de personnes, avocats, magistrats, assistants, greffiers, journalistes ou simples curieux ont assisté à cette audience, beaucoup debout faute de place.

Le principal des 46 prévenus est Massimo Carminati, 57 ans, un ex-militant d'extrême droite, borgne depuis un échange de tirs avec la police alors qu'il tentait de fuir en Suisse en 1981, déjà condamné pour appartenance à un groupe ayant fait régner la terreur dans la capitale dans les années 1980.

Il est aujourd'hui accusé d'extorsion, corruption et détournement de fonds publics, avec la complicité d'entrepreneurs véreux et d'hommes politiques peu scrupuleux.

Selon l'accusation, son bras droit est Salvatore Buzzi, le patron d'une coopérative travaillant pour la municipalité de Rome, médiateur entre le monde politique et celui plus obscur géré par Carminati.

Buzzi, incarcéré depuis son arrestation l'an dernier tout comme Carminati, avait été condamné à 30 ans de prison pour avoir assassiné de 34 coups de couteau un complice l'aidant à écouler des chèques volés. Il avait été libéré pour bonne conduite au bout de six ans.

Selon les enquêteurs, les deux hommes avaient mis en place un vaste réseau de corruption dont les affaires s'étendaient de la gestion des ordures à la maintenance des espaces verts ou à l'hébergement des réfugiés, des secteurs bénéficiant d'importants fonds publics.

Jeudi, ils n'étaient pas présents à l'audience, suivant le procès sur un écran depuis leur cellule.

Un pays moralement pourri

Au total, une centaine de personnes, dont des entrepreneurs et l'ex-maire de droite Gianni Alemanno, sont visées par cette enquête, révélée au grand jour en décembre 2014.

Parmi les noms les plus connus figurent celui de Luca Gramazio, ancien chef des élus du parti de Silvio Berlusconi à Rome, mais aussi Mirko Coratti, ancien président du conseil municipal de Rome et membre du Parti démocrate (PD) de l'actuel chef du gouvernement Matteo Renzi.

L'un des enjeux de ce procès sera de déterminer s'il s'agissait d'un réseau mafieux comme ceux de la Cosa Nostra en Sicile ou la 'Ndranghetta en Calabre, ou d'une simple bande de criminels.

Les peines sont en effet beaucoup plus lourdes si le caractère mafieux est établi, ce que l'accusation soutient. La défense juge au contraire que la mafia n'existe pas à Rome.

Carminati veut «clarifier beaucoup de choses et croyez-moi, il le fera. Dans cette histoire, ce qui le gêne le plus, c'est que son nom soit associé à la mafia ou à la drogue», a déclaré son avocat, Giosue Naso, aux journalistes.

«La corruption existe non seulement dans la municipalité de Rome, mais dans toutes les municipalités, dans toutes les institutions. L'Italie est un pays pourri, moralement pourri. Ce n'est pas de la mafia, c'est de la corruption. Nous sommes un pays de culture mafieuse, ce qui est différent de l'association mafieuse» au sens pénal du terme, a insisté l'avocat.

Luca Odevaine, un des rares accusés présents jeudi à l'audience, a reconnu avoir pris de l'argent pour peser sur le choix des structures d'accueil pour les réfugiés.

«Il a admis ses propres responsabilités, il a reconnu avoir reçu de l'argent de deux groupes et il est prêt à assumer ses responsabilités», a déclaré son avocat Luca Petrucci.

La première audience était purement technique et portait sur la présence ou non des chaînes de télévision, diverses questions procédurales ainsi que sur la constitution des parties civiles.

Dès la deuxième audience, le tribunal devrait se déplacer à la prison de Rebibbia, dans la banlieue nord-est de Rome.

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