Turquie: le parti d'Erdogan retrouve sa majorité absolue

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Depuis l'élection du 7 juin, le climat politique s'était considérablement alourdi en Turquie.

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Burak AKINCI, Philippe ALFROY
Agence France-Presse
Ankara et Istanbul

Le parti du président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a remporté dimanche haut la main les législatives et réussi, contre tous les pronostics, à regagner sa majorité perdue en juin dans un pays plus que jamais divisé.

Sur la quasi-totalité des bulletins dépouillés, le Parti de la justice et du développement (AKP) a recueilli 49,4% des suffrages et raflé 316 des 550 sièges de députés, ont annoncé les chaînes NTV et CNN-Türk.

M. Erdogan, 61 ans, a pris une revanche éclatante après un revers retentissant: le 7 juin, son parti avait perdu le contrôle total qu'il exerçait depuis 13 ans sur le Parlement et remisé son rêve d'instaurer une «superprésidence».

«Aujourd'hui est un jour de victoire», s'est réjoui dans son fief de Konya (centre) le Premier ministre sortant Ahmet Davutoglu, ajoutant en tendant la main à ses rivaux: «nous allons reconstruire une nouvelle Turquie avec chacun de ses citoyens».

Plus tard dans la nuit, lors d'un traditionnel discours au siège de l'AKP à Ankara, il a lancé un appel à l'unité, dans un pays désuni et inquiet.

«Il n'y a pas de perdants dans ce scrutin, la Turquie entière a gagné», a-t-il dit devant des milliers de partisans réunis malgré le froid, assurant que le prochain gouvernement défendra les acquis démocratiques: «Les droits des 78 millions d'habitants sont sous notre protection».

Dans une première réaction, le président Erdogan a affirmé dans un communiqué que «notre peuple a clairement exprimé (...) qu'il préférait le service et les projets à la polémique» et «fait preuve d'une forte volonté en faveur de l'unité et de l'intégrité» de la Turquie.

Autre surprise, le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), entré triomphalement au Parlement en juin, n'y a sauvé sa place que de justesse. Avec 10,7% des voix, juste au-dessus du seuil minimal de représentation, il décroche 59 sièges.

Cette incertitude a provoqué de brefs affrontements en soirée entre forces de l'ordre et jeunes militants kurdes à Diyarbakir, la grande ville du sud-est à majorité kurde.

«Peur de l'instabilité»

Selon les résultats officieux, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) est arrivé deuxième avec 25,4% des voix et 134 sièges, devant le Parti de l'action nationaliste (MHP, droite) avec 12% et 41 sièges, en fort recul.

La quasi-totalité des sondages n'avaient crédité l'AKP que de 40 à 43% des intentions de vote, score insuffisant pour gouverner seul.

«Je suis complètement effondré mais ces résultats signifient que le peuple s'accommode très bien de la situation actuelle», a réagi Sevim, étudiant en droit de l'université d'Istanbul. «Le peuple a le gouvernement qu'il mérite».

«La peur de l'instabilité en Turquie, ajoutée à la stratégie d'Erdogan se posant en "homme fort qui peut vous protéger", l'ont emporté», a commenté l'analyste Soner Cagaptay, du Washington Institute, sur Twitter.

Dans une campagne tendue marquée par la reprise du conflit kurde et la menace djihadiste venue de Syrie, MM. Erdogan et Davutoglu se sont posés en seuls garants de l'unité et de la sécurité du pays, sur le thème «l'AKP ou le chaos».

Depuis l'élection du 7 juin, le climat politique s'était considérablement alourdi en Turquie.

En juillet, le conflit armé opposant les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) au pouvoir turc (près de 40 000 morts depuis 1984) a repris dans le sud-est à majorité kurde, enterrant le fragile processus de paix engagé il y a trois ans.

M. Erdogan y a fait référence dans son communiqué, affirmant que «le résultat des élections a livré un important message pour le PKK. L'oppression et l'effusion de sang ne peuvent coexister avec la démocratie».

Scrutin «injuste» 

L'attaque-suicide perpétrée il y a trois semaines à Ankara par deux kamikazes proches du groupe État islamique (EI), qui a fait 102 morts, a en outre ravivé la peur de la violence djihadiste venue de la Syrie voisine en guerre.

Cette dégradation sécuritaire inquiète de plus en plus les alliés occidentaux d'Ankara, à commencer par l'Union européenne (UE), confrontée à un flux croissant de réfugiés, surtout syriens, venant de Turquie.

Face au discours du pouvoir, les rivaux de M. Erdogan avaient appelé les électeurs à sanctionner sa dérive autoritaire.

Le chef de file du HDP prokurde, Selahattin Demirtas, a concédé avoir cédé du terrain par rapport à juin (13% contre un peu plus de 10% dimanche) mais dénoncé une élection «injuste», disputée sous la menace djihadiste.

«C'est une grande victoire tout de même», a-t-il ajouté. «Nous avons perdu un million de voix mais nous sommes restés debout face aux massacres (commis par le pouvoir) et au fascime».

Son homologue du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, a également souligné le climat de violences de la campagne. «Nous sommes respectueux des résultats des élections», a-t-il dit, «mais le pouvoir, tous les pouvoirs, doivent respecter la suprématie du droit (...) Personne ne doit se considérer au-dessus des lois».

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