Le spectre de l'IRA menace la stabilité politique en Irlande du Nord

Le meurtre de Kevin McGuigan, le 13 août... (PHOTO PETER MORRISON, ARCHIVES AP)

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Le meurtre de Kevin McGuigan, le 13 août a été ouvertement attribué à un règlement de comptes mené par quelqu'un issu de l'IRA.

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Conor BARRINS
Agence France-Presse
DUBLIN

Le meurtre mi-août d'un ancien militant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) a fait ressurgir de vieilles craintes liées à cette organisation et provoqué une crise au sein du gouvernement régional d'Irlande du Nord, menaçant la fragile stabilité politique qui y règne.

Dix-sept ans après l'accord de paix baptisé «Good Friday» qui avait mis un terme en 1998 à trois décennies d'affrontements confessionnels ayant causé la mort de 3500 personnes, le meurtre de Kevin McGuigan, le 13 août a été ouvertement attribué à un règlement de comptes mené par quelqu'un issu des rangs des paramilitaires.

Le mode opératoire, qui rappelle aux enquêteurs les assassinats punitifs menés par l'IRA, a conduit la police à publier un communiqué dans lequel elle souligne qu'une partie de l'organisation, qui avait annoncé en 2005 avoir définitivement déposé les armes, est «toujours largement en place».

Si elle a immédiatement ajouté que l'IRA «n'était plus impliquée dans du terrorisme», mais menait des activités liées au crime organisé, cette sortie a immédiatement mis le feu aux poudres au sein de la coalition gouvernementale régionale qui compte six partis.

Les partis unionistes de la province britannique, loyaux à Londres, ont accusé le Sinn Fein, l'ancienne aile politique de l'IRA devenue un parti politique à part entière, d'être malhonnête quant à la persistance de l'IRA.

Les membres du parti unioniste d'Ulster (UUP, minoritaire) ont voté samedi à l'unanimité en faveur d'un retrait du gouvernement en signe de protestation. Le parti unioniste démocrate (DUP) menace de faire de même.

L'unique ministre UUP au sein du gouvernement devait remettre sa démission mardi tandis que le chef du gouvernement d'Irlande du Nord Peter Robinson devait rencontrer le premier ministre britannique David Cameron pour évoquer cette crise politique.

Considérations électoralistes

Face à cet emballement, les analystes rappellent toutefois que la persistance de l'IRA ne constitue pas une révélation et que la fureur des unionistes témoigne davantage de querelles politiques à l'approche des élections régionales de 2016.

«Si vous avez été attentif lors de la dernière décennie, vous ne devriez pas être surpris par les allégations concernant l'IRA», juge Brian Feeney, à la tête du département d'histoire du St Mary's College de Belfast.

La commission indépendante de supervision (IMC), chargée depuis 1998 de suivre le déclin des activités des paramilitaires, «a publié une série de rapports depuis 2006 dans lesquels elle décrit comment les structures militaires de l'IRA ont été démantelées, mais comment des membres et d'anciens membres paramilitaires sont impliqués dans des délits non terroristes», a-t-il dit à l'AFP.

La question de la dissolution de l'IRA n'a jamais été complètement résolue souligne quant à lui Brian Rowan, un analyste spécialiste de la sécurité, installé à Belfast.

«En l'absence d'activité, il n'y avait pas de surveillance du squelette de la structure de l'IRA», a-t-il déclaré sur la BBC.

Michael McDowell, un ancien ministre irlandais de la Justice, a souligné la semaine dernière que Dublin et Londres n'avaient pas insisté sur la disparition de l'IRA comme condition aux accords de paix de 1998.

«Les gouvernements ont estimé qu'une coquille vide et inerte de l'IRA était préférable» plutôt que de prendre le risque d'assister à l'émergence de factions dissidentes, a-t-il ajouté.

Ces dernières années, ce qui reste de l'IRA a été accusé d'avoir été impliqué dans des activités criminelles comme la contrebande de cigarettes et la contrefaçon.

«Oui, des individus qui étaient auparavant dans l'IRA sont impliqués dans des activités criminelles, mais nous ne pouvons pas être tenus pour responsable de ça», a déclaré à l'AFP Gerry Kelly, un membre du Sinn Fein élu à l'Assemblée d'Irlande du Nord.

Gerry Kelly, comme plusieurs porte-parole du Sinn Fein, est lui-même un ancien paramilitaire et a été condamné à la prison à vie pour son rôle en 1973 dans un attentat devant le tribunal londonien de l'Old Bailey.

Gerry Adams, le président du Sinn Fein, a quant à lui accusé les partis unionistes d'être motivés par «des intérêts d'ordre électoraux» avant le scrutin de l'an prochain.

«La guerre est finie, il n'y a plus d'IRA et elle ne reviendra pas», a-t-il martelé.

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