La Turquie se dote d'un gouvernement provisoire

Le président Tayyip Erdogan (à gauche) et le... (Photo Kayhan Ozer, archives Reuters)

Agrandir

Le président Tayyip Erdogan (à gauche) et le premier ministre Ahmet Davutoglu, à Ankara.

Photo Kayhan Ozer, archives Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Fulya OZERKAN, Ambre TOSUNOGLU
Agence France-Presse
Istanbul et ANKARA

La Turquie s'est doté vendredi d'un gouvernement provisoire, auquel participe pour la première fois de son histoire un parti prokurde, malgré une résurgence du conflit avec les rebelles kurdes, pour diriger le pays jusqu'aux législatives anticipées en novembre.

Deux parlementaires prokurdes du Parti pour la démocratie des peuples (HDP), Ali Haydar Konca et Muslum Dogan, sont respectivement chargés des Affaires européennes et du Développement, a annoncé vendredi soir le premier ministre Ahmet Davutoglu, à l'issue d'une rencontre de près d'une heure avec le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara.

L'homme fort de la Turquie «a accepté le gouvernement intérimaire proposé», avait indiqué la présidence un peu plus tôt sur son site internet.

La nomination de parlementaires prokurdes du HDP est inédite et délicate dans un pays en proie depuis un mois à une reprise des violences entre les Kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les forces gouvernementales.

MM. Erdogan et Davutoglu n'ont cessé ces dernières semaines d'accuser le HDP d'être le bras politique illicite de la rébellion kurde, qui a rompu un cessez-le-feu en vigueur avec Ankara depuis 2013 en réponse au déclenchement le 24 juillet de l'offensive de l'armée turque contre des positions du PKK en Syrie et en Irak, dans le cadre d'une «guerre contre le terrorisme».

Deux mois pour regagner la majorité absolue

Au cours d'une rencontre avec les responsables provinciaux de l'AKP, Ahmet Davutoglu a accusé les autres partis d'opposition, nationalistes et sociaux-démocrates, d'avoir contraint l'AKP à cette surprenante alliance.

Sollicités, les sociaux-démocrates (CHP, deuxième force au Parlement) et les nationalistes (MHP, troisième) avaient tous deux refusé de participer à un gouvernement intérimaire.

«Les ministères ne sont pas la propriété de l'AKP (au pouvoir), pourquoi devrions-nous leur laisser ?», avait déclaré plus tôt vendredi le leader du HDP Selahattin Demirtas, cité par des médias.

Malgré le refus du MHP, un dissident, Turgrul Turkes a accepté d'entrer au gouvernement, suscitant de vives critiques dans son camp.

Le  vice-ministre turc Ali Babacan, chargé de l'Économie, n'est quant à lui pas présent dans la nouvelle équipe.

En vertu de la Constitution, le gouvernement provisoire n'a pas besoin de la confiance du Parlement, l'accord de la présidence suffisant.

Le gouvernement provisoire devra gérer la Turquie jusqu'aux élections anticipées du 1er novembre, décidées par le président turc en début de semaine pour sortir de l'impasse politique née de l'incapacité à former une coalition gouvernementale après les législatives de juin. À l'issue de celles-ci, l'AKP, qui règne sans partage depuis 13 ans, avait subi un revers, perdant la majorité absolue.

À l'occasion du nouveau scrutin, le président turc espère que ce parti regagnera la majorité absolue et formera seul un gouvernement.

Un pari risqué, disent cependant de nombreux analystes turcs.

Pour Inan Demir, responsable économique de la banque Finansbank à Istanbul, «sur la base des récentes informations, la composition du Parlement ne sera pas très différente» et «l'AKP va encore perdre la majorité absolue».

Pour l'agence de notation Fitch, «ce cycle électoral peut prolonger l'incertitude dans le pays», avec des conséquences tant au plan national et qu'international.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer