Folle de Breivik

«Vraiment, je ne voudrais pas vivre ma vie... (PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, AGENCE FRANCE-PRESSE)

Agrandir

«Vraiment, je ne voudrais pas vivre ma vie sans lui»: d'un naturel plutôt froid, «Victoria» --un pseudonyme pour protéger sa vraie identité-- a la voix qui s'étrangle quand elle parle de son «très cher Anders».

PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, AGENCE FRANCE-PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre-Henry DESHAYES
Agence France-Presse
Stockholm

Elle l'appelle par son prénom, lui envoie des lettres chaque semaine, promet qu'elle l'attendra... Le coeur de «Victoria» ne bat que pour un homme: le tueur Anders Behring Breivik.

Auteur du pire massacre commis en Norvège après la Seconde Guerre mondiale, Breivik a, comme d'autres criminels célèbres, son lot de groupies, un phénomène qui peut s'accompagner d'une attirance sexuelle: l'hybristophilie.

«Vraiment, je ne voudrais pas vivre ma vie sans lui»: d'un naturel plutôt froid, «Victoria» --un pseudonyme pour protéger sa vraie identité-- a la voix qui s'étrangle quand elle parle de son «très cher Anders». Originaire d'une petite ville suédoise, la jeune femme d'une vingtaine d'années se démène pour obtenir un assouplissement du régime carcéral de Breivik.

Condamné à 21 ans de prison, peine susceptible d'être prolongée, l'extrémiste de droite est maintenu à l'isolement depuis qu'il a tué 77 personnes le 22 juillet 2011, d'abord en plaçant une bombe dans le quartier des ministères à Oslo puis en faisant feu sur un camp d'été de la Jeunesse travailliste.

Une vraie «torture», selon la jeune Suédoise. «Je suis encore plus attachée à lui maintenant qu'il est dans une situation si vulnérable».

Alors, sans emploi, car de santé fragile, elle lui écrit --plus de 150 lettres-- pour lui remonter le moral ou lui fait des petits cadeaux tels cette cravate bleu foncé portée à son procès.

En retour, elle a reçu deux courriers de lui (vus par l'AFP), les autres ayant été bloqués par l'administration pénitentiaire.

Demandes en mariage

Pas facile de mettre des mots sur la nature de sa relation avec Breivik, qu'elle n'a jamais rencontré, ses démarches pour lui rendre visite en prison ayant jusqu'à présent été toutes retoquées. Elle le décrit tour à tour comme son «vieil ami», une «figure fraternelle» protectrice, mais répond par l'affirmative quand on lui demande si elle le trouve attirant.

Leurs premiers contacts remonteraient à 2007 via des jeux en ligne. Il rompt les liens deux ans plus tard, mais «Victoria» renoue le fil début 2012 avec celui qui est entre-temps devenu l'homme le plus détesté de Norvège.

Elle n'est pas la seule. L'hebdomadaire Morgenbladet rapportait l'an dernier que Breivik recevait «au moins» 800 lettres par an, souvent de femmes qui l'admirent. Pendant son procès en 2012, on avait même appris qu'une adolescente de 16 ans lui avait envoyé une demande en mariage.

Terme non scientifique, mais usité par les criminologues, l'hybristophilie (du grec hybrizein: commettre un outrage contre quelqu'un ; et philia: le fait d'aimer) désigne l'attirance sexuelle pour les criminels qui, en prison, se voient gratifiés de courriers enflammés, voire de sous-vêtements d'inconnues.

Ce «syndrome de Bonnie et Clyde» s'affranchit des frontières et des époques. Reconnu coupable de la mort de 11 personnes au début du XXe en France, Henri Désiré Landru a reçu quelque 800 demandes en mariage avant d'être guillotiné. L'Autrichien Josef Fritzl, qui avait séquestré et violé sa fille pendant 25 ans, et le gourou américain Charles Manson, commanditaire de sept crimes atroces, ont aussi leurs fans.

Souvent abusées

Selon l'Américaine Sheila Isenberg, auteure de «Women Who Love Men Who Kill» («Les Femmes qui aiment les hommes qui tuent») et qui a parlé à une trentaine d'entre elles, ces admiratrices sont souvent des femmes abusées sexuellement dans le passé.

«Ça donne à une femme la possibilité d'être aux commandes (l'homme, emprisonné à vie, ne contrôle rien) alors qu'avant, elle était victime d'abus de son père ou d'autres hommes», explique-t-elle à l'AFP. «Et c'est une romance avec un grand R: excitante, palpitante, des montagnes russes sans fin».

D'après Amanda Vicary, professeure adjointe de psychologie à l'Université de l'Illinois, aucune recherche scientifique ne vient en revanche étayer l'hypothèse d'une vocation à remettre l'assassin dans le droit chemin.

«Certaines femmes ont aussi tendance à être attirées par les hommes célèbres», estime-t-elle. «Il est possible que la raison de leur attirance pour des hommes coupables de choses horribles ne soit pas tant ce qu'ils ont fait que la célébrité tirée de leur geste».

«Victoria», elle, dit fuir la célébrité. Son engagement lui a déjà valu de perdre sa soeur --»pour moi, tu es morte» lui a-t-elle écrit en apprenant ses liens avec Breivik-- et elle s'est éloignée de ses amis.

Si elle admet «plus ou moins» partager l'idéologie islamophobe de Breivik, elle affirme aussi être opposée à la violence.

Comment alors aimer un homme qui a froidement abattu des dizaines d'adolescents terrifiés, certains alors qu'ils suppliaient de les laisser en vie ? «J'ai dû faire le distinguo entre Anders et Breivik. Je perçois Anders comme mon vieil ami et Breivik comme la personne qui a fait toutes ces choses».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer