Turquie: échec des négociations pour une coalition, nouvelles élections en vue

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Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu

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Agence France-Presse
ANKARA

Des élections anticipées se profilaient en Turquie après l'échec jeudi de négociations pour former un gouvernement de coalition, le pouvoir espérant à cette occasion retrouver la majorité absolue au Parlement, sur fond de violences avec les Kurdes qui pourraient remobiliser son électorat.

«Des élections sont aujourd'hui fort probables», a déclaré le premier ministre islamoconservateur Ahmet Davutoglu, estimant que c'est «la seule option». Un nouveau scrutin législatif est une «nécessité», a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse.

M. Davutoglu s'exprimait après un entretien décisif avec Kemal Kliçdaroglu, le chef de la principale force d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), seule formation qui n'avait pas fermé la porte à une alliance avec le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste).

Les deux partis négociaient depuis le 13 juillet, mais de «profondes divergences» sont apparues, notamment sur la politique étrangère et l'éducation, a admis le chef du gouvernement turc.

L'AKP a perdu la majorité absolue aux législatives du 7 juin dernier, une première pour un mouvement qui régnait sans partage depuis 2002.

Encouragé par de récents sondages qui lui donnent entre 42 et 43% des intentions de votes, ce qui lui permettrait de former seul un gouvernement, l'AKP s'est laissé séduire par l'idée d'élections anticipées.

«Des élections anticipées, le plus tôt possible, profiteront surtout à l'AKP», avait d'ailleurs estimé mercredi M. Davutoglu.

M. Kiliçdaroglu a de son côté vivement critiqué la position de l'AKP, qui, selon lui, n'a montré aucun intérêt pour un gouvernement viable susceptible de durer quatre ans.

«Je pense que la Turquie a manqué une occasion historique», a-t-il déploré devant la presse, insistant sur le fait que de nouvelles élections «ne constituent pas la seule option».

Si le Parlement ne convoque pas des élections d'ici au 23 août, c'est le président Recep Tayyip Erdogan qui pourra dissoudre l'Assemblée nationale et le faire lui-même, en vertu de la Constitution.

«Pas la fin du monde» 

Cette crise politique intervient à un moment où la Turquie a déclenché le mois dernier une offensive militaire à la fois contre la rébellion kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en Turquie et en Irak, et contre le groupe de l'État islamique (EI) en Syrie.

Le pouvoir turc a s'est lancé le 24 juillet dans une «guerre contre le terrorisme», avec des raids aériens meurtriers contre les bases des rebelles kurdes, qui procèdent pour leur part à des attaques quotidiennes contre les forces de sécurité.

Jeudi, les autorités d'Ankara ont annoncé que l'armée avait tué sept rebelles dans l'est et le sud-est, zones peuplées majoritairement de Kurdes.

M. Erdogan, le véritable maître de la Turquie, passe pour être favorable à de nouvelles élections qui permettraient à l'AKP de retrouver une majorité suffisante pour réaliser sa vieille ambition de présidentialiser le système parlementaire turc.

Et selon ses détracteurs, les opérations militaires entamées contre le PKK dans le sud-est de la Turquie et le nord de l'Irak, ont remobilisé l'électorat nationaliste.

«Si les deux partis (AKP-CHP) ne peuvent pas s'entendre, ce ne sera pas la fin du monde», avait à cet égard lâché mercredi le chef de l'État turc.

Dans le même temps, des F-16 américains déployés depuis moins d'une semaine sur la base turque d'Incirlik (sud), en application d'un accord entre les États-Unis et la Turquie, deux pays membres de l'Otan, ont bombardé mercredi pour la première fois des positions de l'EI en Syrie.

La Turquie avait jusqu'à récemment refusé de participer aux opérations de la coalition contre ce groupe, de peur de favoriser l'action des Kurdes de Syrie combattant les jihadistes à proximité de sa frontière.

Mais l'attentat survenu le 20 juillet à Suruç (sud), qui a fait 32 morts dans la population civile et a été attribué à l'EI, a changé la donne et contraint Ankara à faire volte-face.

Les marchés financiers ont quant à eux réagi à la baisse à l'annonce de l'échec des discussions politiques.

La Bourse d'Istanbul a cédé de 1,39% à la clôture par rapport à mercredi tandis que la monnaie turque (livre, TL) a dévissé face au dollar et l'euro, qui s'échangeaient en fin de journée respectivement à 2,81 TL (-1,19%) et 3,13 TL (-1,64).

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