La Turquie étudie de nouvelles mesures de sécurité

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Mardi soir, la police a utilisé du gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser les 800 contestataires qui s'étaient rassemblés à Istanbul, scandant des slogans antigouvernementaux.

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Ilyas AKENGIN
Agence France-Presse
ANKARA

Le gouvernement turc doit discuter mercredi de nouvelles mesures pour sécuriser la frontière avec la Syrie, deux jours après l'attentat suicide attribué au groupe Etat islamique (EI) qui a fait au moins 32 morts dans une ville limitrophe du voisin en guerre.

«Nous ne pouvons pas tolérer que des conflits extérieurs s'invitent en Turquie», a déclaré mardi le premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu, en annonçant la tenue d'un conseil des ministres extraordinaire destiné à mettre sur pied un «plan d'action incluant de nouvelles mesures de sécurité à notre frontière».

Longtemps épargnée, la Turquie a en effet été tragiquement rattrapée lundi par le conflit qui se déroule depuis plus de quatre ans en Syrie, quand le centre culturel de Suruç (sud) a été la cible d'une attaque ayant visé des jeunes proches de la cause kurde désireux de participer à la reconstruction de Kobané. Située non loin de la frontière, cette ville syrienne avait été détruite pendant la bataille qui s'est soldée en janvier par la victoire des Kurdes de Syrie sur l'EI.

Depuis des mois, les alliés de la Turquie l'accusent régulièrement de ne pas en faire assez pour lutter contre le groupe EI, voire de discrètement le soutenir.

M. Davutoglu a une nouvelle fois réfuté ces allégations mardi, assurant que le régime actuel n'avait «jamais entretenu de liens directs ou indirects» avec un groupe «terroriste».

Mardi soir, la police a utilisé du gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser les 800 contestataires qui s'étaient rassemblés à Istanbul, scandant des slogans antigouvernementaux, dont «on réclamera des comptes à l'État assassin!», a constaté un photographe de l'AFP.

D'autres manifestations contre la politique syrienne du gouvernement ont eu lieu dans la ville de Nusaybin, en majorité peuplée de Kurdes et située à la frontière avec la Syrie.

Au cours d'une cour d'une cérémonie religieuse poignante dans une mosquée de Gaziantep (sud), non loin de Suruç, familles et proches ont rendu hommage le même jour à 25 des personnes tuées.

Le bilan officiel s'est alourdi, passant à 32 morts, tandis que, sur la centaine de blessés, 29 étaient encore hospitalisés.

Après s'être rendu au chevet de certains d'entre eux à Sanliurfa, non loin de Suruç, M. Davutoglu a promis que «tout ce qui est nécessaire» serait fait pour arrêter les auteurs de l'attaque.

«Un suspect a été identifié. Ses éventuels liens à l'étranger ou en Turquie sont en cours de vérification», a en outre annoncé M. Davutoglu à la presse, sans préciser s'il parlait de l'auteur de l'attentat ou d'un de ses complices.

«La probabilité la plus forte est qu'il s'est agi d'un attentat suicide lié à Daech» (acronyme arabe du groupe EI), a-t-il ajouté.

Aucune organisation n'avait encore revendiqué mardi l'attentat de Suruç. Si la piste jihadiste était confirmée, cette attaque serait la première à avoir été commise sur le sol turc depuis l'émergence du groupe radical en Irak et en Syrie il y a plus d'un an.

Selon plusieurs médias turcs, le «kamikaze» présumé est un Turc âgé de 20 ans.

«Responsabilité» turque

Ces dernières semaines, la police turque a réalisé une série d'opérations ayant directement visé, pour la première fois, les filières de recrutement qui opèrent en Turquie et permettent le passage illégal vers la Syrie des «recrues» de l'EI.

«Cette attaque terroriste (...) est un acte de représailles contre l'engagement de la Turquie dans la lutte antiterroriste», a écrit le quotidien Sabah, proche du gouvernement.

À l'inverse, d'autres voix ont mis en cause la politique «complaisante» d'Ankara vis-à-vis des organisations radicales en guerre contre le régime de Damas et accusé le gouvernement de ne pas avoir pris la mesure de la menace jihadiste.

Devant la presse, le chef de file du principal parti kurde de Turquie, Selahattin Demirtas, a mis en exergue la «responsabilité», selon lui, du gouvernement dans l'attentat.

Le quotidien Hürriyet a révélé mardi que les services de sécurité avaient récemment livré au gouvernement les noms de sept membres présumés de l'EI susceptibles de commettre un attentat sur le territoire turc.

Comme de nombreux autres analystes, Nihat Ali Ozcan, du centre d'études Tepav d'Ankara, a vu dans l'attentat de Suruç «le déplacement sur le sol turc» de la guerre que se livrent en Syrie les milices kurdes et les djihadistes. «Cette attaque pourrait déclencher des conflits idéologiques, ethniques et politiques en Turquie», a-t-il dit à l'AFP.

Bien que membre de la coalition antidjihadiste, la Turquie s'est jusque-là refusée à intervenir militairement contre le groupe EI. Son refus avait provoqué de violentes émeutes prokurdes dans le sud-est en octobre.

Ankara a exprimé à plusieurs reprises sa crainte de voir émerger en Syrie une région autonome tenue par les milices kurdes proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène la rébellion en Turquie depuis 1984.

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