La famille royale a sympathisé avec le fascisme dans les années 30

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À la une de plusieurs quotidiens britanniques samedi matin, l'histoire révélée par le quotidien The Sun a évidemment fait grand bruit.

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Tristan de Bourbon

collaboration spéciale

La Presse

(Londres) Les images de plusieurs membres de la famille royale britannique, et notamment de la jeune Élisabeth, effectuant un salut nazi suscitent depuis quelques jours de vives réactions au Royaume-Uni.

Le choc est d'autant plus grand que, dans l'imaginaire populaire, la reine demeure perçue comme l'héroïne de la résistance britannique aux bombardements allemands de 1940.

Malgré les risques réels, son père, le roi George VI, avait en effet choisi de demeurer avec sa famille au palais de Buckingham pour soutenir la population londonienne plutôt que de se réfugier dans leur demeure familiale écossaise.

La vidéo de 17 secondes diffusée la fin de semaine dernière par le journal populaire The Sun est datée de 1933 ou 1934. Elle commence par le salut nazi de celle qui deviendra reine 20 ans plus tard. La fillette est ensuite imitée, dans la bonne humeur, par sa mère, sa soeur de 3 ans et son oncle, le futur roi Édouard VIII.

«La famille royale haïssait les communistes, qui avaient tué une partie des siens, et elle voyait le fascisme comme une chose positive.»

Karina Urbach
chercheuse

En révélant ces images, The Sun a d'emblée précisé que «s'il n'y a clairement aucune suggestion que la reine ou même la reine mère aient jamais été des sympathisantes nazies, les liens d'Édouard avec Hitler et le fascisme ont été très bien documentés».

Karina Urbach, chercheuse et auteure d'un livre sur les relations entre Hitler et certains aristocrates européens, rappelle qu'il est «très important de comprendre que l'attitude vis-à-vis du fascisme était déterminée par celle vis-à-vis du communisme. La famille royale haïssait les communistes, qui avaient tué une partie des siens, et elle voyait le fascisme comme une chose positive».

Le palais de Buckingham a interdit l'accès à ses archives privées, et aurait même peut-être détruit tous ses échanges extérieurs préalables à la Seconde Guerre mondiale. Les archives officielles allemandes ont en revanche permis à la chercheuse d'en savoir bien plus sur les relations entre la famille royale, dont le nom très germanique de Saxe-Coburg et Gotha fut changé en Windsor en 1917, et le régime nazi.

«C'est la seule chose à faire»

Elle a ainsi appris qu'Hitler a utilisé des aristocrates allemands proches de ses idées pour entrer en relation avec des membres de la famille royale et les influencer - au premier rang desquels le futur roi Édouard. Rapidement convaincu du bien-fondé de l'idéologie fasciste, celui-ci a d'ailleurs expliqué en 1933: «C'est la seule chose à faire. Nous devrons y arriver, vu que nous sommes mis en grand danger par les communistes.»

Après l'accession d'Édouard au trône, en janvier 1936, sous le nom d'Édouard VIII, les voyages des proches d'Hitler au palais de Buckingham se sont multipliés. Ce n'est guère une surprise si son soutien sans faille au chancelier allemand n'a pas faibli.

Son abdication, 11 mois plus tard, a d'ailleurs été perçue comme un coup dur à la stratégie de Berlin, mais elle n'a pas empêché Édouard de rencontrer Hitler dans la capitale allemande en 1937. Un formidable coup de propagande puisque les deux hommes ont posé pour les photographes en effectuant le salut nazi.

L'impact de la stratégie nazie a été considérable, puisque Édouard avait réussi à influencer toute sa famille. «Son frère George, devenu roi, soutint ainsi de tout son poids la politique d'apaisement du premier ministre Neville Chamberlain vis-à-vis de l'Allemagne», assure l'historienne.

«Il fallut attendre la signature de l'accord germano-soviétique en août 1939 et l'invasion militaire en Europe de l'Ouest pour que les Windsor comprennent qu'ils avaient été bernés.» Et endossent les habits de résistants qu'on leur connaît aujourd'hui.

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