Neuf ans de prison pour le plus grave infanticide jamais jugé en France

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Dominique Cottrez

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Marine LAOUCHEZ
Agence France-Presse
DOUAI, France

Dominique Cottrez, une mère accusée de la plus grave affaire d'infanticide jamais jugée en France, a été condamnée jeudi à neuf ans de prison après avoir été reconnue coupable des meurtres de huit de ses nouveau-nés par la cour d'assises de Douai (nord).

«C'est un verdict d'apaisement parce qu'un quart de siècle après le début de ces faits, cette femme de 51 ans, certes, dormira ce soir en prison, mais elle n'y dormira pas pendant des années», s'est félicité l'un de ses avocats, Me Frank Berton.

La peine prononcée est inférieure de moitié aux 18 ans requis la veille par l'avocat général. Les jurés, après cinq heures de délibéré, n'ont pas retenu la préméditation pour le premier infanticide, mais ont souligné un «dessein arrêté» pour les suivants.

Ils ont également reconnu une altération du discernement de l'accusée, une ancienne aide-soignante qui, de 1989 jusqu'au début des années 2000, a dissimulé ses grossesses, accouché seule, immédiatement étranglé les nourrissons et conservé les corps près d'elle sans que sa famille ne se doute de rien.

À l'énoncé du verdict, Dominique Cottrez a été longuement enlacée par son mari et ses deux filles, très émues. «Merci aux jurés, merci de nous avoir compris et de l'avoir comprise», a déclaré l'une d'elles, Virginie devant les journalistes.

«Justice est passée, je pense qu'il n'y a pas besoin de faire appel de cette décision», a simplement réagi le procureur, Eric Vaillant. Dans son réquisitoire mercredi, ce dernier avait demandé aux jurés de comprendre, mais pas d'excuser les crimes reprochés à Mme Cottrez.

Jeudi matin, les deux avocats de la défense avaient eux mis en avant la «détresse» d'une femme dominée par des troubles névrotiques pour appeler les jurés à l'indulgence. «Jugez-la selon sa pathologie, selon ce qu'elle est», avait plaidé Me Marie-Hélène Carlier.

Ils avaient rappelé les précédents dans d'autres pays comme la Finlande, la Suisse ou le Royaume-Uni, où des peines contre des femmes coupables d'infanticides après un déni de grossesse se réduisaient parfois à de la prison avec sursis.

Ils avaient également insisté sur l'impact de l'obésité dans le destin de l'accusée, soumise au regard des autres et jamais remise notamment des reproches que la sage-femme qui avait opéré à son premier accouchement lui avait adressés à propos de son surpoids.

Dominique Cottrez a pesé jusqu'à 130 kilos lors de ses grossesses et a confié atteindre aujourd'hui 160 kilos.

Questions en suspens

Elle encourait théoriquement la réclusion criminelle à perpétuité pour les crimes qui lui étaient reprochés.

Son procès, entamé le 25 juin, avait connu un spectaculaire rebondissement, quand elle avait avoué lundi ne jamais avoir été violée par son père.

Tout au long de l'instruction, elle avait au contraire expliqué ses actes par le traumatisme d'une relation incestueuse dont elle affirmait avoir été victime de l'adolescence et jusqu'à la mort de son père en 2007.

«L'explication d'inceste nous rassurait, mais nous endormait aussi», avait souligné le procureur, Éric Vaillant, dans son réquisitoire.

Ce dernier n'avait pas réclamé la peine maximale suggérée par la loi. Il avait lui-même demandé aux jurés de tenir compte pour leur verdict de l'«hyperfragilité» et l'«hypernévrose» de Mme Cottrez.

L'accusation avait toutefois pointé sa «détermination», son «organisation» et son «sang-froid» dans chacun des huit meurtres, pour lesquels elle avait retenu la préméditation, à l'exception du premier cas.

Le procès de Dominique Cottrez n'a pas levé tous les mystères de l'affaire, la plus grave de ce type dans l'histoire judiciaire française.

Parmi les questions toujours en suspens subsiste celle de savoir qui a enterré les corps des deux premiers bébés tués dans le jardin de la maison des parents de l'accusée.

Leur découverte en juillet 2010 par le nouveau propriétaire des lieux, une ferme de Villers-au-Tertre, près de Douai, avait déclenché l'affaire.

Dominique Cottrez avait alors avoué aux enquêteurs avoir conservé chez elle d'autres cadavres de bébés, sans pouvoir dire combien. Six avaient finalement été retrouvés dans son garage.

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